Campagne des Législatives : Instrumentalisation de la religion, violence et publicité politique

30-09-2019

« Les infractions relevées au cours de la campagne électorale pour les législatives, ayant démarré le 14 septembre dernier, concernent essentiellement la violence verbale, l’instrumentalisation du discours religieux, et la publicité politique ».

C’est ce qu’a affirmé Fadoua El Ouni, coordinatrice du projet d’observation des élections de l’organisation tunisienne I Watch, lors d’une conférence de presse tenue ce lundi 30 septembre à Tunis.

« Les observateurs ont noté que 100% des discours religieux durant la campagne, ont été prononcés par le mouvement d’Ennahdha durant ses meetings : Bizerte (50%), Nabeul (25%) et à Jendouba (25%) ».

« 75% des discours de haine ont visé les minorités religieuses, et 25% des propos ont révélé des incitations au régionalisme.  « C’est Le front populaire qui a commis 34% de ces infractions, après vient l’association 3ich Tounsi  avec 33% et le parti démocrate libre  avec 33% ».

La coordinatrice de I Watch a fait savoir que la publicité politique persiste toujours durant cette campagne pour les législatives, pourtant ils ont dénoncé des dépassements de ce genre auprès de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), lors de la campagne anticipée pour la présidentielle.  

A ce sujet, El Ouni a expliqué que certains partis disposent de voitures et des bus sur lesquels des photos des têtes de liste sont collées. D’autres candidats ont accroché des affiches de publicité politique à l’entrée des partis et dans des endroits publics ».

« Ces infractions sont commises par « Machrou Tounes (22%), Ennahdha (11%), Tahya Tounes (11%), Nidaa Tounes (11%)… ».

Les observateurs de I Watch ont noté également une exploitation des enfants dans les campagnes législatives, par l’association « 3ich Tounsi » à Zarzouna et El Alia dans la circonscription de Bizerte.

 Quant aux infractions graves, cette même association a mené des activités électorales devant des établissements éducatifs à El Battan (Manouba), en plus de l’installation d’une tente devant un autre lycée (Mannouba).

Parmi les autres infractions, le parti Nidaa Tounes a effectué une campagne électorale à l’hôpital régional d’Esskhira (Sfax 2). « Certains de leurs membres ont empêché les journalistes d’Hannibal TV de filmer ».

Fadoua El Ouni a révélé également que des volontaires de ce parti ont empêché les observateurs d’effectuer leur travail, et les ont obligés à effacer les photos qui ont été prises à la circonscription du Kram.

Concernant la violence verbale, le Front Populaire et le collectif Al Jabha se sont échangés un discours haineux à Mjez El Beb (Béja), à cause d’un malentendu sur l’emplacement des affiches des listes des candidats, accrochées aux murs.

Par ailleurs, à Sakiet Ezzit (Sfax 1), des membres du Front populaire ont accusé le gouvernement actuel et le mouvement d’Ennahdha « de terrorisme ». D’autre part, à Sayada (Monastir), des membres du parti démocrate libre (PDL)  ont qualifié le candidat pour la  présidentielle Kais Saied de « rétrograde ».

Pour sa part, le président de I Watch Achref Aouadi a déploré l’absence des observateurs de l’ISIE, et l’indifférence des instances régionales (IRIE) face aux dépassements dénoncés.

Il a appelé à plus de communication autour des programmes des candidats, et des horaires de leurs activités, car selon lui, l’ISIE ne les tient pas au courant, des mises à jour et des éventuels changements des plannings, ce qui entrave leur mission d’observation.

Emna Bhira