Rentrée scolaire : la ministre de la Famille en visite d’inspection à Ben Arous, un secteur toujours fragilisé

15-09-2026

À l’occasion de la rentrée scolaire 2026-2027, la ministre de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées, Asma Jebri, a effectué, ce mardi 15 septembre 2026, une série de visites d’inspection dans plusieurs établissements dédiés à l’enfance dans le gouvernorat de Ben Arous, où elle a pu évaluer les conditions d’accueil des enfants, l’état de préparation des établissements pour la nouvelle année scolaire, ainsi que les conditions de fonctionnement des différentes structures.

Selon un communiqué du ministère, la ministre a particulièrement insisté sur la nécessité de garantir aux enfants une alimentation saine, variée et de qualité, tout en renforçant les activités éducatives et sociales et l’ouverture des établissements sur leur environnement, notamment à travers des partenariats avec les structures éducatives, culturelles et sportives voisines.

Un secteur confronté à des difficultés structurelles

Cette visite intervient toutefois dans un contexte où le secteur de la petite enfance reste confronté à des difficultés persistantes : prolifération de structures exerçant en dehors du cadre légal, difficultés de recrutement d’éducateurs qualifiés et fragilité économique de nombreux établissements. Selon des données évoquées récemment par les professionnels, seulement 47% des enfants âgés de trois à cinq ans bénéficieraient d’un encadrement dans des jardins d’enfants légaux et agréés.

Le phénomène des structures dites « anarchiques » demeure particulièrement préoccupant : pas moins de 133 décisions de fermeture avaient été prises au cours des dix premiers mois de 2025 contre des établissements accueillant des enfants en dehors du cadre légal. Ce problème ne relève pas uniquement de la concurrence économique faite aux structures autorisées : il touche directement aux conditions d’accueil, à la qualification du personnel encadrant et, plus largement, à la sécurité et au développement des enfants. En janvier 2026, une inspection menée dans une crèche clandestine à Sousse avait ainsi révélé des conditions particulièrement graves, avec notamment un nourrisson retrouvé attaché à son lit et un autre abandonné dans une poussette, dans une pièce plongée dans l’obscurité — un établissement qui avait immédiatement fait l’objet d’une suspension d’activité.

Face à ces difficultés, le ministère avait annoncé en février le renforcement du dispositif d’inspection des structures privées de la petite enfance, avec 60 nouveaux recrutements prévus pour 2026 — dont 40 inspecteurs et 20 assistants pédagogiques — venant renforcer un corps comptant alors 220 cadres. Le ministère avait également fait état de 19 391 visites d’inspection effectuées durant l’année scolaire 2024-2025, dont 88% dans les crèches et jardins d’enfants privés.

Le secteur connaît par ailleurs une fragilisation économique importante : en avril, les professionnels estimaient qu’environ 500 jardins d’enfants avaient fermé au cours des dernières années, faisant passer leur nombre d’environ 6 020 en 2024 à quelque 5 520 établissements, dénonçant notamment l’alourdissement des charges et la concurrence des structures non autorisées. S’ajoutent à cela des interrogations sur la qualité de l’offre pédagogique, le ministère ayant mis en garde en avril contre la multiplication de « classes préliminaires » dans certains jardins d’enfants, où des apprentissages scolaires tels que la lecture, l’écriture ou le calcul seraient proposés de manière prématurée, au détriment d’approches adaptées au développement du jeune enfant.

Le centre intégré de Ben Arous en cours de réhabilitation

Lors de sa visite, Asma Jebri a par ailleurs constaté l’état d’avancement des travaux d’aménagement et de maintenance du centre intégré de la jeunesse et de l’enfance de Ben Arous, appelant à accélérer leur achèvement afin que l’établissement puisse reprendre, dans les délais prévus, son activité d’hébergement à temps plein. Le centre continue en attendant d’assurer certaines prestations en milieu naturel, notamment l’alimentation et la fourniture des fournitures scolaires aux enfants bénéficiaires.

À travers cette tournée de rentrée, le ministère affiche ainsi sa volonté de suivre de près les conditions d’accueil et d’encadrement des enfants. Mais dans un secteur où les structures autorisées sont elles-mêmes fragilisées, tandis que les établissements opérant en dehors du cadre légal continuent de poser un problème de contrôle, l’enjeu dépasse largement la seule préparation de la rentrée : il concerne la capacité de l’État à garantir un accueil préscolaire à la fois accessible, encadré et réellement conforme à l’intérêt supérieur de l’enfant.