Reportage : Quand les pénuries éteignent le sport en Tunisie
Autrefois, pousser la porte d’une salle de sport entre 13h et 18h était un défi face à la chaleur en Tunisie. Aujourd’hui, c’est devenu un vrai parcours du combattant que beaucoup refusent de mener.
Si la canicule a toujours ralenti l’activité physique, son impact restait mineur. Mais en cet été 2026, la chaleur s’est liée à un cocktail de crises qui étouffent le secteur : coupures d’électricité à répétition, pénurie d’eau minérale, interruptions du réseau d’eau de la SONEDE et pour finir, les problèmes d’approvisionnement en essence. Résultat : les salles de sport qui se vident et le chiffre d’affaires des gérants s’effondre.
Des salles au ralenti et des gérants sous tension
Sans électricité, pas de climatisation ni de ventilation. Dans des espaces confinés où la température frôle rapidement le seuil des 40°. Sans eau au robinet ni bouteilles minérales, s’entraîner devient un risque pour les adhérents : « Nous subissons la pire saison depuis des années », confie Rami, gérant d’une salle de sport à l’Ariana. « Quand le courant saute, les adhérents posent leurs haltères et s’en vont. Ajoutez à celà l’impossibilité de remplir le frigo de la salle par les bouteilles d’eau et le manque de visibilité, cet été, une grande partie des abonnements n’ont pas été renouvelés. Cette crise nous frappe de plein fouet puisque les charges restent identiques mais les recettes plongent. Notre modèle économique vacille à cause de facteurs que nous ne maitrisons pas ».
Objectifs brisés et régression physique pour les pratiquants
Du côté des sportifs, la frustration est totale. Après des mois d’efforts et de régularité pour préparer leur condition physique et atteindre des objectifs précis, l’arrêt forcé casse l’élan et provoque une régression rapide.
C’est ainsi que Mehdi, âgé de 22 ans, passionné de musculation, confie avec amertume : « C’est une vraie galère à tous points de vue. D’habitude je suis coriace, mais là, mon mental a pris un sacré coup. Lutter contre toutes ces conditions à la fois, j’avoue que ça m’a mis un genou par terre. Celà fait plus de deux semaines que ça dure. C’est démoralisant ».
Même constat, ou presque, pour Bassem. Adepte des cours collectifs, ce jeune de 24 ans constate avec amertume et parle aussi pour ses amis : » C’est épuisant. C’est devenu un vrai combat contre nous mêmes pour maintenir l’envie et ne pas lâcher. Nous perdons nos bonnes habitudes. Notre motivation s’effrite et nous repartons de zéro ».
La boucle est bouclée
La canicule n’est donc plus le seul « adversaire ». C’est l’accumulation des dysfonctionnements quotidiens qui paralyse la pratique sportive. Sans essence pour se déplacer. Sans eau pour s’hydrater et sans électricité pour rafraîchir les espaces, la boucle est définitivement bouclée.
Le sport, véritable exutoire pour des milliers de jeunes tunisiens, s’ajoute à la liste des victimes collatérales d’un été au bord de la rupture