Dbeibah reprend le contrôle à Tripoli après avoir mis en échec la tentative de s’emparer du pouvoir de son rival

18-05-2022

AFP – Le gouvernement de Tripoli a mis en échec mardi une tentative d’un Premier ministre rival soutenu par l’homme fort de l’Est Khalifa Haftar de s’emparer du pouvoir dans la capitale libyenne, au prix de plusieurs heures de combats entre groupes armés.

Ces affrontements, d’une ampleur sans précédent à Tripoli depuis l’échec en juin 2020 de la tentative du maréchal Haftar de conquérir militairement la capitale la force, sont symptomatiques du chaos auquel la Libye est en proie depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

Les combats entre milices rivales ont débuté dans la nuit après l’arrivée à Tripoli (ouest) du Premier ministre désigné par le Parlement siégeant dans l’est du pays, Fathi Bachagha, accompagné de plusieurs ministres, selon un correspondant de l’AFP sur place.

Après plusieurs heures d’échange de tirs, le service de presse de M. Bachagha a indiqué dans un communiqué que ce dernier et ses ministres avaient « quitté Tripoli pour préserver la sécurité (…) des citoyens ».

M. Bachagha, investi par le Parlement en mars, entendait par ce coup de force inattendu prendre ses fonctions à Tripoli en dépit du refus de l’exécutif actuel, dirigé par Abdelhamid Dbeibah, de céder le pouvoir avant la tenue d’élections.

Le scrutin initialement prévu en décembre a été reporté sine die.

Dans un discours en soirée, M. Dbeibah a fustigé l’action de son rival, qu’il a qualifiée de « suicide politique » qui signe « l’acte de décès » du projet prôné par Bachagha et ses alliés.

« Le gouvernement continuera d’exercer ses fonctions en tant que seule entité à même de garantir la tenue d’élections », a ajouté M. Dbeibah, en rassurant les chancelleries sur « la situation sécuritaire stable à Tripoli ».

Peu avant son discours, M. Dbeibah a limogé le chef du renseignement militaire Oussama Jouili, sans en avancer de raison pour cette éviction.

– « Très grave » –

Dans la région de Tripoli, les deux camps rivaux disposent du soutien de groupes armés encore très influents dans l’ouest du pays, mais aux allégeances mouvantes. « Al Nawasi », une importante milice de la capitale, a apporté son soutien à M. Bachagha.

Selon des médias libyens, le départ de M. Bachagha de la capitale a été décidé lors d’une médiation menée par une brigade de l’armée loyale au gouvernement de Tripoli.

Lors d’une conférence de presse à Syrte (centre), M. Bachagha s’est défendu de tout recours à la force, assurant avoir quitté la capitale « pour préserver les vies humaines ».

Il a imputé la responsabilité des combats à son rival en l’accusant de faire appel à des milices et affirmé que l’un de ses partisans avait été tué dans les affrontements.

Le secrétaire général de la Ligue arabe Ahmed Aboul Gheit s’est dit « très inquiet », appelant au respect du cessez-le-feu pour « éviter le déclenchement d’une nouvelle vague de violences » en Libye.

La conseillère spéciale du secrétaire général de l’ONU pour la Libye, Stephanie Williams, a appelé à la « retenue », en soulignant « sur la nécessité absolue de s’abstenir de toute action provocatrice ».

Les Etats-Unis se sont dits « très préoccupés » par les affrontements armés à Tripoli.

Et le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a déploré une situation « devenue très grave ces dernières heures ». « Tôt ou tard, quand il y a deux gouvernements, ils s’affrontent. »

Après que les armes se sont tues, le gouvernement basé à Tripoli a déclaré qu’il allait « traquer » tous ceux impliqués dans cet « acte lâche ».

– Blocus pétrolier –

Depuis 2011, la Libye, vaste pays de sept millions d’habitants, est minée par les divisions entre institutions concurrentes dans l’Est et l’Ouest et par l’insécurité.

La production pétrolière, principale source de revenus du pays, est otage des divisions politiques, avec une vague de fermetures forcées de sites pétroliers ces dernières semaines.

Considérés comme proches du camp de l’Est, les groupes à l’origine des blocages réclament le transfert du pouvoir à M. Bachagha ainsi qu’une meilleure répartition des revenus pétroliers.

Entre 2014 et 2021, le pays s’était déjà retrouvé avec deux gouvernements rivaux dans l’Est et l’Ouest.

Mais cette fois-ci, M. Bachagha, lui-même un poids lourd de l’Ouest, a choisi de nouer des alliances avec des figures de l’Est, Khalifa Haftar et le président du Parlement basé à Tobrouk, Aguila Saleh, au nom de la « réconciliation nationale ».