Soldes été 2020 : Les Tunisiens entre manque de confiance et déception !

11-08-2020

Les soldes d’été ont commencé le vendredi 7 août. Il s’agit des premières promotions post-covid. Sur l’Avenue Habib Bourguiba à Tunis, principale artère commerçante de la capitale, les devantures des magasins ont affiché leurs offres afin d’attirer les clients: 20,30, 50, voire même 60% de réduction pour certains, les commerçants espèrent bien rattraper le manque à gagner des dernières soldes et des deux mois de confinement qui ont fait baisser leur chiffre d’affaire d’un tiers.

C’est l’effervescence autour des magasins de l’avenue. Chaussures, vêtements, accessoires….les soldes sont l’opportunité pour les Tunisiens de se refaire une garde robe en vue de la rentrée. Pourtant, l’ambiance semble être morose. Même si les magasins sont remplis, rares sont ceux qui en sortent avec des emplettes à la main. Nous sommes encore loin des images des queues interminables devant les boutiques à la sortie du confinement en mai dernier.

Tout le monde est unanime, le manque de choix est flagrant. « Je suis entré dans la boutique et je suis resté bouche bée devant le manque de choix et surtout de qualité. Et de plus les prix sont beaucoup trop élevés », proteste ce jeune homme que nous avons interrogé à la sortie d’un célèbre magasin de prêt-à-porter.

Une autre jeune femme nous explique elle aussi, que les articles soldés sont rares et de mauvaise qualité. « C’est de pire en pire chaque année », nous dit-elle.

Avec la crise sanitaire et une situation économique compliquée, les Tunisiens semblent être plus réticents à acheter des vêtements. Nous avons pu discuter avec un commerçant qui tient une boutique de vêtement pour homme. Il avoue que depuis trois ans, les recettes pendant les soldes ne cessent de diminuer malgré un effort sur les réductions. Alors que les soldes entament à peine leur première démarque, son magasin affiche déjà des rabais de 50% sur certains articles. « Avant les clients achetaient 5 ou 6 tee-shirts en même temps. Maintenant, ils n’achètent qu’un seul article à la fois. Les habitudes ont changé car le climat économique est difficile en Tunisie ».

Du côté des acheteurs, il y’a une idée qui ne cesse de refaire surface durant les soldes: « On nous sort les anciennes collections et les vêtement bas de gamme ». A cela, le commerçant affirme qu’il n’en est rien. Il justifie sa position par les inspections, selon lui, rigoureuses pratiquées par les autorités de contrôle. « Ils viennent souvent nous voir pour vérifier s’il n’y a pas de fraude. Et ils n’hésitent pas à nous infliger des amandes en cas d’infraction », nous explique-t-il. Des amendes qui peuvent aller jusqu’à 4000 dinars.

Par ailleurs, il ajoute que les nouvelles collections ne peuvent pas faire l’objet de soldes. En effet, selon la loi, les articles doivent passer un certain temps sur les portants à leur prix de base avant de pouvoir être soldés.

Mais ceci n’arrive pas à contrer le manque de confiance des clients envers les commerçants. Ainsi, ils sont nombreux à penser qu’il y a de nombreuses fraudes au niveau des étiquettes. Nous nous entretenons avec un homme d’une cinquantaine d’années scrutant une vitrine d’un magasin de chaussures. C’est l’air dépité qu’il nous dit qu’en Tunisie, il n’y a pas de vrais soldes. « J’ai fait un tour avant que les promotions ne débutent. Certains n’hésitent pas à gonfler les prix de base et à pratiquer une réduction qui vous ramènera finalement au prix pré-soldes. C’est du vol ! », déplore-t-il. En ce qui concerne le contrôle de l’Etat, il n’en croit pas un mot. « Un Etat qui lui même vole, ne peut pas contrôler des voleurs! ».

Retrouvez dans la vidéo ci-dessus, notre reportage consacré aux soldes d’été.

Wissal Ayadi