Lemma ou la réinsertion des Tunisiens de retour d’Europe

27-06-2019

Au lendemain de la Révolution, plusieurs dizaines de milliers de Tunisiens ont décidé de rejoindre l’Europe clandestinement. Si certains ont réussi leur intégration, d’autres ont décidé de revenir en Tunisie volontairement. L’article 25 de la constitution tunisienne stipule qu’aucun citoyen ne peut être empêché de quitter et de revenir dans son pays. La mise en place d’une politique de réinsertion pour ces Tunisiens de retour, s’est imposée.

C’était le sujet du « Grand Forum de la Réinsertion », organisé ce mercredi au Palais des Congrès de Tunis.
Troisième composante du projet « Lemma », ce projet découle du partenariat pour la mobilité conclue entre l’Union Européenne, dix états membres et la Tunisie. Son objectif est de garantir une bonne gestion de la circulation des personnes. « Lemma » a pour objectif de soutenir la Tunisie dans sa politique nationale migratoire avec le soutien technique d’Expertise France.

Quand ils ont décidé de migrer pour trouver une vie meilleure, il est difficile par la suite de revenir dans un pays qu’ils ont parfois oublié et qui les a lui-même oublié.
Ainsi, le ministère des affaires sociales, en collaboration avec le projet Lemma a mis en place quatre programmes pilotes dans quatre gouvernorats du pays : Bizerte, Jendouba, Mahdia et Tunis.

Ahlem Hammami est Directrice de la coopération internationale bilatérale et multilatérale à la Direction général de la coopération internationale en matière de migration (DGCIM). Elle nous explique les contours de ce programme. « Pour l’instant, nous avons 91 Tunisiens de retour qui ont bénéficié du projet Lemma. Ils viennent de plusieurs pays d’Europe. Certains ont déjà pu monter leur propre projet, d’autres sont en cours ».

« Lemma » bénéficie d’un financement de l’Union Européenne à hauteur de 5 millions d’euros. Il permet d’appuyer les différentes administrations tunisiennes afin qu’elles puissent, soit aider les migrants de retour à créer leur propre entreprise, ou alors profiter de leur expérience à l’étranger afin de les insérer dans des entreprises, ou encore de les inscrire dans un cycle de formation professionnelle.

Cette initiative pourrait pourtant porter à confusion. En effet, les difficultés pour obtenir un visa et le durcissement des politiques migratoires des pays européens pourraient faire croire que ce programme incite les migrants à revenir dans leur pays d’origine en contrepartie d’une aide financière à leur réinsertion en Tunisie.

« Lemma n’encourage pas les Tunisiens à revenir de force… nous nous adressons seulement à ceux qui reviennent volontairement », insiste Mme Hammami.

Huit profils de migrants de retour ont été identifiés : étudiants, entrepreneurs, jeunes migrants irréguliers, adultes chargés de famille, familles, migrants de longue date, femmes et enfin migrants retraités.

Lors de ce forum un « Village des acteurs » a été mis en place. Il regroupe 21 associations, de la société civile qui ont bénéficié d’une formation, toujours dans le cadre du projet Lemma. L’objectif étant de renforcer leur capacité afin de réaliser des actions en faveur de la réinsertion des Tunisiens de retour.

Parmi elles, l’Association CIT’ESS spécialisée dans l’Economie Sociale et Solidaire. Elle a permis aux Tunisiens de retour dans la région de Mahdia de créer leur propre association (Association VISA). Ainsi ils mettent à leur disposition des pistes de réflexion concernant l’emploi et l’intégration. L’association permet également d’informer les migrants sur les administrations, les lois et les droits sociaux dont ils bénéficient.

D’autres associations agissent sur d’autres domaines plus spécifiques, comme l’intégration des enfants dans le système scolaire tunisien avec la mise en place de cours d’arabe. D’autres proposent également une aide psychologique.

Le projet « Lemma » a permis l’élaboration d’une feuille de route nationale pour la Tunisie. Celle-ci vise à fournir un environnement favorable à la réinsertion afin de faire participer ces tunisiens de retour au développement du pays. Elle vise également à concrétiser la volonté d’organiser les flux migratoires dans un cadre fondé sur le droit, conformément aux principes de la Stratégie nationale migratoire.

Wissal Ayadi

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