Kairouan/ Coronavirus : Les raisons de l’explosion des cas de contamination, selon Dr Elyes Gharbi

25-06-2021

Kairouan est parmi les premiers gouvernorats dans le pays, qui ont connu une explosion des contaminations par le virus du Covid-19. Désormais, classé comme étant une zone à haut risque avec un taux d’incidence du virus de plus de 400 cas positifs sur 100 000 habitants, Kairouan est encore au bord de la catastrophe sanitaire, à côté d’autres gouvernorats, comme Seliana, Zaghouane et Béja selon la dernière publication de l’Observatoire nationale des maladies nouvelles et émergentes.

A Kairouan, les hôpitaux sont saturés, ainsi que les lits de réanimation et d’oxygène à l’hôpital régional Ibn Jazzar. Les grands comme les plus petits affluaient de toutes les délégations  pour se faire soigner en ville, suite à la prolifération plus rapide, de nouveaux variants apparus dans ce gouvernorat, et qui restent à confirmer D’autres, n’ayant pas eu la chance de trouver une place pour se faire consulter, ils se sont dirigés vers Sousse et d’autres régions à proximité, sollicitant de l’aide. 

Afin de mieux explorer les causes qui se cachent derrière ce pic pandémique dans ce gouvernorat en détresse, nous avons contacté Docteur Elyes Gharbi, médecin généraliste de libre pratique à la délégation de Sbikha, également touchée massivement par les séquelles de ces nouvelles souches virales.

Dans un entretien accordé à Gnetnews, Dr.Gharbi nous a précisé qu’il est difficile de préciser la date exacte du basculement de la situation. « Mais une chose est sûre, c’est que les déplacements entre les gouvernorats ayant eu lieu avant et après l’Aid, ont accéléré la propagation du virus dans les régions.

Connaissant très bien les régions rurales de Kairouan, cet ancien médecin hospitalier, a indiqué que la prolifération rapide dans les zones rurales de Kairouan, est dû aussi au démarrage de la saison de cueillettes saisonnières, un travail qui fait vivre les milliers de femmes agricoles dans les douars, qui prennent les transports en commun, et déjeunent quotidiennement en groupe, puis retrouvent leurs familles sans prendre aucune précaution.

 Ces facteurs de risque sont spécifiques au gouvernorat de Kairouan, sans oublier la nonchalance des citoyens, l’absence du port de la bavette, l’encombrement des domiciles de plusieurs familles, dans lesquels vivent plusieurs générations, ajoute-t-il.

« Certains ménages composés de 8 membres partagent des habitations de deux pièces, d’où l’impossibilité de l’isolation d’un éventuel malade Covid. Autre chose, les gens ne savent pas comment gérer leurs proches malades. Ils ne savent pas qu’ils doivent l’isoler et non pas lui rendre visite,  et ne portent pas de bavettes au sein du domicile en cas de soupçon ».

 Toutes ces conditions cumulées dans un même gouvernorat, ont fait que, quasiment chaque famille a au moins un proche qui a été contaminé par le virus, nous confirme-t-il.

Une population importante pour une infrastructure sanitaire fragile

Malgré l’existence des 9 hôpitaux de circonscription, un hôpital régional (Ibn Jazzar), et plus que 5 scanners, 2 IRM, en plus de de l’existence de 2 cliniques privées et plus que 5 laboratoires biologiques (publics et privés), cette infrastructure sanitaire n’a pas pu affronter le pic pandémique dans un gouvernorat qui compte plus que 570 000 habitants, avec un taux d’incidence du virus de 400 cas par 100 000 habitants. 

« Cette infrastructure  permet un dépistage plutôt massif, mais demeure insuffisante pour la prise en charge d’un grand nombre de malades Covid-19 ».

« Le problème maintenant c’est qu’avec les variants fraichement apparus en Tunisie, toutes les tranches d’âge sont en train d’affluer vers les hôpitaux, mêmes les plus petits. Les symptômes aussi sont modifiés. Certains arrivent asymptomatiques, avec une  rougeur dans les yeux, une légère fatigue et souffrant d’une diarrhée, pour s’avérer plus tard positifs au virus ».

Dr. Gharbi a ajouté que mise à part un test PCR,  seul un interrogatoire minutieux avec le patient permettra de repérer les cas potentiellement positifs, surtout quand il y a eu contact avec un membre de la famille, des voisins, ou encore des personnes positives fréquentées.

Selon cet ancien médecin hospitalier, actuellement en libre pratique et cela depuis des décennies, l’interrogatoire  permet de prévenir une éventuelle apparition des signes cliniques, au plus tard les 4 ou 5ème jour du contact avec un cas positif, et dont les complications se déclenchent vers les 8 ème et 10 ème jours dans les cas positifs.

Ces variants n’ont aucun symptôme standard, précise-t-il. « Ils sont plus dangereux, et capables de causer immédiatement une insuffisance ou un arrêt cardiaque dans un court laps de temps, contrairement au Covid-19 ».

Combattre les mentalités pour une situation sanitaire « gérable »

Connaissant l’état d’esprit des habitants de Kairouan, Dr. Elyes Gharbi a rappelé que la campagne de vaccination  avec un seul centre qui se trouve en ville  va prendre plus de temps que prévu cet été, à Kairouan. 

« Les habitants des régions rurales seront bientôt démotivés plus que jamais par la canicule, et la chaleur qui atteindra bientôt les 45 degrés « , révèle-t-il.

A cet effet, il appelé les autorités à améliorer ces conditions, probablement insupportables pour les personnes âgées, et prioritaires. Il faut penser aux détails pour réussir la  vaccination, commente-t-il.

« Il est préférable aussi de faire un ciblage plus pointu et rigoureux, de la campagne de vaccination, qui visera à priori les habitants des zones les moins contaminées pour renforcer leur immunité, y compris les personnes souffrants d’ handicap ou de maladie chronique. Il faut aussi renforcer l’effectif des médecins de première ligne pour rendre cette crise sanitaire gérable », analyse-t-il.

Par ailleurs, le comité scientifique est appelé à communiquer plus de détails scientifiques simplifiés concernant le virus, à travers les médias,  les médecins, les pharmaciens, tout en  unifiant leurs discours, afin d’éviter également les contradictions, qui ne font que remettre en question la crédibilité des mesures restrictives annoncées.

« Il faut que les citoyens soient conscients de la gravité de la maladie et de ses séquelles parfois intraitables à vie. Rarement sont les citoyens qui savent que le Covid-19 s’attaquent à tous les organes du corps, à commencer par le foie et les reins, et puis le cœur et les poumons en dernier. Par conséquent, il est déconseillé de consommer les anti-inflammatoires d’une manière générale sans prescription médicale. Pour le paracétamol, il faut le consommer avec modération pour éviter une insuffisance hépatique ou encore des complications. La vitamine C est également inutile, car elle est déjà consommée dans notre alimentation. Elle peut être nocive pour les personnes ayant des calculs rénaux. 

Par ailleurs, Dr.Gharbi, a souligné, qu’à titre préventif, les citoyens devraient avoir accès à l’organigramme de prévention contre le Covid-19 communiqué aux médecins, qui dit qu’en cas d’obésité, de prise de pilules contraceptives, d’allaitement, ou pour les personnes atteintes de thrombose, les diabétiques, cardiaques, ou hypertendues, elles doivent prendre un anticoagulant du sang, afin de se protéger d’une éventuelle obstruction veineuse, très fréquente dans les cas positifs.

Pour l’avenir, plusieurs décisions sont à prévoir et à communiquer dès maintenant, rappelle-t-il.

« A l’approche d’Aid Al Idha, qui aura lieu le 20 juillet, le gouvernement a intérêt à annoncer dès maintenant un confinement général en cette période, afin d’éviter l’encombrement dans les transports, qui engendrera un autre pic pandémique ».

Le gouvernement est appelé aussi à prévoir les mesures, au lieu d’improviser.

« Dans quelques mois les Tunisiens vont vivre 4 évènements cruciaux, l’Aid, la pénurie d’eau qui frappe déjà des régions à Kairouan, ce qui pourrait inciter des soulèvements sociaux et des regroupements, s’y ajoute le changement climatique qui pourrait avoir des incidences sur la courbe des contaminations, en plus de la rentrée scolaire qui pourrait augmenter les facteurs de risque.

La Tunisie, pourrait surmonter ce pic pandémique d’ici 5 mois au minimum, souligne-t-il, à condition que le gouvernement s’active à mettre en place des mesures à la hauteur de la détresse que le pays est en train de vivre, à cause d’une mauvaise gestion de la crise. Ces recommandations visent seulement à maitriser la courbe des contaminations, pour l’adapter au rythme de la campagne de vaccination, a conclu le docteur.

Emna Bhira

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Mastour abdelwaheb

Bonne analyse d un médecin qui a consacré sa vie à la santé des Habitants de ma petite ville.