Crise du Coronavirus : Les hommes de culture inquiets et réclament un statut légal

31-03-2020

Cette pandémie du Covid-19 a mis l’économie mondiale à rude épreuve. Et le secteur culturel n’est pas épargné. Tous les événements culturels de la planète ont été reportés, voir annulés.

En Tunisie, le printemps et l’été signent à l’habitude l’arrivée de nombreux festivals qui animent tous les gouvernorats du pays afin de divertir les citoyens… Mais pour 2020, il semble qu’il va falloir faire sans… Afin d’évaluer les impacts de cette crise sanitaire sur la culture en Tunisie, nous avons interrogé des professionnels du secteur.

Les événements culturels de cet été seront-ils maintenus ?

Imed Alibi est musicien, auteur-compositeur et il a été tout récemment nommé à la tête du célèbre Festival International de Carthage. Concernant le maintien ou non du FIC et plus largement des autres festivals dans le pays, il indique « qu’il n’y a pas encore de vision très claire en ce qui concerne le report ou l’annulation du festival. Nous attendons encore les instructions du ministère de la Santé. », dit-il. A cet égard, il ajoute que « même s’il  est maintenu, il faut savoir qu’un tel événement nécessite au minimum un travail de 3 mois en amont afin de le préparer. Mais aujourd’hui la priorité est à la santé ».

Imed Alibi a aussi insisté sur la fait que le monde de la culture emploie des milliers de personnes et fait donc vivre des nombreuse familles. « Il n’y a pas que les artistes qui sont inquiets… il y a aussi et surtout toutes les personnes qui travaillent dans l’ombre. Je pense notamment aux techniciens ou encore aux chauffeurs. C’est eux qui font marcher la machine et il faut penser à eux… »

Par ailleurs, le directeur du FIC souligne que « le secteur culturel est un secteur fragile et ce dans le monde entier ». En effet, dans la plupart des pays, le budget alloué à ce ministère reste bien inférieur aux autres. Ainsi, lors de grandes crises comme celle que nous vivons aujourd’hui, il paraît évident que des coupes budgétaires importantes auront lieu afin de prioriser les services sanitaires du pays.

Pour autant Imed Alibi, en est convaincu, « la culture est devenue une industrie qui rapporte de l’argent, ce n’est pas seulement du divertissement et c’est la raison pour laquelle il ne faut pas l’abandonner », dit-il. « Nous parlons aujourd’hui d’industrie créative et d’économie sociale et solidaire « .

Depuis les décisions de confinement total dans de nombreux pays du monde, beaucoup d’artistes ont fait le choix d’exprimer leur art sur la toile. Internet restant le seul vecteur d’interaction sans risque aujourd’hui. « Ce virus nous a montré à quel point la culture est un secteur impérissable et qui s’adapte à toutes les situations », nous dit Imed Alibi.

Le musicien se dit également ravi des nombreuses campagnes de sensibilisation menées par des artistes sur Internet pour inciter les gens à respecter les consignes de confinement.

A noter que Chiraz Laâtiri, ministre de la Culture a annoncé il y a quelques jours un plan pour la création d’un fonds pour l’impulsion de la dynamique culturelle qui viendra en aide aux intervenants dans le secteur culturel et artistique.

Parmi les missions de ce fonds, la ministre a précisé qu’il interviendra au niveau social et pour le maintien des activités habituelles du mois de juillet et la reprise de la vie culturelle.

D’autre part, Chiraz Laâtiri a mis en relief que l’initiative de son département consiste à fournir une subvention exceptionnelle pouvant aider à la stabilité sociale du secteur culturel au cours de la période en cours.

Elle a également annoncé, une autre initiative consistant à mettre au point une programmation culturelle tunisienne à 100%, et ce en partenariat avec la chaîne de télévision nationale.

Les musiciens dans la tourmente

Afin de nous éclairer sur la situation de ces intermittents du spectacle qui ne vivent de la culture, nous avons interrogé Mohamed Lassoued.

Lui même violoniste et Directeur de l’Orchestre national tunisien, il se dit inquiet pour l’avenir des musiciens. « Il faut distinguer deux catégories de musiciens. Il y a ceux qui pratiquent la musique et enseignent en même temps dans le public ou dans le privé et d’un autre côté il y a ceux qui ne vivent exclusivement que de la musique », nous explique t—il. Et c’est pour ces derniers que cette crise du Covid-19 pourrait avoir un impact très négatif.

En effet, si à l’étranger les musiciens ont un statut légal au regard du code du travail qui leur permet de bénéficier d’assurance chômage, il n’en est rien en Tunisie. « Le coronavirus est l’opportunité de réfléchir à un cadre légal pour les musiciens et autres intermittents », lance Mohamed Lassoued. « En Tunisie, quand on est musicien, s’il y a du travail on a de l’argent, s’il n’y a pas de travail, on a pas d’argent ». Lassoued se dit très inquiet notamment pour les professionnels de la musique populaire, qui font des représentations dans les restaurants, ou encore les music-hall.

Ainsi, Lassoued préconise un organisme dédié aux intermittents. « Cela leur permettra de cotiser pour une assurance maladie, la retraite et de prévenir ce genre de situations ». Il ajoute également que l’Etat doit faire preuve de plus de vigilance concernant les contrats qui doivent normalement être conclus entre l’artiste et le propriétaire du lieu de la représentation. Contrats qui sont aujourd’hui quasi-inexistants.

Retrouvez dans la vidéo-ci dessus, les interviews de Imed Alibi et Mohamed Lassoued.

Wissal Ayadi

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