Femme Tunisienne/ 13 août : Une histoire riche, un vécu à enrichir

12-08-2020

Les Tunisiennes fêtent chaque année deux anniversaires. D’abord le 8 mars pour la Journée Internationale du droit des femmes, mais aussi le 13 août marquant la fête nationale de la femme en Tunisie et la promulgation du fameux code du statut personnel instauré par Habib Bourguiba en 1956. En ce 13 août 2020, où en est la femme tunisienne ? Quels ont été les faits marquants de ces dernières années en termes de droits des femmes ? Et surtout que pense la rue de l’évolution de la femme tunisienne  dans notre société actuelle ?

Code du Statut Personnel

La femme Tunisienne s’est toujours imposée comme étant à l’avant-garde par rapport aux pays du monde arabo-musulman, indépendante, travailleuse, libre et libérée… Déjà, dès 1868, des penseurs à l’image de Kheireddine Pacha ou encore le très controversé Tahar Haddad avaient posé les base d’une réflexion politique et sociale afin de valoriser le statut de la femme en Tunisie.

Des bases qui ont ensuite servi à Habib Bourguiba, père de l’indépendance, d’acter légalement l’émancipation des femmes à travers le Code du Statut Personnel (CSP). Personne n’oubliera cette image symbolique de Bourguiba, ôtant le voile des femmes en pleine rue.

Rédigé par une quinzaine de juristes, avec à leur tête le moderniste Ahmed Mestiri, alors ministre de la Justice, le CSP instaure « le principe de l’égalité de l’homme et de la femme » sur le plan de la citoyenneté. Il entérine notamment l’interdiction de la polygamie, le mariage forcé et la répudiation.

Le CSP pose également le principe du consentement mutuel des époux comme règle de validité du mariage, institue un âge minimum obligatoire, instaure une procédure judiciaire du divorce et autorise la femme à le demander.

La femme peut alors travailler, ouvrir un compte bancaire, gérer son argent comme elle l’entend et créer une entreprise sans l’autorisation d’un parent ou d’un époux.

Une révolution sans précédent dans le monde arabe dont les détracteurs ont été nombreux.

Qu’en est-il depuis la révolution de 2011 ?

Entre 1987 et 2011, les droits des femmes n’ont pas subi d’évolutions significatives. En 1993, le président déchu Zine El Abidine Ben Ali, modifie le CSP donnant le droit à la femme de transmettre son patronyme et sa nationalité à ses enfants au même titre que son époux.

Avec la Révolution de 2011, les militantes féministes ont tenté de faire évoluer la condition féminine en Tunisie. La première avancée a été celle de l’inscription du principe d’égalité entre homme et femme dans la constitution. Mais avant d’y parvenir, c’est le principe de « complémentarité » qui avait été retenu et promulgué en juillet 2012. Grâce à la contestation des femmes, il a finalement été remplacé par le mot égalité deux mois plus tard.

En 2017, le droit des femmes a connu deux avancées importantes. D’abord, la possibilité pour une Tunisienne de se marier avec un non-musulman. L’autre concerne la loi relative aux violences faites aux femmes. Elle élargit considérablement la définition des violences pouvant être exercées à l’encontre des femmes. Elle reconnaît, en plus des violences physiques, les violences morales, sexuelles et économiques.

La question de l’égalité dans l’héritage a été reposée sous la présidence de feu Béji Caïd Essebsi en 2018. Il avait alors réagi aux recommandations présentée la même année par la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (COLIBE), qu’il avait lui-même créée en août 2017. L’une d’entre elles concernait un  projet de loi sur l’égalité hommes-femmes en matière d’héritage.

Cette idée avait alors crée une vague de contestation. Cette initiative semble aujourd’hui avoir disparu de tous débats à l’ARP, et surtout après le décès de son initiateur, BCE en juillet 2019.

Que pense la rue de l’évolution de la femme tunisienne ?

Si l’histoire a prouvé que la femme tunisienne tient une place importante dans la société, qu’en est-il vraiment de la réalité ?

C’est ce que nous avons tenté de savoir en allant interroger des femmes mais aussi des hommes sur leur vision de la gente féminine en Tunisie. A la veille du 13 août, fête nationale de la femme, nous nous sommes rendus sur l’Avenue Habib Bourguiba.

Pour la plupart de femmes interrogées, la question du droit des femmes et de leur liberté est un acquis. Ainsi, la femme qui travaille et qui entretient une vie sociale à l’extérieur du foyer familial est quelque chose de normal. Pour autant, certaines déplorent le manque d’égalité à l’intérieur de la famille.

« A la maison, il n’y a pas d’égalité. Rares sont les hommes qui participent aux tâches ménagères ou à l’éducation des enfants », nous dit l’une d’entre-elles.

Pour une autre jeune femme, l’égalité entre les hommes et les femmes existe. « A partir du moment où la femme travaille et qu’elle subvient aux besoins du foyer au même titre que l’homme alors elle est égale à l’homme », explique-t-elle.

Une femme d’une quarantaine d’année se félicite de l’arsenal législatif important en faveur de la femme. « La loi tunisienne heureusement protège la femme. Par exemple, une femme victime de violences peut  aller porter plainte contre son mari et ce n’est pas le cas de tous les pays arabes », souligne-t-elle.

La société tunisienne reste tout de même une société patriarcale. Les femmes tunisiennes jouissent certes de nombreuses libertés, pour autant certains blocages demeurent. Des blocages qui émanent de la gente masculine, encore tiraillée entre un élan de modernité et une une culture traditionnelle qui laisse peu de place à l’émancipation complète de la femme. A titre d’exemple, seules 2% de femmes tiennent des postes à responsabilité dans l’administration en 2020. Une preuve, selon laquelle la Tunisie a encore un long chemin à parcourir vers l’égalité.

Un jeune homme attablé à une terrasse de café avec ses amis nous explique qu’aujourd’hui il est difficile de ne pas considérer la femme comme l’égale de l’homme. « A la maison je me suis résolu à réaliser certaines tâches ménagères, parce qu’aujourd’hui les femmes travaillent et il est difficile pour elles de gérer à la fois leur vie professionnelle et leur vie familiale ».

Pourtant, son ami qu’il côtoie tous les jours n’est pas du tout du même avis. « Pour moi une femme ne doit pas travailler car elle doit s’occuper de la maison et des enfants. C’est à moi, en tant qu’homme de la famille de subvenir financièrement aux besoins du foyer ». Une mentalité encore ancrée dans la mentalité de nombreux hommes, qui pousse les femmes à se marier de plus en tard.

Pour un autre homme, d’une soixantaine d’année, « la Tunisie ne serait rien sans ses femmes », dit-il. Il ajoute que « l’égalité c’est avant tout le respect mutuel entre les hommes et les femmes et non pas une questions d’argent ou de salaire », mettant en avant la fierté de l’image de la femme Tunisienne forte et non soumise, connue à travers le monde entier.

Ahlem Marrakchi, Tawhida Ben Cheikh, Bchira Ben Mrad, Radhia Haddad, ou encore Elyssa (La Reine Didon) et Aziza Othmana, l’histoire du pays a été marquée  par de nombreuses femmes, féministes, intellectuelles qui ont construit la Tunisie d’aujourd’hui.

Retrouvez notre micro-trottoir consacré à la Fête nationale de la femme tunisienne, célébrée le jeudi 13 août.

Wissal Ayadi