Agriculture : Karim Daoud appelle à « un changement de paradigme et de l’audace »

21-09-2019

Le syndicat agricole SYNAGRI a tenu une conférence de presse ce vendredi à Tunis pour lancer un cri l’alerte à même de sensibiliser les candidats aux élections législatives. Il appelle toutes les listes, de tous les bords politiques, à se pencher plus amplement sur l’agriculture tunisienne dans leur programme.

« Ce n’est pas la première fois que nous tirons la sonnette d’alarme. Mais malheureusement nous ne sommes pas écoutés », déplore Karim Daoud, Président du SYNAGRI. Selon lui, le secteur agricole est en perte de vitesse depuis une dizaine d’années, provoquant l’appauvrissement de nombreux agriculteurs.

« En Tunisie, il y a une absence totale de vision à long terme », ajoute le responsable syndical. En effet, si le secteur agricole représente environ 10% du PIB national, l’Etat a préféré investir dans d’autres secteurs tels que l’industrie ou le tourisme. « Les différents gouvernements ont subventionné les secteurs de l’industrie et du tourisme, lesquels avaient des leviers de croissance plus importants. Le secteur agricole a été progressivement oublié » relève Karim Daoud. Il accuse par ailleurs le ministère de l’Agriculture de gérer les problèmes agricoles « au jour le jour », le qualifiant de ministère des « saisons agricoles ».

Selon Daoud, le principal problème réside dans l’augmentation des coûts de production, ce qui engendre une baisse de la productivité. Beaucoup d’agriculteurs ont été contraints d’abandonner leurs exploitations, faute de revenus. « Ce sont des augmentations allant de 40 à 150%. Ajoutons à cela la dévaluation du dinar. Tout cela a impacté le coût de production. Et malheureusement à cause d’une politique aveugle, il n’y a pas eu de calcul des couts de production dans les différentes filières agricoles pour permettre à l’agriculteur de dégager du bénéfice », ajoute Karim Daoud. Selon lui, l’Etat joue à « la politique facile de l’importation », préférant ainsi subventionner l’éleveur européen ou étranger que le Tunisien.

Parmi les revendications mises en avant par le syndicat SYNAGRI, il y a notamment la mise en place d’un régime fiscal spécifique prenant en considération les particularités du secteur, la création d’une banque coopérative agricole et également permettre aux agriculteurs de bénéficier de crédits avec des taux d’intérêts préférentiels.

SYNAGRI demande aussi au prochain parlement l’adoption de lois qui régissent le statut de l’agriculteur. En effet, aujourd’hui n’importe qui peut se prétendre agriculteur, profitant ainsi des mêmes avantages fiscaux que les professionnels du secteur.

Karim Daoud regrette que « la question agricole dans les programmes des candidats ait été seulement effleurée ». Il ajoute que « les programmes qui ont abordé la question agricole restent superficiels avec de vieilles recettes. Il faut un changement de paradigme et de l’audace ».

Grand dossier, toujours en suspens, que les futurs députés auront à traiter celui de l’ALECA, accord de libre-échange complet et approfondi entre la Tunisie et l’Union Européenne, où l’agriculture dispose d’une place très importante. « Si l’ALECA peut amener à la Tunisie une mise à niveau du secteur en collaboration avec l’UE, c’est une bonne chose. Mais s’il est mal négocié, il peut complètement casser l’agriculture tunisienne », nous confie Karim Daoud.

Enfin, le syndicat SYNARGI affirme que si rien n’est fait en faveur du secteur agricole, il y a un danger pour la sécurité alimentaire de la Tunisie, déplorant le nombre croissant d’agriculteurs qui abandonnent leurs exploitations.

Wissal Ayadi

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