Une rapporteuse de l’ONU pointe les défaillances de l’école publique en Tunisie

12-04-2019

La rapporteuse spéciale des Nations sur le droit à l’éducation, Koumbou Bolou Barry, a révélé ce vendredi 12 avril les résultats de sa mission en Tunisie, qui s’est étalée du 07 au 12 avril 2019. Elle a rappelé que la Tunisie avait mis l’éducation au centre de ses priorités depuis l’indépendance, à travers des réformes périodiques engagées en 1958, 1991, 2004 et en 2015.

"Depuis 2011, le débat sociétal a permis de créer un foisonnement de la société civile, soit 18 000 associations et fondations, en plus de la floraison des chaines privées, la création de 5 instances constitutionnelles indépendantes, et l’instauration d’une pluralité politique à travers 216 partis. Tous ces progrès font de la Tunisie un exemple pour les pays arabes en matière d’éducation, notamment grâce au livre blanc sur les réformes éducatifs (2016), dont 99% des participants sont des enseignants", a-t-elle souligné.

Des toits qui risquent de s’écrouler
En 2017, la Tunisie a consacré 6.7% de son PIB, à l’éducation, soit l’équivalent de 22% de son budget, dont 90% du montant est consacré aux frais de gestion administrative et les rémunérations. Ce pourcentage a baissé à 14% en 2018.
Par conséquent, 10% seulement est réservé au développement du secteur de l’éducation, ce qui explique d’ailleurs, le manque du matériel, et des formations continues pour les enseignants.

« Durant les visites sur terrain, on a pu constater que l’infrastructure de quelques écoles, dans les régions reculées de Kairouan, nécessitent des rénovations, surtout qu’il y a des murs et des toits qui sont sur le point de s’écrouler. C’est la sécurité des élèves qui est en question».

L’experte a déploré aussi les difficultés financières des parents, face aux coûts élevés des frais de fourniture, et du soutien scolaire à cause de la mauvaise qualité de l’enseignement, surtout dans les régions intérieures du pays.

100 000 abandons scolaires par an
Grace à la mise en place du programme « dans notre quartier, il y a un jardin d’enfant », par le gouvernement, la prise en charge par l’Etat, des enfants est passée de 2600 à 10 000, en 2018.

Selon l’experte onusienne, l’intervention du secteur privé au niveau préscolaire a baissé de 90% à 70%, mais cela n’empêche pas l’existence d’une discrimination envers les enfants qui n’ont pas les moyens pour aller aux classes préparatoires avant de passer à l’école primaire.

« C’est surtout les gens du milieu urbain et les familles les plus aisées qui en bénéficient. Les classes préparatoires ne sont pas obligatoires, pourtant elles sont payantes ».

Cela pose problème même aux enseignants qui ont à enseigner des classes du même niveau scolaire avec des capacités d’acquisition et d’apprentissage différentes, ce qui requiert de rendre obligatoire et gratuite les classes préparatoires. »

Le rapporteuse de l’ONU a souligné qu’il existe encore des élèves dans les zones rurales de Kairouan, qui parcourent une distance de 7 à 8 km pour arriver à l’école ou au lycée, ce qui pousse généralement les adolescents à abandonner. Soit 100 000 abandons par an, dans les écoles publiques.

Il s’en ajoute, la régression de l’éducation des filles, à cause de l’absence des transports sécurisés, dont les parents ne veulent plus les exposer aux dangers de la route…

Le changement linguistique du primaire au lycée, représente aussi un autre obstacle ;

« Les notes prennent le dessus sur les acquisitions des termes de compétence et de capacité. Les conséquences sont nombreuses : la course effrénée vers les écoles pilotes, le stress permanent pour les familles et les élèves, au point d’entrainer des fois des décrochages voire même des suicides. »

Les résultats ont dévoilé aussi, l’existence de 15 000 enseignants, qui sont diplômés, et recrutés, sans avoir fait, aucune formation ou qualification spécialisée dans l’éducation.

« En revanche, les manuels scolaires, montrent un progrès remarquable en matière de lutte contre les stéréotypes du genre, grâce à l’intégration d’images d’entraide entre hommes et de femmes, qui sous-entendent les valeurs de l’équité et l’égalité. »

L’experte a salué « les bonnes pratiques du ministère de la justice qui autorise les détenus à poursuivre leurs apprentissages, en fonction de leurs besoins et de leurs conditions, en collaboration avec le ministère chargé des relations avec les instances constitutionnelles, la société civile et les droits de l’homme, et le TASCKFORCE.

Les résultats de ce rapport seront présentés au conseil onusien des droits de l’homme, à Genève en juin 2020, dans le cadre de la réalisation de l’objectif de développement durable 4, sur l’éducation de qualité et la progression vers un droit égalitaire et inclusif.

Emna Bhira