La réforme religieuse, un must pour contrer l’extrémisme en Tunisie

05-04-2019

«La réforme des affaires religieuses et le rôle des imams dans la lutte contre l’extrémisme » a été au centre d’une conférence tenue hier, jeudi 04 avril 2019, à Tunis.

L’ancien ministre des affaires religieuses, Mounir Tlili a présenté un état des lieux, durant la période post-révolution. Avant le règne de la Troïka, un tiers des mosquées de Tunisie étaient sous l’emprise de prédicateurs extrémistes, dont le niveau d’éducation ne dépasse pas l’enseignement secondaire, a-t-il déclaré, imputant la propagation de ce phénomène à la lenteur de la transition démocratique.

L’ancien ministre des affaires religieuses a révélé, qu’avec l’absence de l’autorité de l’Etat, pendant la période post-révolution, une grande quantité de livres obscurantistes, ont été achetés par des financements étrangers, et présentés au grand public dans des conférences clandestines.

Par ailleurs, « certains partis ont eu recours à des séminaires religieux, pour cumuler le plus de votes possibles. »

D’après Mounir Tlili, la dissolution du haut conseil islamique, ayant une fonction consultative, et qui était sous la tutelle du premier ministère, est une faute stratégique. « En revanche « Dar Al Iftaa », Université Zitouna, et le centre des études islamiques de Kairouan, travaillent chacun indépendamment de l’autre, et sont tous sous la tutelle de plusieurs autorités, ce qui a affaibli leur rendement ».

Par ailleurs, 97 % du budget du ministère des affaires religieuses, va aux salaires, contre 3% seulement, consacré aux formations et au suivi, déplore-t-il.

Pour lui la solution ne consiste pas à écarter la religion. L’Islam est étroitement lié, à la sécurité nationale, aux aspects social, et culturel, et devra être, par conséquent, considéré comme une source de développement, et de transition pacifique, et non pas le contraire.

« La nostalgie de l’âge d’or de stabilité » sous Ben Ali, est due à l’échec des objectifs de la révolution, la liberté de croyance en fait partie, a souligné Pr Hmida Ennaifer, président de la ligue de Tunisie pour la culture et la pluralité. « Le désintérêt des jeunes pour les causes religieuses, revient à l’absence de personnalités emblématiques, qui transmettent un discours religieux modéré. C’est la perception de l’islam à travers les attentats et la violence qui a nui à sa symbolique », a-t-il dit.

« Il faut qu’il y ait une volonté politique, qui vise à rendre à l’Islam son rôle de conscientisation. La nature de la relation du ministère des affaires religieuses avec les différentes institutions religieuses et les mosquées, doit être précisée juridiquement pour mener une réforme de fond. »

Boutheina Jlassi, maitre de conférence à l’Université Zitouna, a appelé à la création de l’institut supérieur de prêche et prédication, pour encadrer les imams d’une manière plus structurée.

Elle a également, appelé, à la révision de la loi n°88-34 du 3 mai 1988 sur les mosquées, qui stipule que seul le personnel désigné par le Premier ministère peut mener des activités dans les mosquées. Selon elle, « Cette loi stigmatise l’élite religieuse ».

Selon ses dires, les provocations subies par les prédicateurs dans les médias, ont contribué à les discriminer et à nuire à leur image.

L’universitaire a prôné le traitement de la problématique de l’extrémisme, d’une manière pédagogique dans des débats intellectuels argumentés, à même de mettre en avant les valeurs humaines et universelles de l’Islam.

«Main dans la main pour la lutte contre la violence et l’extrémisme religieux », est l’intitulé d’un projet qui a été mis en œuvre par le gouvernement canadien, en partenariat avec le ministère des affaires religieuses pour contrer la montée de l’extrémisme. Il a permis la formation de 400 prédicateurs dans 5 gouvernorats (Tunis, Bizerte, Kairouan, Kasserine, Médenine).

Une commission d’orientation présidée par le professeur Hmida Ennaifer composée de 14 experts, chercheurs scientifiques, et professeurs universitaires spécialisés en théologie, sociologie, psychologie, et communication, ont accompagné les 400 prédicateurs, du mois de mars 2017, jusqu’à décembre 2018.

Emna Bhira