Crise économique : Des experts pointent les erreurs à l’origine de l’enlisement

06-08-2019

« Selon le rapport annuel de la banque mondiale, publié en août 2019, l’endettement public de la Tunisie était de 77.1% en 2018. Selon les prévisions économiques, ce chiffre atteindrait les 83% en 2019. Quant à l’endettement extérieur, il va passer de 94% à 104% durant l’année 2019, sachant que ce taux varie selon la valeur du dinar… »

Des chiffres alarmants, divulgués durant une Talk session portant sur la thématique de « la crise économique en Tunisie … quelle responsabilité gouvernementale ? », tenue le lundi 5 août à l’Hôtel l’Africa.

L’expert en économie, Moez Joudi, a fait la comparaison avec le taux d’endettement de la Tunisie en 2010, qui était à 40% seulement du PIB.  « A cette époque, la situation était sous contrôle, les dettes publiques se payaient à temps et les fonds étaient essentiellement alloués aux projets d’investissement », a-t-il souligné.  

« On ne peut pas nier que l’ancien système était exemplaire en matière de dettes… ».

 « La totalité des emprunts de la Tunisie, auprès des banques, sont en train d’alimenter le budget de l’Etat, les dépenses publiques, et le paiement des salaires, au lieu d’être investis dans le développement », a-t-il expliqué.

Le problème du service de la dette constitue une autre entrave à l’économie du pays : « chaque année la Tunisie s’acquitte d’un taux d’intérêt de 9 milliards provenant du budget total de l’état (40 milliards de dinars) ».

L’expert a ajouté que l’endettement extérieur est directement lié à la souveraineté économique et nationale du pays.  « En revanche, ce n’est pas une exception qu’un pays développe ses investissements grâce aux crédits, même les pays les plus riches ont recours aux dettes, mais à condition qu’ils ne dépassent le taux d’endettement maximal ».

L’endettement des moteurs économiques nationaux

Intervenu à ce débat, l’expert fiscal, Lassaad Dhaouadi a révélé que, « l’évasion fiscale, et l’évitement légal ou illégal de l’impôt en utilisant les failles du système fiscal, sont autant de facteurs favorisant la prolifération de la corruption ».

« Malheureusement aujourd’hui, la structure fiscale est frappée par la corruption, et les recettes publiques sont pénalisées par la mauvaise gestion de l’impôt. En revanche, les preuves de ces dépassements, sont archivées dans les rapports de la Cour des comptes, mais elles ne sont jamais prises en considération… », déplore-t-il. 

Il a évoqué les conséquences des annulations des dettes publiques, en citant d’importantes affaires de corruption comme celle d’un agent financier à la douane tunisienne, ayant annulé une dette de 953 milliards de dinars, sans être suivi par la loi.

« Par ailleurs, l’ensemble de ces litiges nés de la violation de la législation et de la réglementation douanière, des impôts indirects, ont été annulés au bout de 3 ans, il s’en est suivi une perte de 3 milliards de dinars pour l’Etat ».

« Cette affaire est citée dans le rapport numéro 29, relatif à la direction générale de la douane, publié par la Cour des comptes », a-t-il précisé.

Il s’est arrêté en outre, à la question des terres agricoles domaniales qui sont enregistrées avec des identités inconnues, et dont le coût de location est de 300 milliards de dinars, selon un autre rapport de la cour des comptes publié en 2019 (n°31).  

« Concernant ces litiges, l’extinction de l’action publique, accordée sur la base des procédures judiciaires, a été faite dans de très courts de délais, soit après une période de 5 ans, uniquement ». 

Dhaouadi a évoqué une autre infraction archivée dans un rapport publié également par la cour des comptes, relatif à l’agence de promotion de l’industrie et de l’innovation, qui dit que « 3% seulement des projets déclarés à l’agence sont en activité, sachant que l’Etat a consacré 3 milliards de dinars à l’investissement et la création d’emploi ».

« Quant aux rapports de la banque mondiale et l’organisation de coopération et le développement économique (OCDE), ils ont révélé que l’Etat est en train de concéder volontairement, ses droits d’utilisation de ses ressources ».

« En effet, ceux qui sont accusés d’infractions fiscales sont acquittés de leurs dettes au bout de quelques années, au nom du droit à la prescription », a rappelé Dhaouadi en soulignant que « le blanchiment de la fraude fiscale, est à l’origine du blanchiment d’argent effectué malheureusement, par le biais de la loi ».

La responsabilité gouvernementale

Le député de Nidaa Tounes, Fadhel Omrane, a expliqué que cette situation économique déplorable, est due à des fautes cumulées depuis l’arrivée du gouvernement de 2014 au pouvoir.

Selon lui, ce dernier « a dilapidé une somme de 1100 millions de dinars, que l’Etat a engrangé suite à la session partielle de Tunisie Télécom ».

« Cet argent a été dépensé pour les augmentations salariales non justifiées, et les recrutements anarchiques dans la fonction publique », déplore-t-il.  Il s’en ajoute une autre faute plus grave, celle de l’écartement des anciens cadres de l’Etat, sous prétexte qu’ils appartiennent à l’ancien régime de Ben Ali. »

« On ne doute pas de l’intégrité des membres de ce gouvernement, mais les résultats montrent bien, que l’Etat a été dirigé par des personnes qui n’avaient pas assez de professionnalisme et d’expérience pour diriger le pays ».

Emna Bhira

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