Confinement, troubles nocturnes, instabilité politique, le ras-le-bol des Tunisiens

18-01-2021

Les Tunisiens viennent de sortir d’un confinement sanitaire général ayant duré 4 jours, dans le but de freiner la poussée épidémique du Covid-19 enregistrée ces derniers mois. Bien que cette période de réclusion soit courte, les citoyens semblent être frappés d’une sinistrose ambiante, accentuée notamment avec les actes nocturnes de vandalisme, ayant eu lieu dans plusieurs régions et quartiers de la République…

 Crise sanitaire, répercussions économiques, insécurité, instabilité politique, manque de visibilité, avenir incertain pour le pays et les générations à venir, les citoyens sont ont train d’encaisser un trop plein d’évènements suscitant l’inquiétude, voire même de la tristesse…

Sur l’avenue Habib Bourguiba, au centre-ville de Tunis, l’endroit le plus animé de la capitale, les restaurants et les cafés sont ouverts mais avec interdiction de s’y attabler, les commerces sont quasi vides, et d’importants renforts policiers ont été déployés même dans les petites ruelles pour prévenir un éventuel mouvement populaire qui risque d’éclater à tout moment…

Cette ambiance qui a gagné le cœur de Tunis, reflète largement le sentiment des Tunisiens, lassés des tensions récurrentes et de cet état d’alerte dont le pays témoigne depuis des années…

Plusieurs reprochent également aux autorités leur manque de réactivité, et l’inefficacité de leurs décisions, notamment en ce qui concerne la lutte contre le coronavirus par un confinement sanitaire général qui n’a duré que quatre jours. Comme ce jeune homme d’une trentaine d’années, qui nous a indiqué que « seul le vaccin sera le remède contre le Coronavirus ».

 En attendant, le manque de précision de la part des décideurs, et les graves lacunes de communication sont en train de mener à un manque de conscience qui ne fait qu’aggraver la situation.

Pour ce trentenaire, les mesures prises dans le cadre de ce confinement ciblé annoncé ne sont pas claires pour la population. «  Les rassemblements, les réunions et les manifestations sont maintenus, les souks et les marchés sont ouverts et les transports publics regorgent de citoyens…Il existe même des manifestations durant ce confinement ciblé », commente-t-il.

A cet effet, un autre citoyen rencontré sur l’avenue de France, considère qu’il s’agit d’une équation compliquée, celle de protéger les citoyens tout en les privant de leur gagne-pain. « Il existe des pères de famille qui ne peuvent pas chômer un jour, sinon ils mourront de faim. Pour eux, il n’existe aucune autre alternative pour survivre à part travailler », a-t-il déploré.

Sur un autre sujet, concernant les cambriolages ayant ciblé des commerces et des propriétés publiques, dans les quartiers les plus défavorisés du pays,  un Libyen croisé sur l’avenue de Paris, a dénoncé ces actes de sabotage. Pour cet ingénieur de pétrole, résident en Tunisie, « il s’agit d’une perte pour les Tunisiens, celle de détériorer et de nuire à ce qui leur appartient, sachant que les dégâts seront  déduits de leurs impôts… »

« Il faut qu’ils se méfient des parties qui veulent semer l’agitation dans un contexte sociopolitique difficile », recommande-t-il.

Collectif « Wrong generation »

Notre micro-trottoir a été interrompu par une manifestation organisée par le mouvement « Wrong Generation ». Il s’agit d’un collectif de jeunes tunisiens se revendiquant antifasciste et prônant une meilleure justice sociale. Leur marche a commencé au niveau de l’Avenue de la Liberté et s’est terminée à Bab El Khadhra.

A coup de slogans anti-gouvernement, ils protestent contre la situation sociale et économique qui se dégrade de plus en plus en Tunisie.

« 10 ans après la Révolution rien n’a changé et c’est pire encore ». Seif, un des membres du groupe explique que les arrestations arbitraires et les violences policières sont encore présentes en Tunisie, comme c’était le cas sous l’ère Ben Ali. « Il faut ajouter à cela la pauvreté. Les gens ont faim et le gouvernement ne s’intéresse qu’à la quête du pouvoir », a-t-il ajouté dans un discours prononcé à Bab Souika, en plein cœur d’un marché populaire.

Le groupe demande également la libération des mineurs qui ont été arrêtés ces derniers jours lors de heurts nocturnes dans différentes régions du pays. « Aujourd’hui on dénombre 296 mineurs arrêtés sans titre exécutoire émanant du procureur de la République », nous dit Oumayma Hammami, elle aussi membre du collectif « Wrong Generation ».

En se rendant dans les quartiers les plus populaires du centre-ville de la capitale, ils ont voulu dénoncer l’abandon de l’Etat de ces zones sinistrées. « Nous ne voulons plus aller manifester à la Kasbah, car cela ne sert à rien, ils ne nous écoutent pas. Alors nous venons ici auprès du peuple qui souffre et qui a faim », explique l’un des manifestants.

Retrouvez dans la vidéo ci-dessus notre reportage.

Reportage réalisé par Emna Bhira et Wissal Ayadi