Gouvernement rejeté par l’ARP : Le mauvais choix d’Ennahdha nuit à la Tunisie !

11-01-2020

Après quasiment deux mois de dures tractations, d’interminables négociations, et de multiples revirements, la composition gouvernementale de Habib Jemli a été invalidée par le parlement par une « majorité confortable » de 134 voix contre, au terme d’une plénière houleuse et fastidieuse, notamment pour les téléspectateurs.

La Tunisie aura perdu deux mois, et ce n’est pas peu, au sortir d’une période électorale qui a, de nouveau, chamboulé le paysage politique, faisant accéder un néophyte de la politique au palais de Carthage ; un universitaire intègre et droit, mais qui ne parvient pas jusque-là, à habiter sa fonction présidentielle.

Un parlement morcelé est, par ailleurs, sorti des urnes, constitué de petits blocs avec des appartenances politiques et idéologiques différentes, sinon aux antipodes. Aucun groupe ne domine l’hémicycle, et avec 54 députés, Ennahdha a une majorité relative, qui équivaut au quart de l’Assemblée, ce qui ne lui donne pas la latitude de gouverner à sa guise, comme le veut notre régime politique mixte, mi- parlementaire, mi- présidentiel, inscrit dans la constitution.

La situation dans laquelle la Tunisie se trouve en ce 11 janvier 2020 est inédite dans son histoire postcoloniale et postrévolutionnaire. Les gouvernements qui se sont succédé après la révolution, ceux de Hamadi Jebali, Ali Laâridh, Mehdi Jomaa, Habib Essid et Youssef Chahed, qu’ils soient dans leur composition initiale, ou après un remaniement restreint ou large, se sont tous vu accorder le vote de confiance à l’Assemblée.

Dans le cas d’espèce, ce qu’on a vécu hier est un échec annoncé et planifié, même si on cherche à le présenter comme le fruit d’une vie démocratique, plurielle et multipartite ; un discours rabâché à l’envi, et qui n’émeut plus grand-monde.

L’échec tient au fait que le pays attend urgemment un gouvernement légitime et durable pour en tenir les rênes, et s’atteler à la résolution des difficultés qui le rongent. Mais le voilà, revenu à la case de départ, face à une période creuse qui s’éternise.

Un gouvernement d’expédition des affaires courantes vaque aux occupations au jour, le jour, dont seul le chef reste actif et visible, les ministres et secrétaires d’Etat sont, en majorité, absents de la scène, d’autant que plusieurs d’entre eux ont cédé leur place à des intérimaires pour être entrés au parlement, à l’issue des législatives.

Engagements en suspens
La défaite tient aussi au fait que les engagements de la Tunisie demeurent en suspens, et que les bailleurs de fonds attendent, depuis longtemps, un gouvernement investi, et mandaté par les instances légales et constitutionnelles, pour tracer les contours de la période à venir, et décider des programmes à mettre en œuvre ; l’exemple du FMI est éloquent. L’institution de Betton Woods dont est tributaire le fragile équilibre des caisses de l’Etat a décidé la suspension du versement de 1,2 milliard de dollars à la Tunisie, pour un état d’avancement des réformes, jugé insuffisant.

La situation régionale explosive, notamment à nos frontières Sud-est, avec la guerre qui fait rage en Libye, et les risques que les tensions ne s’exacerbent, et les réfugiés affluent sur nos contrées, requièrent un gouvernement stable, en mesure de gérer la crise, et de rendre des comptes, le moment venu, sur les résultats de la stratégie à mettre en place.

A défaut, dans pareille situation, même l’appel lancé par le président Kaïs Saied à l’Union européenne, et aux organisations nationales, pour venir en aide à la Tunisie afin de faire face aux effets pervers du bourbier libyen, en termes de déferlement de réfugiés et d’infiltration de clandestins et de terroristes, ne trouvera pas des échos favorables. D’ailleurs, on a entendu aucun pays, ou encore moins une ambassade européenne à Tunis, réagir à cet appel lancé sur un ton emphatique, lors de la réunion du conseil de sécurité nationale. Car, ces pays-là, accordent une importance primordiale aux institutions, aux interlocuteurs légitimes et mandatés par le peuple et ne daignent pas traiter avec des situations provisoires, et ambiguës.

Les conséquences du vote d’hier sont graves pour la Tunisie, et lui fait perdre un temps précieux. La responsabilité est celle d’Ennahdha, d’avoir fait le mauvais choix dès le départ, en optant pour une personnalité inconnue, sortie de nulle part, qui ne semble pas avoir l’étoffe, et le charisme nécessaire, et qui ne répond pas au profil exigé, à une étape où les priorités sont éminemment économiques et sociales. Avec tous les égards que l’on doit, à Monsieur Habib Jemli, un Tunisien issu de la Tunisie profonde, ayant réussi à gravir les échelons, et c’est tout à son honneur.

La Tunisie ne pourra plus être l’otage de Majless el-Choura, qui décide pour elle, pour des considérations qui sont loin des vraies urgences de l’heure, d’autant que le mouvement Ennahdha n’a pas une majorité nette pour avoir les coudées franches à en décider du destin.

Trop d’erreurs d’appréciation d’Ennahdha et de toute la classe politique, et c’est là que l’on devra trouver les raisons de cette dégradation généralisée dans le pays. A l’heure qu’il est, la balle est dans le camp du président de la république pour choisir une personnalité fédératrice qu’il juge plus apte à former un gouvernement. Parallèlement, une initiative est posée sur la scène issue d’un front parlementaire de 90 députés, après que Qalb Tounes et Tahya Tounes ont enterré la hache de guerre. Ennahdha (54 députés) se trouve ainsi minoritaire et sur la touche.

A travers cette initiative, des noms comme ceux de Nabil Karoui, ou peut-être Youssef Chahed, pour ne citer qu’eux, pourraient émerger pour conduire un gouvernement de salut national politique. Et si au bout d’un mois, le processus n’aura pas abouti, la dissolution de l’Assemblée et l’organisation de législatives anticipées seraient envisageables. Comme le prévoit le 4ème paragraphe de l’article 89 de la constitution « Si, dans les quatre mois suivant la première désignation, les membres de l’Assemblée des représentants du peuple n’ont pas accordé la confiance au gouvernement, le Président de la République peut décider la dissolution de l’Assemblée des représentants du peuple et l’organisation de nouvelles élections législatives dans un délai d’au moins quarante-cinq jours et ne dépassant pas quatre-vingt-dix jours ». A suivre.

H.J.

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