La Tunisie réfractaire, hélas, à la philosophie de Mandela |
| Publié le Vendredi 06 Décembre 2013 à 12:48 |
Nelson Mandela est passé à la postérité. Le chantre de la lutte contre la ségrégation raciale en Afrique du sud, est mort, mais son souvenir restera vivant dans l’esprit de ses compatriotes et au-delà. Vénéré pour avoir évité à son pays la guerre civile, et avoir réussi à effacer les rancunes et les rancœurs accumulées pendant des décennies du régime de l’Apartheid, l’Homme qui a passé plus d’un quart de siècle dans le bagne, gagnerait à inspirer les dirigeants de ce 21ème siècle. Lequel est dominé par les conflits de toutes sortes, où de nombreuses contrées peinent à éteindre l’étincelle de la guerre civile, qui menace de se rallumer à n’importe quel instant pour consumer tout sur son passage. La disparition de Mandela ne laisse pas indifférent à travers les quatre coins de la planète. Le monde entier l’a accueilli avec une émotion mêlée à l’admiration d’un homme doté d’une grande force intérieure, et d’un désir inégalé de faire triompher le bien sur le mal. Mandela est parmi ces dirigeants mondiaux qui ont eu une longue vie éprouvante et difficile, mais utile. Son génie est d’avoir su transformer la haine en amour, l’envie de vengeance en proportion au pardon et à l’indulgence, le conflit racial en concorde nationale. Aujourd’hui, Mandela n’est plus de ce bas monde, mais son combat restera gravé dans l’imaginaire collectif mondial, car inoubliable et légendaire. Mandela et la transition en Tunisie Le parcours militant de Mandela était, maintes fois évoqué, dans les transitions en cours dans les pays du printemps arabe. Son rôle en matière de cicatrisation des blessures, et de rassemblement des Sud-Africains a été cité, en Tunisie et au-delà. Mais à y voir de près, l’on se rend compte que l’on a fait le chemin inverse de l’Afrique du Sud de Madiba. La Tunisie est passée d’un état d’unité et d’harmonie à un état de discorde et de division. La révolution qui a créé au départ un ciment unificateur, a éveillé sournoisement les démons de la désunion, et du conflit. Lesquels ont été nourris et exacerbés par les clivages et les tiraillements politiques et la polarisation idéologique. Les rapports conflictuels ont rapidement prévalu dans toutes les sphères de la vie publique, menaçant notre société de délitement et faisant craindre le spectre de la guerre civile, qui est apparu, par moments, imminent et redoutable. La Tunisie est aujourd’hui à la croisée des chemins, où bien elle arrive à exorciser les démons de la rancœur, se résout à opter pour un modèle de coexistence pacifique, où chacun aura sa place et apportera sa pierre à l’édifice, ou bien elle s’enfonce dans le schisme politique et idéologique, et rentrera dans les méandres sans fin des luttes fratricides et du chaos. Qui est le responsable de mener la Tunisie dans une direction, ou une autre ? Bien entendu, c'est notre vénérable classe politique qui ne cesse de nous décevoir, mue par une espèce d’acharnement de tuer en nous tout espoir pour des lendemains meilleurs. La classe politique tunisienne semble, hélas, dans sa majorité réfractaire à l’esprit, à la pensée et à la philosophie de Mandela. Elle a dès le début privilégié l’affrontement à la réconciliation, la discorde à la concorde, et le litige au consensus. La classe politique, toutes appartenances confondues, a mis bien de temps pour comprendre que le pays ne supporte plus un tel climat délétère, une telle tension, qui risquaient de dégénérer à tout moment pour échapper à tout contrôle et à toute maîtrise. Cette prise de conscience tardive s’est illustrée en théorie et peine à se traduire par une action pragmatique et tangible. D’où ce prolongement outrancier d’une crise politique préjudiciable à plus d’un titre. Les militants tunisiens qui ont pour la plupart souffert des affres de la prison, de l’exil et de la répression, ont réinvesti la scène politique, avec des intentions qui sont aux antipodes de l’approche de Mandela. Ils sont arrivés avec l’esprit de projet contre projet, et non de projet avec projet, nécessaire pour reconstruire un pays laminé par de longues décennies de pouvoir oligarchique et corrompu. C’est de là qu’est née cette bataille rangée dans la Tunisie postrévolutionnaire, ayant empêché l’œuvre de reconstruction de s’enclencher. Les militants d’hier sont devenus responsables de l’Etat aujourd’hui, avec la maturité et la perspicacité en moins. Ils sont encore prisonniers du passé, et enclins à la vengeance et au règlement de compte envers une large strate de la population, pour ne pas avoir combattu la dictature, à leur aune. Comme si, tout le peuple devrait être militant ; comme si, être militant ne signifie pas quelque part assouvir une aspiration personnelle pour le leadership et le pouvoir ; comme si, on ne vivait pas à l’ère révolue dans une espèce de résignation et de passivité collectives, selon lesquelles les actes qui choquent dans le contexte actuel, étaient des plus normaux car institutionnalisés naguère, comme si, il n’y avait pas ceux qui ont fait de la résistance passive, chacun dans son champ d’activité, sans faire beaucoup de bruits ou attirer sur eux les projecteurs ; comme si, comme si… Mandela n’a certes pas fondé la cité idéale de Platon, et l’Afrique du Sud reste embourbée dans des problèmes inextricables. Il a réussi néanmoins par son humilité et sa magnanimité à apaiser les cœurs et les esprits, et à unifier son peuple. Chose que nos dirigeants seront incapables de faire, tant qu’ils affichent cette attitude présomptueuse et vengeresse, et nourrissent une ambition personnelle démesurée pour accéder au pouvoir ou s’y maintenir. Entre la petitesse et la grandeur, Mandela a choisi la deuxième voie, entrant dans l’histoire par la grande porte, et vainquant l’éphémère pour s’inscrire dans l’éternité. H.J. |
Commentaires
Ecrit par Le Baron 09-12-2013 11:53
Ecrit par Pseudo 09-12-2013 08:15
Les dirigeants actuels de la Tunisie, sans doute.
Il ne faut pas mélanger les ...
Ecrit par Mre_Expert 08-12-2013 04:32
Really is Excellent Comparison between what Mandela has been done for people and what our Tunisian Political people are doing. Hope they will understand one day that all Tunisian people want to be unifying as they have been for cycles. Tunisian activists who mostly suffered the horrors of prison, exile and repression, have reinvested the political scene, with intentions that are at odds with the approach of Mandela. They came up with the spirit of the project against the project, not the project with project needed to rebuild eroded by long decades of oligarchic and corrupt power countries. This is what created this battle in the post-revolutionary Tunisia, which prevented the work of reconstruction, can engage.
Tunisia has moved from a state of unity and harmony in a state of discord and division. The revolution that originally created unifying cement has slyly awake the demons of disunity and conflict. Which were fed and exacerbated by divisions and political wrangling and ideological polarization. Conflicting reports quickly prevailed in all spheres of public life, threatening our society disintegrating and raising fears the specter of civil war, which appeared, at times, imminent and terrible.
All Political in Tunisia Must To wake up urgently and to be smart to save our country. We do not have time, is obligation to finalise the constitution and go for election.
International Petrleum Expert
Eleuch Mohamed Riadh
Ecrit par A4 07-12-2013 11:18
Feu Mandéla n'a pas la même "haouya" que nous !!! La notre est "arabo-musulmane" !!!
Ecrit par Mahdi 07-12-2013 11:17
Toujours est-il que H.J rend un vibrant homage à Nelson Mandela et voit juste en demandant aux dirigeants Nhadhaouis de s’inspirer de cet héros moral et politique.
Mandela a été l’artisan des premières élections pour “tous” en Afrique du Sud. En devenant président il a nommé ses ennemis “d'hier”, F. de Klerk et M. Buthelezi, respectivement premier vice-président & ministre de l'intérieur. A la fin de son mandat, il a volontairement laissé sa place (rarissime en Afrique). Trois décennies de prison ne lui ont pas fait perdre la notion du bien et du mal et l’amour du pays.
DIEU, donnez-nous notre Mandela (et qu’il ne soit pas barbu SVP)!!