Du Moyen-Orient à Tunis : l’onde de choc économique (IACE)

24-03-2026

Dans une étude publiée récemment, l’Institut arabe des chefs d’entreprises analyse les canaux de transmission du conflit sur l’économie nationale et esquisse plusieurs scénarios aux conséquences très variables.

La guerre déclenchée le 28 février 2026 au Moyen-Orient ne se limite pas à une crise géopolitique régionale : elle constitue un choc économique majeur pour des pays comme la Tunisie, fortement dépendants des importations énergétiques. C’est le constat de l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE), qui vient de publier une étude détaillant les impacts potentiels du conflit sur les grands équilibres macroéconomiques du pays.

Une facture énergétique qui explose

Le premier signal d’alarme concerne les subventions énergétiques. La loi de finances 2026 a été élaborée sur la base d’un baril de pétrole à 63,3 dollars. Or, les prix des hydrocarbures ont déjà bondi de 50% depuis décembre dernier. Dans le scénario d’une escalade régionale avec le baril à 100 dollars, la facture des subventions énergétiques pourrait dépasser 10 850 millions de dinars, contre 4 993 millions initialement prévus. En cas de fermeture durable du détroit d’Ormuz, ce chiffre pourrait franchir les 12 000 millions de dinars.

Croissance, inflation et balance des paiements sous pression

L’étude prévoit une révision à la baisse de la croissance, qui pourrait tomber de 3,3% à 2,3% dans le scénario d’escalade, voire à 1,9% en cas de choc pétrolier majeur. L’inflation, estimée à 5,5% avant la guerre, pourrait atteindre 6,5% dans le scénario le plus défavorable. Du côté de la balance des paiements, les importations énergétiques pourraient grimper de 13 980 à plus de 20 000 millions de dinars, tandis que les recettes touristiques et les transferts des Tunisiens résidents à l’étranger — notamment dans les pays du Golfe — risquent de fléchir.

Des secteurs plus vulnérables que d’autres

L’IACE pointe plusieurs secteurs particulièrement exposés : l’agriculture, dépendante des engrais transitant par le détroit d’Ormuz, le transport aérien, menacé par la fermeture des espaces aériens dans la zone de conflit, ainsi que le textile et les industries mécaniques et électriques, étroitement liés à la demande européenne, elle-même susceptible de ralentir.

Des recommandations pour renforcer la résilience

Face à ces risques, l’IACE appelle à des mesures d’urgence : constitution de stocks stratégiques en hydrocarbures et produits alimentaires, soutien ciblé aux secteurs les plus exposés, renforcement du contrôle des circuits de distribution pour contenir la spéculation, et coordination renforcée entre politiques monétaire et budgétaire. À moyen terme, l’Institut plaide pour une accélération de la transition énergétique et des réformes structurelles, notamment la révision du code des changes et de la loi sur l’investissement.