Le Confinement creuse les inégalités sociales, les démunis en sont les principales victimes

17-04-2020

La population pauvre est profondément affectée par les conséquences du confinement total décrété dans le cadre de la  lutte contre la propagation du Covid-19. Dépourvus de leurs ressources, les catégories démunies subissent une double peine à cause de la pandémie.

Cette période de retrait social n’est pas vécue de la même manière par toutes les catégories sociales.

Certains la vivent comme une opportunité pour s’enrichir culturellement voire comme une accalmie, alors que d’autres, ne peuvent pas se permettre « ce privilège »…

Le confinement sanitaire a soulevé les inégalités sociales qui se creusent de plus en plus dans la société tunisienne, notamment dans les milieux ouvriers et ruraux, sachant que le taux de pauvreté a dépassé les 15% en Tunisie, selon l’institut national de la statistique (INS).

Cette période sombre que vit toute l’humanité et, qui n’est pas particulière à la Tunisie,  a montré qu’il n’est pas donné à tout le monde de se confiner dans sa résidence secondaire, ou encore d’en profiter pour prendre un peu de recul pour réorganiser sa vie…Car, une grande partie de la population se trouve obligée de quitter le domicile pour gagner son pain. Travaillant dans l’ombre, sans protection sociale, ces personnes ne peuvent pas obtenir une autorisation de travail ou encore de circulation…

Pour Wassila, mère de trois enfants et femme de ménage qui travaille sans contrat, n’ayant pas de couverture sociale également, elle survit le jour au jour, surtout que son époux, maçon, s’est retrouvé au chômage…

« Dans les jours ordinaires, je boucle difficilement mes fins de mois, que dire en étant confinés, et sans revenus…Nous sommes les cinq à la maison ce qui a augmenté nos dépenses. Même si je vis à la Cité Ettadhamen, l’un des plus pauvres quartiers de la capitale, les épiciers du coin ne sont pas les moins chers non plus…Autrefois mes enfants obtenaient leurs gouters de la garderie, maintenant je dois les acheter moi-même, et ça pèse lourd sur mon budget», nous-a-t-elle confié.

« Moi, comme mon mari, nous exerçons un travail journalier, et n’avons même pas d’épargne. De crainte de ne pas pouvoir survivre au confinement financièrement, nous serons obligés d’aller travailler, ou d’appeler à l’aide des associations», ajoute-t-elle.

Concernant les aides mises à la disposition des plus démunis par l’Etat, cette mère de trois enfants a révélé qu’elle n’a pas compris comment elle pourrait y accéder. « Je dois me débrouiller moi-même pour payer mon loyer malgré le confinement », insiste-t-elle…

Par ailleurs, les plus démunis vivent généralement dans des logements insalubres et exigus, dans lesquels les risques de contamination sont plus importants. Ils sont eux-mêmes, déjà, dans une situation sanitaire vulnérable, les exposant plus que d’autres à la probabilité de contracter la maladie. Ces personnes vivent dans des quartiers plus denses également. Le risque de s’exposer au Covid-19 en sortant, y est plus fort.

Emna Bhira