70 experts présentent le livre bleu de l’économie, en présence des candidats à la présidentielle

30-08-2019

Un plan de sauvetage économique a été présenté ce vendredi à Tunis à travers l’initiative ECON4Tunisia. Cette initiative a rassemblé 70 économistes et experts tunisiens qui ont planché pendant deux mois sur un livre bleu rassemblant des propositions concernant l’avenir économique du pays.

A travers ce livre bleu, ECON4Tunisia a souhaité mettre les défis économiques au cœur du débat public lors de la prochaine échéance électorale. Hakim Ben Hammouda, ancien ministre de l’économie et des finances, est à l’origine de ce projet. Il a confié à GnetNews que « aujourd’hui la problématique économique ne constitue pas une question centrale dans les préoccupations des candidats ». « L’objectif de cette initiative c’est de faire en sorte que cela le devienne », a-t-il ajouté.

Pour l’initiative ECON4Tunisia, les politiques économiques à venir doivent relever trois défis majeurs.

D’abord, la stabilisation de l’économie. D’après les experts, « l’économie tunisienne a connu une très importante dérive de ses grands équilibres macro-économiques ». ils pointent en effet le fait que «le déficit public et la balance extérieure ont été à l’origine d’une explosion de l’endettement ».

Deuxième défi, celui de la relance de la croissance et de l’investissement. La faiblesse de celui-ci « explique largement la fragilité de la croissance ». Pour Hakim Ben Hammouda il s’agit surtout « d’un problème de compétences, de manque de vision et également d’absence d’imagination dans la formulation des politiques économiques ».

Et enfin le troisième axe prioritaire concerne les politiques sectorielles qui ne sont pas assez actives et marginalisées face à l’urgence des priorités macro-économiques.

L’absence d’imagination dans les politiques économiques fait qu’on applique des solutions clé en main qui sont imposée par le FMI et la Banque mondiale ; les mêmes solutions appliquées en Grèce ou en Amérique Latine et qui sont aujourd’hui en difficulté.

Ce livre bleu pourrait constituer les éléments d’un programme de sortie de crise à l’attention des candidats à la présidentielle. Présents lors de cet évènement, Mohsen Marzouk, candidat de « Machrou3 Tounes » et Said Aidi, prétendant du parti « Beni Watani », ont dévoilé à GnetNews leur vision de la politique économique qu’ils souhaitent pour la Tunisie.

Pour Mohsen Marzouk, le problème fondamental demeure la question de la gouvernance. « Nous croyons que c’est ce qui empêche la mise en application de politiques économiques efficaces. Nous avons un pays qui souffre d’un système politique qui rend le pays ingouvernable. La prise décision exécutive n’est pas unie et elle n’est pas efficace. Donc les réformes politiques sont importantes pour que la gouvernance au niveau politique ait un impact sur la gestion économique du pays », nous confie le leader de « Machrou3 Tounes ». Il préconise notamment de mettre en œuvre la décentralisation pour donner plus d’autonomie aux régions afin qu’elles développent chacune leur microcosme économique.

Marzouk dénonce également la bureaucratie et la corruption. « Pour contrer la bureaucratie et la corruption, il faut passer à la transformation numérique. Aujourd’hui le pays ne dispose pas de base de données numériques ».

Il affirme par ailleurs que « la Tunisie doit reposer sur quelques piliers comme une agriculture modernisée, développer le tourisme de santé, de congrès et le tourisme écologique ». Il a rappelé à quel point les énergies renouvelables doivent être un choix fondamental dans le développement économique. La culture doit être « créatrice de richesse », a-t-il ajouté.

Mohsen Marzouk propose également une meilleure diplomatie économique. Il a notamment l’ambition de créer d’un marché du travail euro-méditerranéen, qui serait selon lui « l’une des réponses à la question de l’immigration clandestine organisée. Il a ensuite ajouté que « la Tunisie refuse de jouer le rôle de gardien des frontières sud de l’Europe par rapport à l’immigration ».

De son côté Said Aidi, opte également pour une meilleure diplomatie économique. Mais pour l’ancien ministre de la santé « l’intégration économique et sociale doit se faire au niveau de l’Afrique du Nord et du Maghreb ». Aidi affirme que ce peu d’intégration régionale coûte chaque année aux pays 1.5 à 2 points de croissance. Le candidat de « Beni Watany » propose par exemple la création conjointe entre la Tunisie et l’Algérie, d’un pôle pétrochimique avec l’ambition de devenir un leader mondial sur le marché.

Wissal Ayadi