Drame des bébés : Ce qui n’a pas été dit sur la solution parentérale (Enquête)

25-03-2019

La commission d’investigation dans les circonstances du décès des nourrissons au centre de gynécologie-obstétrique et de néonatologie de Tunis, a rendu son verdict la semaine dernière, le 15 mars 2019. D’après le Pr. Mohamed Douagi, les premiers éléments de l’enquête font état d’une infection nosocomiale ; « la solution parentérale a été contaminée avant son administration aux nouveau-nés ».

Le président de la commission d’enquête a affirmé « qu’aucun médicament, sérum ou protide n’étaient périmés, et qu’aucune substance toxique n’a été ajoutée à la solution, comme l’ont prouvé les recherches toxiques effectuées ».

Depuis début de l’enquête sur ce drame, les solutions parentérales sont préparées, par mesure préventive, à l’hôpital d’enfant de Bab Saâdoun, et au centre national de greffe de la moelle osseuse.

D’après une pharmacienne du secteur public, qui a requis l’anonymat, les préparations des solutions d’alimentation parentérale, sont réalisées dans une salle blanche, plus exactement dans une salle propre sous la norme ISO 14644-1, c’est-à-dire avec une concentration particulaire maitrisée, dans le but de limiter l’intrusion, la génération, ou la rétention des germes à l’intérieur.

RK. a aussi expliqué que les salles blanches où se font les préparations sont munies d’un système d’aération « aéraulique », qui assure un air purifié. Ce mécanisme de filtrage installé pour éliminer les particules présentes dans l’air, pourrait être à l’origine de l’infection nosocomiale.

« Un colmatage des germes non filtrés, générés par le personnel, les équipements, ou durant la préparation, provoque ce genre d’infections, surtout que les résultats de l’enquête ont montré que l’infection nosocomiale a été transmise par voie « exogène », c’est-à-dire à travers des micro-organismes provenant d’un environnement contaminé : objet, air, surface, aliments, personnel, etc. »

Pour un contrôle périodique des salles blanches
Pour faire face à ces situations, un pédiatre endocrinologue, qui a répondu à nos questions sous le sceau de l’anonymat,  a recommandé d’effectuer un contrôle périodique des salles blanches. Selon lui, ces espaces doivent être fermées, de temps en temps pour stérilisation, à côté des mesures d’hygiène prises quotidiennement.

Il a insisté également sur la nécessité « de passer au peigne fin, toutes les conditions d’hygiène hospitalière, et les étapes de préparation et de manipulation des produits administrés par voie intraveineuse ».

Selon lui, « le personnel doit être conscient de l’importance de chaque étape des conditions d’hygiène hospitalière. C’est une question d’éthique de travail. Le fait que le personnel du secteur public travaille dans des conditions difficiles de manque d’équipement et de moyens, ne justifie pas l’absence de fermeté concernant certaines procédures médicales », souligne-t-il.

« La manipulation de la préparation de la solution d’alimentation des bébés, se fait essentiellement dans un « Hood », qui est une sorte d’enceinte stérile, en plexiglas, utilisée pour l’alimentation du nourrisson en oxygène. Dans cette enceinte hospitalière, les germes responsables des infections, sont multi résistants et peuvent persister, d’une façon plus ou moins durable, surtout qu’on y manipule beaucoup d’antibiotiques », explique-t-il.

Pour diminuer les possibilités de contamination, un sas doit être immédiatement installé dans les zones de manipulation, a recommandé notre source « Le personnel médical, ne pourra dépasser cette zone intermédiaire, qu’une fois la combinaison stérile, les gants et le masque sont portés ».

« Pour éviter l’introduction des germes dans les solutions d’alimentation par voie parentérale, il faut les transporter instantanément, pour perfusion immédiate ».

« Investir quelques millions de plus, dans des équipements développés pour assurer une hygiène irréprochable, pourrait mettre à l’abri des vies humaines, et nous éviter ces lourdes conséquences ».

Il a recommandé d’avoir recours à des techniques de persuasion efficace, comme l’installation d’un système de surveillance par caméra dans les zones de manipulation, pour repérer plus facilement les erreurs et les défaillances médicales.

Les conditions de prise en charge des bébés prématurés
Le contenu de la solution d’alimentation parentérale dépend de l’état de prématurité de chaque nourrisson, a souligné O.B, docteure en pharmacie chargée d’assurance qualité, dans une industrie pharmaceutique privée, qui a recuis l’anonymat également.

Selon elle, la solution d’alimentation parentérale dépend de la sévérité de l’état de chaque nourrisson fragilisé (âge, poids, insuffisance respiratoire…). Sa composition, doit subvenir, aux besoins nutritionnels spécifiques de chaque bébé prématuré, en termes de vitamines, calories, glucides, protéines…

Pour éviter les infections nosocomiales, les conditions d’hygiène hospitalière doivent être soigneusement respectées, a-t-elle rappelé. D’ailleurs, ces conditions reposent sur trois étapes extrêmement importantes : la lutte contre les infections nosocomiales, l’antisepsie, et la stérilisation. « Ignorer une seule étape, peut engendrer de lourdes conséquences sur la santé du patient ».

Emna Bhira

Lire aussi

Économie Économie Économie Économie 8ans après le 14 janvier, les cinq maux de la Tun