Reportage : Quand le virage se déchire de l’intérieur

09-09-2026

À Rades, le danger ne vient plus seulement de l’adversaire. Dans la « Curva Sud » comme la « Curva Nord » des affrontements violents éclatent entre factions d’un même club. 

Ces batailles rangées détériorent l’image du public, du championnat mais aussi des clubs dont les caisses sont impactées à coups d’amendes très salées.

Le désarroi des supporters

Chez les supporters « historiques » le désarroi est total : « Le stade était notre fête hebdomadaire. Aujourd’hui, on ne pense plus qu’au match. On s’inquiète pour notre sécurité et celle de nos enfants. En plus, on prie pour retrouver nos voitures intactes au parking » se désole, Riadh 52 ans. Un fervent supporter de l’Esperance, qui a fini par déserter les tribunes.

Un peu plus jeune, Amine, jeune cadre de 38 ans et ex viragiste de la « Curva Nord » nous a confiés : « Je continue à aller au stade, la peur au ventre. Je scrute les bagarres qui éclatent entre jeunes du même camp pour une question de prise de pouvoir des tribunes. Ce n’est plus du football. C’est une zone de guérilla ».

Les raisons du chaos

Ce fléau s’explique par une forte crise identitaire. Le sociologue Ben Rejeb y voit le mirroir de tensions sociales où le virage devient un « micro-territoire » de pouvoir. Il pointe aussi la quête de vitalité sur les réseaux sociaux poussant les groupes à afficher leur domination au détriment des intérêts des clubs.

Et les solutions 

À l’international, des réponses drastiques ont été apportées à ces guerres intestines. L’Argentine a déployé l’accès biométrique pour barrer la route aux malfaiteurs appelés Barras Bravas. 

Au Brésil, la solution trouvée par les autorités était bien plus radicale : Dissolution complète des « Torcidas Organizadas » tout en imposant la billetterie nominative. 

Et, en Italie, la solution mise en place est la carte du supporter « Tessera del tifoso » ainsi que la responsabilité directe des leaders de groupes. 

En Tunisie, sans billetterie électronique ni identification individuelle, la situation risque de dégénérer et des évènements dramatiques pourraient ternir à jamais l’image du football.