Ces Tunisiens de l’étranger, dont la vie bascule, après la crise du Coronavirus

19-06-2020

L’une des conséquences les plus importantes de cette crise du Coronavirus est le chômage. Le confinement total a mis à l’arrêt de nombreux secteurs économiques, laissant leurs employés au chômage partiel ou en congé forcé pour les plus chanceux, les autres devant faire face à des licenciements brutaux. Nous avons voulu rencontrer ces Tunisiens qui travaillaient à l’étranger et qui ont du rentrer à Tunisie faute de travail.

Depuis le début de la crise, plus de 20.000 tunisiens ont été rapatriés de l’étranger. Parmi eux, des touristes, des étudiants mais aussi des salariés. C’est à cette dernière catégorie que nous nous sommes intéressés. Ils sont des milliers à s’être retrouvés en difficulté suite à la perte de leur emploi aux quatre coins du monde. Voici leurs histoires.

Faten est professeur de sport. En septembre dernier, elle décroche un contrat pour enseigner dans un établissement public au Koweït. En février, elle profite des vacances scolaires pour rentrer en Tunisie afin de régulariser les papiers de sa fille et de son mari pour qu’ils puissent eux aussi la rejoindre dans le Golfe.

Quelques semaines plus tard, la fermeture des frontières et le confinement obligatoire sont annoncés. Faten se retrouve donc contrainte de rester en Tunisie.

« Mon contrat est toujours valable et je perçois encore mon salaire au Koweït. Mais malheureusement, je ne peux pas retirer cet argent ». Faten n’a aucune visibilité concernant l’avenir. Au Koweït, la situation est encore difficile et je n’ai encore aucune visibilité.

Nous avons aussi contacté Sarra. Enseignante en Chine au moment de la pandémie, elle a décidé de revenir en Tunisie dès le mois de janvier. Elle était en télétravail pendant deux mois, jusqu’au moment où son employeur a décidé de lui ôter 80% de son salaire. « J’ai vécu deux fois le confinement, d’abord en Chine puis ici en Tunisie. Cela a été très dur psychologiquement », explique-t-elle. Toutefois, ce retour en Tunisie n’a pas été seulement négatif. En effet, la jeune femme envisage désormais de se réinstaller définitivement ici et de créer son propre projet.

Mais parmi ces expatriés contraints de rentrer, il n’y a pas que des malheureux. Rym, vient de décrocher un poste en tant que consultante en IT dans un grand cabinet d’audit parisien. Elle a pu bénéficier des nombreux avantages offerts par le code du travail français. Le 3 février, elle débute sa période d’essai de 6 mois. Très vite, elle est contrainte de rester chez elle en télétravail. « J’ai reçu un mail du service RH pour me parler de ma période d’essai. J’avais déjà entendu des rumeurs concernant certains licenciements. Etant en période d’essai, j’étais persuadée que cela allait m’arriver ».

Rym s’est en réalité vu offrir deux possibilités. Soit un congé sans solde jusqu’à la fin du mois d’août, soit un licenciement. Bien entendu elle a choisi la première option, mais elle a dû rentrer en Tunisie par souci d’économie, n’ayant pas de salaire en France.

Compagnies pétrolières

Le secteur des services parapétroliers supprimera un poste sur cinq dans le monde en 2020, selon les études.

Les compagnies pétrolières réduisent leurs investissements de façon brutale et massive pour se protéger de la chute des cours du brut. Une catastrophe pour leurs fournisseurs qui ne s’étaient pas totalement remis du précédent krach pétrolier, en 2014.

Le chiffre est saisissant : plus de 1 million d’emplois pourraient disparaître dans le secteur parapétrolier mondial, dès cette année. Cette prévision qui donnera des sueurs froides aux salariés des entreprises concernées. Les entreprises parapétrolières sont peu connues du grand public, mais elles représentent une activité riche en emplois à haute valeur ajoutée. Les géants du secteur sont américains : Schlumberger, Halliburton, Baker Hughes…

Nous sommes entrés en contact avec un salarié tunisien de l’une de ces grandes entreprises qui a souhaité garder l’anonymat. Basé au Koweït et employé depuis 12 ans dans la même société, il y a deux jours, la nouvelle est tombée, il a été licencié. « Je ne m’y attendais pas vraiment car cela fait longtemps que je travaille dans cette boîte ». Il explique que la politique de licenciement a été fondée sur le principe des plus gros salaires. « Pour l’instant, je vais rester au Koweït pour voir si je peux trouver un autre emploi dans une autre société », nous dit-il. Même avec un CV bien fourni, il va falloir du temps au secteur pétrolier pour se remettre de cette crise. Notre interlocuteur estime que les recrutements seront gelés au moins pour 2 ans.

A noter que déjà au début du mois de juin, le ministère du Transport a effectué le rapatriement de  17  Tunisiens employés de la société pétrolière Ambatovy située à Madagascar.

Taux de chômage en hausse

Ces Tunisiens expatriés pourront faire partie des chômeurs post-coronavirus en Tunisie. En effet, le taux de chômage en Tunisie devrait atteindre 21,6% contre 15 % avant la crise. Cette annonce a été faite mercredi par le ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale, Slim Azzebi  lors d’une conférence de presse.

Exposant les résultats d’une étude réalisée par son ministère sur les effets économiques du Covid-19, en coordination avec le Programme des Nations unies pour le développement, Azzebi a révélé que 274 000 nouveaux chômeurs potentiels sont sur le point d’arriver sur le marché local.

Wissal Ayadi

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