Analyse – ES Tunis : Le départ de Reghecampf confirme une statistique vertigineuse
Le départ de Laurentiu Reghecampf après seulement 98 jours sur le banc de l’Espérance Sportive de Tunis aurait pu être perçu comme un électrochoc ponctuel.
Les chiffres, inflexibles, révèlent une tout autre réalité : c’est la suite logique d’un système. En devenant le 21ᵉ départ d’entraîneur depuis 2015, le technicien roumain ne fait que prolonger une statistique vertigineuse. Depuis un quart de siècle, la durée de vie médiane d’un technicien au parc B oscille impitoyablement entre 113 et 126 jours.
À l’Espérance, le temps long est devenu un luxe inaccessible. Près d’un mandat sur deux (42 %) s’interrompt avant d’atteindre la barre symbolique des 100 jours.
Sur les onze dernières années, un seul homme a su dompter cette tempête institutionnelle : Mouine Chaâbani, resté 1 003 jours aux commandes entre 2018 et 2021 (une parenthèse dorée couronnée de succès continentaux), mais qui demeure l’exception confirmant une règle bien sombre.
Ces données démontrent que le mal dépasse largement la tactique, les profils ou les nationalités. Qu’ils soient locaux ou étrangers (6 sur 16 depuis 2015), chevronnés ou bâtisseurs, les techniciens se heurtent tous au même mur. Vouloir réduire ce phénomène à une succession de 21 erreurs d’appréciation individuelles relève du déni.
La répétition systématique du même scénario impose une remise en question structurelle : si le banc brûle avec une telle régularité, le problème réside-t-il vraiment chez les hommes qui s’y assoient ? L’entraîneur n’est-il pas devenu le fusible idéal pour masquer l’absence d’un projet sportif pérenne, l’urgence permanente de résultats immédiats et une gestion de l’effectif à vue d’œil ?
Changer d’entraîneur tous les trois mois offre l’illusion de l’action, mais ne résout jamais les causes profondes.
Tant que le club traitera les symptômes au lieu de guérir la structure, le banc de l’Espérance restera un éternel siège éjectable, condamnant le projet sportif à un recommencement perpétuel.