Tunisie : Vacances annulées ou remises à plus tard, un coup dur pour l’économie de l’été (Reportage)

16-07-2021

Exceptionnellement, cette année les Tunisiens vont vivre un été sans précédent, avec un couvre-feu décrété entre 20h et 5h du matin sur l’ensemble du territoire, l’interdiction des déplacements entre les gouvernorats entre le 08 et le 31 juillet. S’y ajoutent des confinements décidés dans plusieurs régions dans le but d’endiguer la pandémie, ainsi que des restrictions sanitaires concernant les cafés, restaurants, centres commerciaux, et les manifestations publiques de tout genre.

Sachant que durant cette même période de l’année, en juillet 2020, les Tunisiens ont repris une vie quasi-normale après l’enregistrement de moins d’une cinquantaine de cas positifs par jour.  Cette année 2021, « la Tunisie est déclaré par l’OMS comme étant le pays qui a le plus fort taux de mortalité du continent africain et du monde arabe ».

Avec en moyenne 7671 de malades covid+ et une centaine de décès, signalés quotidiennement, la Tunisie a été également classée zone rouge à forte circulation du virus par plusieurs pays. Face à cette ambiance alarmante, les vacances d’été s’annoncent difficiles à organiser. Plusieurs citoyens ont eu du mal à programmer leur départ en vacances. D’autres sont tiraillés entre le besoin de leur famille de se divertir, et l’importance de rester chez soi pour se protéger du virus.

Voyages annulés

Malgré le durcissement des mesures sanitaires, certains citoyens qu’on a pu interroger approuvent ces décisions, et trouvent que sacrifier leurs vacances cette année pour le bien de tous, serait la meilleure contribution citoyenne pour atténuer ce rythme croissant des contaminations.

Pour cette fonctionnaire d’une soixantaine d’année, Saida, qui d’habitude ne ratait aucune vacance sans séjourner en hôtel pour quelques jours avec son mari, il n’est plus envisageable pour elle d’aller dans un établissement touristique, en plein pic pandémique.

« Cette année, je serai plutôt privée de voir ma famille durant l’Aïd, je n’ai pas vu ma mère qui habite à Zaghouan depuis 2 mois. C’est ce qui va me manquer le plus. Circonstances obligent ! Sinon pour les vacances, j’y repenserai le jour où la situation sanitaire s’améliorera. Pour le moment, je me contente d’une petite marche dans le quartier avec mon mari. L’ennui est surmontable, pourvu qu’on reste en bonne santé jusqu’à ce que cette catastrophe sanitaire prenne fin ! », nous confie-t-elle.

Un autre couple qui avait l’habitude de voyager chaque été, a annulé son programme d’aller en Turquie avec des amis, pourtant ils sont tous vaccinés. « Il serait risqué de prendre l’avion ou encore les transports en commun dans notre destination, surtout que mon mari a été déjà contaminé par le virus en  janvier. Même s’il a pris ses deux doses de vaccin, je ne serais pas prête à revivre cette lourde expérience, qui lui a laissé des séquelles inguérissables au niveau des poumons », nous explique-t-elle.

En effet, ceci n’est pas le cas pour tout le monde. Les plus jeunes tiennent visiblement plus à leurs vacances estivales. Comme ces deux familles d’une dizaine de personnes, qui ont réservé depuis mars une dizaine de jours dans une maison au bord de la mer.

« Nous avons donné une avance non remboursable au propriétaire depuis mars dernier, et nous n’avons jamais pensé que la situation allait exiger une interdiction des déplacements entre les gouvernorats. Malgré ça, nous avons pris la route pour Sounine (Bizerte), mais en vain, nous avons dû rebrousser chemin, après les refoulements imposés en pleine autoroute », nous a indiqué ce père de famille.

Un autre jeune couple, fraichement marié, a commis également l’erreur de programmer à l’avance ses séjours en hôtel depuis le mois de juin dernier, via une agence de voyage.

« Durant la dernière semaine du mois de ramadan, nous avons programmé nos congés et  acheté plusieurs weekends à Hammamet, Sousse et  Tabarka, pour y aller durant les mois de juillet et aout. A cause du durcissement des restrictions, on pensait que nos plans ont été bafoués. Mais, heureusement que les autorités ont pris en considération les dépenses que plusieurs familles ont fait d’avance pour assurer leurs vacances. En effet, la Fédération tunisienne des agences de voyage et du tourisme (FTAV) a annoncé que les vouchers ainsi que les réservations sont désormais considérés comme des laisser-aller qui autorisent la libre circulation dans le pays. »

Des activités touchées de plein fouet

Plusieurs activités professionnelles ont été directement touchées par l’impact des dernières mesures sanitaires. Les secteurs de la restauration et des cafés sont les plus impactés, notamment par la limitation de la capacité d’accueil de leurs établissements à 30%. Outre les cafés, qui lèvent les chaises dès 16h, l’après-midi  l’heure où les employés passent généralement pour s’offrir un petit moment de plaisir, après une longue journée de travail.

Nous avons contacté R.L propriétaire d’un salon de thé au centre-ville de Tunis, qui nous a confié que samedi dernier, il a fait une recette de 35 dinars seulement, alors qu’il diffusait le match de l’euro 2021, inratable d’habitude pour les clients.

 « Il s’agit d’un autre coup fatal qu’on subit à cause de ces mesures, qui s’ajoute aux pertes enregistrées lors du confinement général de l’année 2020. Quant au manque à gagner, il est de 90%, d’ailleurs j’ai pris la décision de fermer mon café jusqu’à nouvel ordre. Dans mon cas, les gens viennent pour s’assoir, discuter et passer des heures à échanger avec leurs amis. Sans chaises, personne ne viendra dans mon établissement ».

En allant à la rencontre de Said.C, dans son restaurant situé à l’avenue Mohamed 5 (Tunis), nous n’avons trouvé que 3 clients attablés pour déjeuner à midi. « C’est le cas depuis l’annonce des dernières mesures. Nos recettes sont à plat, alors que les charges du personnel, la climatisation, et celles de l’approvisionnement en produits alimentaires continuent », nous indique-t-il, soulignant qu’il était incapable de payer le loyer de 30 mille dinars ce mois-ci.

Pour un autre jeune entrepreneur, dirigeant d’un site Internet de réservation de maison d’hôte, il a vu les annulations s’enchainer après l’annonce de l’interdiction des déplacements entre les gouvernorats. « Nous gagnions 10% sur chaque location, et nous travaillions sur la quantité pour pouvoir répondre à nos charges. Ce mois-ci, nous sommes au plus bas, avec des recettes réduites à 80% », nous dévoile-t-il.

Cette année, la pandémie du Coronavirus a bien commis des dégâts économiques et changé les habitudes estivales des Tunisiens, qui profitaient autrefois de cette saison pour se divertir en famille. Pourvu que cette pandémie s’atténue au plus vite avec l’accélération de la vaccination dans le pays, annoncée par les autorités…

Emna Bhira

2 Auteurs du commentaire
plus récent plus ancien Le plus populaire
Anonyme

Quand la Tunisie va t’elle reconnaître enfin les tests antigenique, au moins, a ceux qui ont les 2doses de vaccin….

Kouthar bouraoui

Avec tout ça Les aides de l’état sont nulles et inexistantes mais pire il envoie des accusés de réception pour régler le 1er trimestre 2021de la contribution sociale.