Tunisie : Contrebande et terrorisme, deux faces d'une même pièce

Publié le Mercredi 29 Avril 2015 à 14:40
Vue de la conférenceLa lutte contre la contrebande et le terrorisme a été l'objet, ce mercredi, d'une conférence organisée par le Centre des Etudes et Recherches Economiques et Sociales (CERES), à Tunis. Mohamed Meddeb, un Général de l'armée à la retraite, a évoqué la corrélation entre les deux phénomènes. Selon lui, la contrebande qui est à l'origine, un acte motivé par le gain facile, "peut basculer vers le soutien, le financement, ensuite, l'appartenance à un groupe djihadiste".
 
La contrebande est tout acte d'importation et d'exportation de marchandises, sans passer par le circuit légal, ni par les services de douane, et sans payer de redevances douanières. "Ce phénomène existe partout dans le monde, dès qu'il y a une différence de prix entre deux pays voisins", a dit Meddeb.
 
La contrebande peut aussi bien concerner la circulation des biens, que la circulation des personnes, a-t-il expliqué. En effet, les contrebandiers peuvent transporter des marchandises, mais aussi des personnes qui désirent traverser les frontières de manière illégale. "La contrebande touche aussi au transport des armes, au transport des stupéfiants, des carburants, des cigarettes, des devises, mais aussi des stupéfiants, et de personnes recherchées, sans papiers, ou de terroristes", a-t-il indiqué. 

Concernant la Tunisie, toutes sortes de produits alimentaires sont introduits illégalement sur le territoire. Les pommes importées, se trouvant sur le marché tunisien, proviennent exclusivement de la contrebande, indique Meddeb, signalant que l'Etat interdit l'importation de ce fruit, ainsi que celle des dattes, pour des raisons sanitaires. 

La Tunisie est également une plateforme de passage du cannabis, provenant du Maroc, qui en est le plus grand producteur au monde. 
 
Au sujet des terroristes, Mohamed Meddeb a évoqué le cas de l'algérien, Mokhtar Ben Mokhtar (Alias le Borgne), qui était à ses débuts, un contrebandier de cigarettes. " Il a commencé par les cigarettes, au point d'être surnommé Mokhtar Marlboro, ensuite il a commencé à faire passer des armes. A un moment il s'est retrouvé dans le même camps que les terroristes, face aux forces de l'ordre qui les combattaient. C'est de la sorte qu'il a intégré le terrorisme, et s'est autoproclamé le chef d'un groupe sanguinaire...Il existe des informations,  selon lesquelles il aurait été arrêté en Libye", a dit l'ancien général. 
 
Selon lui, la Libye constituera une menace pour la sécurité de la Tunisie, durant "Les 20 à 30 années à venir".  Pour y faire face, il préconise de mettre en place un mécanisme de défense, et un nombre de réformes. 
 
"Il faut faire un diagnostic de la situation, et y apporter les remèdes nécessaires", a-t-il dit. "Il faut prendre en considération le fait que la région sera le fief du terrorisme et de la circulation d'armes, pendant un long moment. Ce n'est pas l'affaire de quelques mois. La Libye partage ses frontières avec six pays africains, et nous savons tous, les quantités d'armes impressionnantes qui y circulent", a-t-il dit. 

Il a appelé à renforcer la sécurité aux frontières avec les pays voisins, à apporter du renfort matériel et humain aux forces de l'ordre et aux douaniers se trouvant sur les frontières. 
 
Concernant le volet économique, les habitants  des villes frontalières tendent à expliquer la contrebande par le manque de développement économique dans leur région. "Il est peut-être pertinent de délimiter les régions dont la survie dépend de la contrebande et leur accorder le droit à un quota de produits à importer des pays voisins...ces produits seront introduits de manière légale, et seront ainsi contrôlés par les services de douane", a dit Mohamed Meddeb, tout en appelant à impulser le développement dans ces régions, pour remédier au recours au commerce illégal. 
 
Enfin, il préconise une sérieuse lutte contre la corruption "dans la société et au sein de l'administration". Selon ses dires, la corruption ne toucherait pas que les douaniers, "mais aussi la police, les sociétés de manutention, les agents des ports...et tous les intervenants". 

Hatem Ben Salem, ex-ambassadeur et ex-ministre de l'Education, a déclaré dans son intervention, que le terrorisme dans le monde a fait "un bond qualitatif", puisqu'il se targue d'être un Etat. "L'objectif du terrorisme d'aujourd'hui n'est plus de déstabiliser les pays, comme le faisait Al Qaida, mais l'Objectif de Daech, est de détruire les pays arabes, et prendre leur place", a-t-il dit. 
 
Selon lui, nul pays arabe n'est à l'abri. "Il n'existe pas de critères claires. Pas de vision à long terme. Aujourd'hui, l'Egypte et la Turquie se sont alliés pour combattre les Houthis au Yemen.

Demain ces alliances peuvent changer, car elles n'ont pas de critères, ni de base. Ce qui aura des impacts négatifs sur le monde arabe", a-t-il souligné. La plus grande "catastrophe" pour le monde arabe, est "le développement", selon Ben Salem, estimant que c'est un défi qui a été raté, laissant la place à l'armement. "Le monde arabe va consacrer d'ici 2020, une enveloppe de 920 milliards de dollars à l'armement militaire et sécuritaire", a-t-il avancé.

Chiraz Kefi