Couverture des élections : L’ISIE et la HAICA mettent au pas les médias

25-04-2019

L’ISIE et la HAICA ont organisé conjointement, ce jeudi à Tunis, un séminaire sur la couverture médiatique en période électorale en vue de la présidentielle et des législatives prévues à l'automne prochain. L’objectif est de tirer des leçons des scrutins passés. Les deux instances indépendantes sont unanimes : de nombreux efforts sont à fournir en termes de médiatisation.

Le 4ème pouvoir, c’est comme cela que le monde médiatique est souvent qualifié…et ce n’est pas fortuit. En effet, en période électorale, la télévision, la radio, la presse écrite et web constituent les vecteurs d’information les plus importants. Les partis et candidats essaient d’apparaître autant que possible dans les médias…c’est dire l’impact et les effets sur l’opinion publique.

Toutefois, la télévision est largement considérée comme étant le moyen le plus important pour mener une campagne et atteindre les électeurs. C’est dans ce domaine qu’intervient la HAICA.

Nouri Lajmi, président de la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuel, a rappelé « les nombreux dysfonctionnements de l’élection de 2014. "Nous ne devons pas retomber dans les même travers"». "Les médias devront assurer une couverture impartiale et équilibrée entre tous les partis politiques", a-t-il insisté.

La presse est régie par les décrets loi 115-116. Mais pour l’instant aucun article n’interdit explicitement la publicité politique dans les entreprises de presse. Lajmi appelle à la mise en place d’une loi électorale exhaustive permettant d’effectuer l’opération électorale dans l’intégrité et la transparence la plus totale.

Il regrette par ailleurs le manque d’originalité et d’efforts afin de concevoir des programmes attractifs. « Les médias ont un devoir envers l’électeur. Par exemple, les institutions publiques mettent en place des campagnes publicitaires sur l’importance du vote… mais on ne les voit pas beaucoup dans les médias ».

L’instance a mis en garde les médias contre la diffusions de « fake news », à travers notamment les réseaux sociaux. Elle a prévu ainsi la mise en place d’un Codex afin de relever les fausses informations et procéder aux tris.

Si l’autorité de régulation audiovisuelle ne s’occupe que de la Télé et de la radio, la presse écrite et web relèvent du ressort de l’ISIE.

La multiplication des sites internet d’actualité et la pression de plus en plus importante des réseaux sociaux rend le travail de contrôle plus difficile. L’instance supérieure indépendante pour les élections a annoncé un contrôle strict à partir du 16 juillet prochain, début de la pré-campagne électorale. « A partir de cette date, les médias sont appelés à ne pas faire de publicité politique ni à diffuser les contacts des différents partis. Il sera également interdit de publier sondages d’opinions ou autres baromètres politiques » a annoncé Nabil Baffoun, président de l’ISIE.

La campagne électorale officielle démarrera le 19 septembre. Dès lors, le contrôle sera encore plus contraignant puisque s’ajoutera le principe de respect du temps de parole de chaque candidat. « Si cette consigne n’est pas respectée, l’entreprise de presse en question pourra être punie d’une amende de 20.000dt » a ajouté Baffoun.

L’ISIE et la HAICA veilleront également au respect de l’intégrité physique des candidats mais également au respect de leurs données personnelles. Les deux instances appellent les médias à éviter toute forme de violence et d’extrémisme basés sur la religion ou le régionalisme.

Mais ce contrôle strict et rigoureux du paysage médiatique tunisien à un coup à la fois humain et financier. Nabil Baffoun fait part de son inquiétude. En effet, la dissolution, ces dernières semaines, de trois conseils municipaux dans trois villes du pays (Sidi Bouzid, Gasserine et Bardo) aura des conséquences sur le budget de l’ISIE. « Nous sommes en train de préparer des élections partielles dans ces villes là et ce n’était pas prévu dans notre budget annuel. Il y aura donc des impacts sur le contrôle des médias écrits et web pendant la présidentielle et les législatives ».

A la fin de ce séminaire, un certain nombre de recommandations ont été décidées. Parmi elles, la mise en place d’un cadre législatif de régulation permanent de contrôler les médias virtuels, la publication de rapports d’observation même en dehors des périodes électorales. Il a été également question de la formation des journalistes pour la couverture médiatique pendant une élection, et enfin l’établissement d’une définition claire et précise du silence électoral.

Wissal Ayadi

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