Tunisie : La nonchalance de la population et le laxisme des autorités, à l’origine de l’aggravation de la crise sanitaire

21-06-2021

La Tunisie vit sans doute ses heures les plus graves depuis le début de la pandémie en mars 2020. Pour preuve, le retour au confinement total dans 4 gouvernorats du pays, Kairouan, Zaghouan, Siliana, Béjà, et quelques délégations à Kasserine où le nombre de cas dépasse les 400 sur 100 mille habitants.

A l’heure où la lumière semble apparaître au bout du tunnel à travers le monde avec la vaccination, la Tunisie elle, sombre dans une 4ème vague meurtrière.

Seules 1,5 millions de personnes ont reçu au moins une dose de vaccin, malgré une accélération ces derniers jours, notamment dans les foyers épidémiques les plus importants. La faute à qui ? Nonchalance des citoyens ou laisser-aller des pouvoirs publics ? Quel est l’état d’esprit des Tunisiens dans cette période plus que critique ? Nous sommes allés les interroger sur l’Avenue Habib Bourguiba à Tunis.

Les avis sont mitigés à ce sujet. Certains disent que la faute revient aux citoyens, qui continuent à fêter les mariages, et à se rassembler, sans même porter de masque ou appliquer les gestes barrières. D’autres jettent la responsabilité sur le gouvernement qui, pour eux a échoué dans la gestion de la crise sanitaire.

« L’augmentation du taux de contamination dans ces gouvernorats devenus cluster en peu de temps, n’est que la conséquence du laxisme des autorités et leur manque de fermeté », nous ont lancé deux mères de famille, exprimant leur inquiétude quant à la situation sanitaire dans le pays.

Un autre passant, infirmier principal à la retraite rencontré près de Bab Bhar, partage le même avis. Les citoyens ne sont pas conscients de la gravité de la situation, et les décisions des autorités sont contraires aux consignes du comité scientifique, a-t-il souligné.

« La contradiction au niveau des mesures prises n’encourage pas les Tunisiens à se conformer aux recommandations », explique-t-il.

« D’une part, les rassemblements sont interdits, alors que dernièrement les autorités ont laissé entrer le public dans un match de football d’ampleur, sans parler de l’autorisation de la vente des billets dans les guichets… S’y ajoute, l’encombrement dans les transports communs. Tout cela va mener inévitablement vers l’anarchie, et donc à l’aggravation de la situation épidémiologique en Tunisie », a-t-il ajouté.

Selon ce citoyen, le manque de fermeté et la non-application de la loi, ne feront qu’empirer les choses dans l’avenir.

Un autre passant qui partage le même constat, estime que le gouvernement est responsable de la crise sanitaire critique à laquelle plusieurs gouvernorats sont confrontés.

« L’absence de l’Etat et son laxisme quant à la bonne application du port obligatoire des masques, la distanciation sociale et l’interdiction des rassemblements, ont encouragé la nonchalance des citoyens. Car ce n’est pas suffisant de compter uniquement sur la conscience des Tunisiens ».

Selon notre interlocuteur, le gouvernement n’est pas en train de remplir ses tâches, celles d’instaurer la discipline dans une période de crise, afin d’éviter les pires des scénarios…

En effet, la majorité des personnes que nous avons pu interroger, appellent à un durcissement des pénalités, et à plus de fermeté auprès de l’Etat, sans pour autant, opter pour un confinement.

Comme ce Monsieur, qui recommande au comité scientifique de réviser ses décisions concernant l’ouverture des frontières, de peur de vivre une situation incontrôlable à cause d’une éventuelle apparition d’un variant ou d’un virus muté en Tunisie.

Par ailleurs, le confinement général décrété au niveau de plusieurs gouvernorats de Tunisie, a semé l’inquiétude parmi les commerçants, frappés de plein fouet par les séquelles du Covid-19. Comme ce créateur de chaussures, qui s’est retrouvé endetté depuis l’apparition de la pandémie, et qui a perdu, par conséquent, son usine. Pour lui, un autre confinement sera fatal pour ses affaires.

« Les banques refusent de m’octroyer des crédits pour que je puisse payer mes dettes. Je peine à me nourrir, avec le peu que je gagne en travaillant artisanalement. Si le gouvernement annonce un autre confinement, toute ma vie serait mise en péril », nous confie-t-il. Pour lui aussi, la solution pour endiguer la pandémie, serait d’appliquer sérieusement la loi, avant que les citoyens ne deviennent contraints de payer le prix de leur laisser-aller…

Reportage réalisé par Emna Bhira et Wissal Ayadi