Tunisie : Coronavirus, budget serré… l’Aïd El-Idha toujours célébré, mais autrement (Reportage)

19-07-2021

Les musulmans du monde entier s’apprêtent a célébrer, demain mardi  20 juillet, l’Aïd-El-Idha. Pour la deuxième année consécutive, cet événement qui constitue un des plus important rendez-vous du calendrier hégirien, se passera dans dans une ambiance particulière à cause de la pandémie du Covid-19.

La Tunisie fait face depuis le mois de juin à une quatrième vague de coronavirus…Une vague foudroyante, meurtrière et sans précédent.

L’Aïd Al-Adha est prévu pour le 20 juillet… Même s’il demeure un rite religieux hautement recommandé en terre d’islam  (Sunna mouakda), ils sont de plus en plus de Tunisiens à s’en désintéresser pour des raisons essentiellement financières.

En effet, les coûts de cette fête peuvent facilement atteindre plus de 1000 dt entre l’achat du mouton et autres accessoires, épices ou couteaux nécessaires au rituel du sacrifice.

Cette situation est plus que de rigueur aujourd’hui avec la crise sanitaire qui touche notre pays depuis plus d’un an. Les différentes périodes de confinement et les restrictions liées au protocole sanitaire ont fragilisé bon nombre de secteurs économiques laissant le pouvoir d’achat de nombreuses personnes en baisse, sans compter l’augmentation des prix de certains services publics comme l’eau, l’électricité ou encore les transports.

Comme chaque année c’est l’Etat qui fixe le prix référentiel unifié de la vente des moutons de sacrifice…Pour 2021, il a été fixé à 13DT le kilo, en moyenne. Ainsi pour disposer d’un mouton convenable il faudra débourser au minimum 450DT … mais il peut atteindre les 1000 voire les 1200DT pour des ovins de qualité supérieure.

Achwak est une mère de famille avec deux enfants. Cette année, elle a décidé de ne pas se soumettre au rituel du sacrifice pour des raisons pécuniaires. « Je travaille comme couturière à la maison et mon mari est dans le bâtiment et ne travaille pas tous les jours. Avec l’augmentation du coût de la vie, je ne peux malheureusement pas me permettre. Ainsi, elle a commandé une épaule de mouton chez son boucher habituel à 30DT le kilo. Achwak se contentera d’allumer un barbecue et se fournira en « Osbane » et autres merguez et « Kaddid » auprès de ses parents.

Elle n’est pas la seule à ne pas célébrer comme il se doit l’Aïd-El-Adha. En effet, cet événement est habituellement synonyme de rassemblements en famille… Chaque année, de nombreux Tunisiens traversent les quatre coins du pays afin de se rendre auprès de leur proches. Mais avec les restrictions sanitaires et l’interdiction de se déplacer entre les gouvernorats, ils sont contraints de rester chez eux.

C’est le cas de Hosni qui habite à Tunis. « Toute ma famille est du côté du Monsatir. Et je ne veux pas prendre le risque de m’y rendre et de me prendre une amende lors des contrôles. Cette année, je fêterai donc l’Aïd en comité restreint avec ma femme et mon fils. Nous achèterons un peu de viande et nous ferons un petit barbecue, juste pour marquer le coup. Sans la famille, cette fête n’a aucune saveur », déplore-t-il.

Depuis plusieurs années, un nouveau phénomène est apparu. Il s’agit pour les agences de voyages de proposer des séjours spéciaux pour l’Aïd-El-Idha. Comme cette offre qui propose un séjour de 3 jours, 2 nuits avec barbecue et dîner tunisien pour seulement 179DT par personne et la gratuité pour les enfants de moins de 12 ans.

  

Le désintérêt de plus en plus important des Tunisiens vis à vis de cette fête se fait sentir également chez les commerçants. Nous nous sommes rendus chez l’un d’entre eux qui aiguise les couteaux. « Désormais il n’y a plus que les personnes âgées qui viennent aiguiser les couteaux…. Cette tradition s’est perdue car il y a de moins en moins de personnes qui procèdent au sacrifice eux-même », faisant référence au fait qu’ils sont nombreux a faire appel à des bouchers professionnels à domicile. Il nous indique également qu’il a dû changer sa technique d’aiguisage à cause du Covid-19. Avant j’utilisais de l’eau sur la machine, maintenant je mets de l’eau de javel ».

Même constat chez son voisin, vendeur d’épices et d’ustensiles nécessaires au sacrifice qui affirme ne plus vendre autant qu’avant de « kenouns », grills, barbecues et autres petites marmites pour « Zoghdida ».

Pour ceux qui ont la possibilité d’acheter un mouton, la première étape sera de trouver le bon. Direction donc le marché au bétail. Pour éviter les grands rassemblements et la cohue, les gouverneurs du pays ont décidé de dédier plusieurs points de vente dans chaque région. Nous nous sommes rendus dans l’un d’entre eux, situé sur la route de la Marsa à Tunis. Après quelques minutes d’observation, nous refusons finalement d’y entrer. En effet, les allées étaient noires de monde, la plupart des commerçants ne portaient pas de masque et les conditions d’hygiène laissaient à désirer… En ces temps où le nombre de contaminations et de décès a atteint des sommets , il semble pour autant que les ABC du protocole sanitaire ne soit aucunement respecté.

Contacté par téléphone, un acheteur qui s’est fourni dans ce genre de point de vente nous confie « cela fait plusieurs mois que j’économise de l’argent pour acheter un mouton à moi et aussi pour mon fils marié. Le mien je l’ai acheté 900DT et celui de mon fils 700DT. c’est un gros budget, mais ce rituel est très importants pour moi en tant que musulman pratiquant », explique Amor, père de 5 enfants, tous adultes.

La Tunisie est loin d’en avoir fini avec la pandémie de Covid-19. Espérons que la fête de l’Aïd-El-Adha ne viendra pas aggraver une situation déjà chaotique.

Gnetnews