Enquête sur le dispositif de prévention du Coronavirus en Tunisie

03-03-2020

Le Coronavirus est arrivé en Tunisie. C’est la nouvelle qui a été annoncée lundi 02 mars par le ministère de la Santé en fin de journée. Un cas suspect a été testé positif dans la région de Gafsa. Depuis, une sorte de psychose s’est installée chez les Tunisiens. Pénurie de masques et de gel désinfectant dans les pharmacies et razzia dans les supermarchés sur les produits détergents. Pourtant, selon certains médecins, le Coronavirus serait moins dangereux que la grippe H1-N1. En effet, de nombreuses rumeurs courent sur la transmission du COVID-19 et ses effets. Afin de faire la lumière sur ces idées reçues, GnetNews est allé interroger les spécialistes.

L’Observatoire nationale des maladies nouvelles et émergentes, qui dépend du ministère de la santé est en charge de la veille, du suivi et de la mise place des actions concernant  le Coronavirus en Tunisie. Afin d’en savoir plus sur ce virus venu subitement taper à notre porte en ce début de mois de mars, nous nous y sommes rendus.

Sur place c’est l’effervescence. A notre arrivée des personnes étaient en train de récupérer des brochures et des affiches avec les consignes a respecter afin de réduire au maximum les risques de contamination.

Dans un autre bureau, six personnes au visage fatigué, n’ayant pas dormis de la nuit, appellent au téléphone une par une les personnes qui ont été en contact avec le cas décelé de Gafsa. Famille, amis et surtout les centaines de passagers qui sont arrivés dans le même bateau que le porteur du virus.

 Pas de panique! Le Coronavirus est un virus importé

Nous sommes reçus par une membre de la direction de l’observatoire qui a souhaité garder l’anonymat. Notre première question a été de savoir comment différencier le coronavirus d’une simple grippe ? Elle nous explique que « les signes sont très ressemblants. Mais il y a tout de même des différences. Les premiers signes sont une toux sèche, des difficultés à respirer et une fièvre persistante ». Mais la responsable insiste sur le fait que l’aspect le plus important à prendre en compte est le voyage. A cet égard, elle affirme que le virus est un virus dit importé. « Le premier message que nous voulons faire passer c’est qu’il s’agit d’un cas importé. C’est à dire que la Tunisie n’est pas à l’origine de l’apparition du virus. Il est entré en Tunisie le 27 février avec l’entrée de notre premier cas ».

« Depuis que nous avons un cas en Tunisie, nous pouvons donner une définition au coronavirus. Et cette définition évolue tous les jours avec les découvertes que nous faisons au fur et à mesure », nous explique-t-elle.

Appeler le 190 ou le numéro vert ?

« Si vous rentrez de voyage, ou que vous avez été en contact avec quelqu’un qui était dans un foyer de contamination et que vous ressentez des symptômes comme décrits ci-dessus, alors il faut appeler le 190 et surtout pas se rendre directement à l’hôpital », nous dit la responsable de l’observatoire. Ce numéro met en relation la population avec le SAMU de la région. Une fois l’alerte lancée, une équipe spécialisée se rend au domicile de la personne. Un examen clinique est alors fait afin de savoir s’il y a suspicion de contamination ou non. Si ce n’est pas le cas, la patient est invité à rester chez lui et à se soigner. Si un doute subsiste, le patient est dirigé vers un service d’isolement en milieu hospitalier.

Autre idée reçue, celle de la quarantaine. Notre source nous explique qu’il y a une différence entre être en quarantaine et être à l’isolement. « La quarantaine est destinée aux personnes qui n’ont aucun symptôme mais qui reviennent de foyers de contamination. Ces personnes là sont alors placées en quarantaine à domicile pendant 14 jours afin de savoir si des symptômes apparaissent. Si au bout des 14 jours, ce n’est pas le cas, ils  peuvent alors reprendre une vie normale. Si au contraire, le patient est atteint de fièvre ou de toux, il est alors directement dirigé à l’isolement à l’hôpital ».

« Les analyses sont assez rapides. Si les échantillons arrivent avant 12h, les résultats sont donnés vers 16h. S’ils arrivent dans l’après midi, ils sont révélés le lendemain matin. Ainsi contrairement à ce qui est dit, les résultats durent moins de 24h », nous explique notre interlocutrice.

A noter que l’hôpital de référence pour les analyses est le service de microbiologie de l’hôpital Charles Nicolle, épaulé par l’hôpital militaire et l’Institut Pasteur.

Un numéro vert a été également mis à disposition des Tunisiens pour avoir des informations sur le Coronavirus. Il s’agit du 80.10.19.19.

Conseils d’hygiène

Première règle d’hygiène a respecter, se laver les mains au savon régulièrement et ne pas utiliser de gel désinfectant sur des mains sales car il fixe les gènes. Autre recommandation, éternuer dans ses coudes et non pas dans ses mains et éviter au maximum les endroits où il y a de la foule.

Pour rappel, les personnes âgées sont les plus vulnérables au Coronavirus et contrairement aux idées reçues, notre source nous affirme que les enfants sont les moins exposés.

« Les masques ne protègent pas du Coronavirus », martèle la responsable de l’observatoire. En effet, depuis l’apparition du virus, les masques de protection sont en rupture de stock dans toutes les pharmacies. Cette pénurie a même fait l’objet de trafic de contrebande. « Les masques sont destinés aux malades atteints par le virus et au personnel hospitalier », insiste-t-elle.

Elle ajoute que l’Observatoire a émis une requête pour que les masques soient prescrits sur ordonnance pour éviter les pénuries.

Retrouvez dans la vidéo ci-dessus les explication de l’Observatoire national des maladies nouvelles et émergentes concernant le Coronavirus.

Vent de panique dans les pharmacies

Une véritable psychose s’est installée depuis que le ministère de la Santé a confirmé l’existence d’un premier cas d’infection par le coronavirus en Tunisie. En effet, la situation commence à peser sur le moral des Tunisiens.

« Les lingettes, les gels désinfectants, les savons antibactériens sont pris d’assaut dans les pharmacies », nous a confirmé la propriétaire d’une pharmacie située à la capitale.

« Depuis l’annonce du ministère hier, les citoyens ne cessent d’affluer. C’est la panique. Tout le monde a peur de contracter le virus, et optent pour ces petits moyens comme actes de prévention. Nous sommes également confrontés à une frénésie d’achat provoquant une rupture de stock qui s’est produit avant midi… Et, on a même reçu des demandes récurrentes sur les achats des masques de protections. Pourtant, il a été bien dit dans les campagnes de sensibilisation que ces bavettes ne doivent être portées qu’en cas d’infection », a témoigné la pharmacienne…

« Puisqu’on reçoit des centaines de personnes par jour, le staff pharmaceutique a pris aussi des mesures de sécurité afin de limiter le contact et la proximité des préparateurs et commerciaux avec les clients. D’ailleurs tout le personnel porte des gants. On a élargi également les comptoirs des caisses. Les accès sont bloqués pour prévenir les agressions en cas d’escalade, car certains clients ont des réactions démesurées et peuvent devenir agressifs. »

La pharmacienne nous a confié aussi que « le staff n’hésite pas à donner des consignes sur l’hygiène et la prévention afin de sensibiliser la population des voies de contamination ».

« Il est conseillé également d’utiliser les senteurs des huiles essentielles à base d’eucalyptus, lavande, thym, romarin et du laurier pour purifier l’air dans les intérieurs. Les infusions de romarin, citron pour extraire les toxines des poumons, sont aussi recommandées», poursuit-elle.

Pour conclure, il ne faut pas céder à la psychose car « la saison des maladies virales prendra fin bientôt, a annoncé Chorki Ben Hammouda, le directeur général des soins de santé de base au ministère de la Santé.

Faire des provisions des produits non-périssables dans les grandes surfaces et les supermarchés ne sert qu’à alimenter la peur, et à propager l’angoisse…D’ailleurs, il serait plus simple de suivre les consignes de l’OMS et des autorités, et de faire preuve de vigilance et de patience, en attendant la fin de cet état d’alerte lancé à travers toute la planète.

Enquête réalisée par Emna Bhira et Wissal Ayadi