Le Club Africain et le PPV : Quand le retour en Afrique divise son « peuple »

05-09-2026

Après onze longues années d’absence, le Club Africain est enfin de retour, ce samedi 5 septembre, dans la compétition reine du continent face à Djoliba à Rades. 

Mais l’engouement sportif s’est vite mêlé à une vive amertume populaire suite à la décision des dirigeants clubistes de diffuser le match en exclusivité sur la plateforme all4one, moyennant un accès payant de 10 dinars.

La réaction des supporters ne s’est pas faite attendre, ravivant le célèbre slogan affiché sur un tifo du virage nord : « Created by the poor. Stolen by the rich ».

Pour beaucoup de fans, cette tarification symbolise une rupture avec les fondements mêmes de l’institution. Le supporters Mohammed Bennour exprime son désarroi en reprenant directement la formule : « Les pauvres l’ont créée et les roches s’en sont emparés…Pensez au peuple du CA ».

Au delà du montant à payer, c’est la question de l’accessibilité qui alimente la colère. Dans une Tunisie où tout le monde ne dispose pas forcément des outils technologiques nécessaires, cette mesure exclut de fait une grande frange de la base populaire. 

Pourtant abonné, le fan Ahmed Jaouadi réclame la diffusion sur la télévision nationale par respect aux supporters répartis sur tout le territoire et dépourvus de moyens. Son avis est entièrement partagé par Arbi Bousselmi et Issam Chamekh qui appellent à considérer les fans des catégories modestes.

D’autres s’adressent directement au responsable Mehdi Miled : « Ce public qui a soutenu le club dans les moments les plus sombres, y compris dans les régions, ne mérite pas d’être privé de le voir jouer en Afrique après des années d’absence. C’est inadmissible », affirment Wajdi Manai et Atef Menssi.

Mais, face à la gronde, une voix pragmatique se fait tout de même entendre. Pour le jeune Loay Ben Hammouda, payer 10 dinars relève du devoir de soutien envers les caisses du club : « Celui qui aime le CA doit payer pour aider et regarder ». 

D’autres supporters, comme le « fanatique » Sameh Frioui, préfèrent en rire en employant l’ironie du virage : « On se contentera de craquer des fumigènes au salon ».

Cette polémique autour du pay-per-view photographie parfaitement le délicat équilibre auquel fait face le football moderne : comment amorcer la digitalisation et la rentabilisation d’un grand club sans altérer son âme populaire ni laisser sur le bord de la route, ceux qui ont contribué à le maintenir à bout de bras quand il a traversé de sombres moments.