Reportage : Comment les Tunisiens vivent leur confinement ? (Vidéo)

26-03-2020

« La période du confinement général a mis nos relations familiales et sociales à l’épreuve. Promiscuité, inquiétude ambiante, claustration obligatoire, tout cela ne fait que renforcer le stress, durant ce long temps de répit ». C’est ce que nous a dévoilé une jeune femme mariée, en parlant de l’impact des mesures restrictives  liées à  la pandémie qui s’est immiscée dans chaque pan de nos vies, et qui a attenté à nos libertés individuelles…

« Heureusement que mon mari et moi, travaillons à distance. On se sépare parfois en restant chacun dans une chambre, pour ne pas devenir encombrant l’un pour l’autre. Sinon on partage tous les repas ensemble, histoire de rompre avec l’isolement social qu’on subit. Concernant la nourriture, on fait de notre mieux pour ne pas tomber dans l’excès, afin de retarder le plus possible notre prochaine sortie pour l’approvisionnement…Coronavirus oblige !», nous dit-elle avec une dose de positivité.

 « Malheureusement, il existe des personnes qui déversent leur colère l’une sur l’autre, ce qui mène parfois à des violences verbales et conjugales…En effet, ce confinement général testera la patience, et la force des liens existant entre les membres de la famille… », conclut-elle.

Pour ce couple ayant deux enfants, qui  vit dans un appartement de deux pièces, dans un quartier de Tunis, le confinement a bien affecté leur quotidien. « Les enfants vont bientôt m’achever ! », nous a crié le papa. « Notre fille ainée reçoit des cours en vidéo conférence, alors que son petit frère, nous boude depuis un moment. Il s’ennuie, et n’obéit plus à sa maman. » 

« Pourtant, dès la fermeture des écoles, nous nous sommes armés de jouets, de fournitures de coloriage, et de gouter appétissant pour occuper les gosses. Nous avons proposé des ateliers de cuisine, des activités manuelles, des jeux collectifs en famille, mais en vain ! Cela semble insuffisant. Au bout d’une semaine, ils se sont ennuyés et c’est devenu dur d’imposer une autorité parentale ! Ils demandent désormais de sortir, d’aller chez leurs grands-parents, ou bien d’aller au restaurant puisque c’est les vacances…La superficie de notre appartement est devenue une contrainte également. On se sent entassés. Par moment, on suffoque de cet enfermement…».

Une autre famille tunisienne vivant dans la banlieue nord de Tunis, voit les choses, sous un angle positif jusqu’à ce jour. « D’habitude je ne vois mon mari qu’au souper. Même mes enfants passent leur journée à l’école ou au boulot. S’il y a un côté positif qu’il faut retenir de ce confinement, c’est qu’il nous a donné la chance de nous réunir de nouveau, il a redonné un sens au partage, et nous a appelés à surmonter ces moments de crise ensemble, malgré la proximité si dérangeante… Pour ne pas tomber dans l’ennui, on cuisine des plats recherchés, et on les déguste ensemble. On a même fait du sport collectif dans le jardin, en suivant des cours de Squat en ligne…Enfin, on ne lutte pas seulement contre la pandémie. C’est une lutte contre l’ennui qu’on doit mener également… »

Imed fêtera ses 39 ans en confinement… Ce papa de deux enfants possède une société de son et lumière dédiée aux événements culturels. En cette période de confinement, ses activités professionnelles se sont arrêtées. Son épouse, elle, travaille en milieu hospitalier, et  continue donc de travailler.

« J’ai endossé le rôle que ma femme avait avant le confinement », nous dit-il. Ainsi, sa journée commence par la préparation du petit déjeuner pour ses filles. « Ensuite je leur cours après pour qu’elles se lavent, s’habillent et mangent », explique t-il.

« J’ai du desserrer la vis en terme d’autorité, sinon elles vont souffrir. Alors je suis un peu plus souple sur quelques activités comme le fait de regarder la télé ».

IL explique également qu’elles lui posent beaucoup de questions sur ce confinement. Les jeunes filles ne comprennent pas vraiment pourquoi elles doivent rester à la maison et ne pas sortir. « C’est mon rôle de leur expliquer ce qui se passe », nous dit Imed.

La femme de Imed rentre du travail vers 16h. C’est là qu’il peut s’occuper un peu de lui et de ses affaires. En effet, cet arrêt brutal de ses activités l’ont conduit a faire quelques négociations avec les clients et les banques. « Je passe une bonne partie de la journée à gérer des problèmes et c’est dur psychologiquement ».

Les réseaux sociaux sont un bon moyen de garder le contact avec l’extérieur, mais Imed nous confie qu’il n’a plus très envie d’y passer beaucoup de temps. « Désormais j’évite de regarder les réseaux sociaux, car il y a beaucoup de fausses informations et cela me déprime encore plus. Alors je check les informations données par les autorités officielles seulement deux fois par jour ».

Nous avons pu également échanger avec Sami, 43 ans, photographe. Ce papa  divorcé ne verra pas ses deux enfants pendant toute la durée du confinement…. et c’est ce qui l’angoisse le plus. « Pour passer mes journée, je me suis installé un petit studio de musique pour pouvoir partager sur internet des vidéos où je joue de la guitare ».

Retrouvez, ci-dessus l’interview de Sami, en vidéoconférence.

Reportage réalisé par Emna Bhira et Wissal Ayadi