Sommet arabe : Teneur de la déclaration de Tunis, et de ses dix-sept points

01-04-2019

Les dirigeants arabes, réunis hier à Tunis, lors de la trentième édition de leur sommet, ont appelé à mettre un terme aux différentes formes de tensions et de conflits qui secouent le monde arabe, à traiter les causes d’effritement, et à accélérer les processus de règlement politique global des crises en suspens.

La réconciliation nationale interarabe constitue le point de départ nécessaire pour renforcer l’immunité, la sécurité et la stabilité de la région arabe, contre les ingérences étrangères, selon la déclaration de Tunis.

Les Arabes ont déploré à l’issue de leur sommet, placé sous le signe de « la détermination et de la solidarité », la persistance des différends et des conflits dans la région, ayant contribué à affaiblir la solidarité arabe et impacté la sécurité nationale arabe, comme elle a favorisé l’ingérence dans les affaires intérieures de la région, l’a transformée en arène de conflits internationaux, régionaux et de dissensions ethniques et confessionnelles, et en un terreau pour les organisations terroristes qui menacent la sécurité, la stabilité et le développement dans nos pays.

Place centrale de la cause palestinienne
La déclaration dont lecture a été donnée à la fin du sommet, hier dimanche 31 Mars 2019 au palais des congrès de Tunis, a réitéré la place centrale de la cause palestinienne dans l’action arabe commune. Les pays arabes se sont engagés à poursuivre les efforts en vue de relancer des négociations sérieuses et efficientes, selon un échéancier déterminé, ce qui aide à parvenir à un règlement réalisant une paix juste et globale conformément aux résolutions de la légalité internationale, et l’initiative de paix arabe, comme elle a été posée en 2002 et le principe de la solution pour deux Etats.

Cette déclaration, constituée de 17 points, a affirmé que la concrétisation de la sécurité, de la stabilité et de la paix dans la région du Moyen-Orient, repose fondamentalement sur un règlement juste et global de la cause palestinienne et du conflit arabo-israélien.

Règlement politique global en Libye
Les dirigeants arabes ont réitéré leur attachement à l’unité et à la souveraineté de la Libye, et ont de nouveau rejeté les solutions militaires et toutes les formes d’ingérence dans ses affaires intérieures. Ils ont appelé à accélérer un règlement politique global dans le cadre du consensus et du dialogue sans exclusion, sur la base d’un accord politique, conformément à un processus parrainé par les Nations-Unies, ce qui réinstaure la sécurité et la stabilité en Libye, et met fin à la souffrance de son peuple.

Ils ont dit leur soutien aux efforts visant à éradiquer les organisations terroristes et à extirper le danger qu’elles représentent pour la Libye, son voisinage et l’ensemble de la région.

Accélérer le processus de transition politique en Syrie
Au sujet de la crise syrienne, la déclaration de Tunis a évoqué la nécessité de parvenir à un règlement politique à même d’y mettre fin, sur la base du processus de Genève, des déclarations du groupe de soutien de la Syrie, et des résolutions du conseil de sécurité, ce qui est de nature à mettre un terme à la souffrance du peuple syrien, et à préserver l’unité, la souveraineté et l’indépendance de la Syrie.

Ils ont réitéré leur rejet des options militaires qui compliquent la crise et ont appelé à accélérer le processus de transition politique, qui acquiert l’approbation de toutes les composantes du peuple syrien.

Ils ont affirmé l’importance du rôle arabe à aider le peuple syrien à sortir de la crise actuelle, ce qui permet à la Syrie, étant partie intégrante du monde arabe, de retrouver sa place naturelle sur la scène arabe. Chose qui contribue à renforcer la sécurité et la stabilité dans la région et l’immunise contre les ingérences extérieures et les infiltrations.

Refus de la politique du fait accompli au Golan
Les dirigeants arabes ont affirmé que le Golan est une terre syrienne occupée, conformément au droit international, aux résolutions des Nations-Unies et du Conseil de sécurité, et à la reconnaissance de la communauté internationale.

Ils ont exprimé leur refus de toutes les tentatives d’imposer la politique du fait accompli et de consacrer la souveraineté israélienne sur le Golan, ce qui constitue une violation grave des résolutions internationales, menace la sécurité et la stabilité, et torpille toutes les perspectives de paix dans la région.

Ils ont considéré toute décision ou procédure visant à changer le statut légal ou démographique du Golan comme étant illégale, nulle et non avenue, conformément aux résolutions 240 de 1967, et 497 de 1981, et les résolutions de l’Assemblée générale y inhérentes. Ils ont affirmé le soutien arabe complet au droit de la Syrie à recouvrer le Golan occupé.

Droit au retour
La déclaration de Tunis a appelé à l’intensification des efforts internationaux en vue de favoriser les conditions favorables au retour des déplacés et des réfugiés à leur patrie, face à l’exacerbation de la crise des réfugiés syriens, outre l’aggravation de la crise des réfugiés palestiniens, et les tentatives permanentes de les déchoir du droit au retour.

Appel aux Houthis de s’en tenir à la trêve
Sur la guerre au Yémen, les pays arabes ont dit appuyer les efforts régionaux et internationaux en vue de réinstaurer la légalité au Yémen et de mettre fin à la souffrance du peuple yéménite.

Ils ont exhorté les milices houthies à s’en tenir à l’accord de trêve et de cessez-le-feu, à mettre en application l’accord de Stockholm parrainé par les Nations-Unies en décembre 2018, et à poursuivre les négociations en vue de parvenir à un règlement politique, conformément à l’initiative des pays du Golfe, les résultats de la conférence du dialogue national, et les résolutions du conseil de sécurité, ce qui est de nature à mettre fin à la crise loin des ingérences internationales et régionales, à préserver l’indépendance et l’unité du Yémen et y réinstaurer, ainsi que dans la région du Golfe la paix et la sécurité.

Ils ont appelé à intensifier les aides humanitaires au peuple yéménite en vue de faire face à la dégradation grave de la situation humanitaire, sanitaire et économique dans ce pays.

Les dirigeants arabes ont salué les réussites de l’Irak à neutraliser les organisations terroristes, et les sacrifices du peuple irakien à défendre la souveraineté et la sécurité de son pays ; ont réitéré leur attachement à l’unité et à l’invulnérabilité de son territoire et leur soutien à ses efforts pour la reconstruction des régions libérées.

Ils ont réaffirmé leur détermination à développer les relations de coopération et de coordination sécuritaire, à intensifier les efforts pour combattre l’extrémisme et le terrorisme sous toutes leurs formes, à l’extirper de la racine et à éradiquer ses sources de financement, à travers l’activation des conventions arabes de lutte contre le terrorisme, et à prendre les mesures légales pour criminaliser la pensée extrémiste, takfiriste.

Relations de bon voisinage avec l’Iran
Les dirigeants arabes ont réitéré leur soutien au dialogue interreligieux, étant un facteur principal de diffusion et de consolidation des valeurs de tolérance et de solidarité interhumaine, et de respect de la différence, face à l’extrémisme. Ils ont salué la rencontre qui a eu lieu entre cheikh al-Azhar, Ahmed Taïeb, et le Pape François aux Emirats arabes unis en février 2019.

Les pays arabes ont affirmé la nécessité que leurs relations de coopération avec l’Iran soient fondées sur les principes de bon voisinage, la non-ingérence dans les affaires intérieures, et le non-usage de la force et de la menace, conformément aux règles du droit international.

Ils ont réitéré leur refus que le territoire saoudien soit la cible de missiles balistiques, réitérant leur attachement à la sécurité et la stabilité du Royaume, étant un attribut principal de la sécurité de la région du Golfe arabe et de la région arabe.

Ils ont également réaffirmé la souveraineté des Emirats arabes unis sur ses trois Îles, (Petite et Grande Tunb, ainsi qu’Abu Moussa), exhortant l’Iran à interagir avec les initiatives des Emirats pour parvenir à une solution pacifique à cette affaire, à travers des négociations directes ou le recours à la Cour internationale de Justice, ce qui rétablit la confiance et consolide la sécurité et la stabilité dans la région du Golfe arabe.

Les dirigeants arabes ont affirmé leur solidarité totale avec le Soudan dans ses efforts à consolider la paix et le développement, à préserver la souveraineté nationale, et à traduire dans les faits les résultats du dialogue national. Ils ont salué l’amélioration de la situation sécuritaire à Darfour, appuyant la stratégie de départ de la mission UNAMID à l’orée du mois de décembre 2020.

Ils ont réitéré leur soutien à la Somalie en vue de faire régner la sécurité, la stabilité, lutter contre le terrorisme, reconstruire les institutions nationales, faire face aux défis économiques, et mettre en application la stratégie de développement national somalienne.

Ils ont par ailleurs salué la tenue des élections présidentielles aux Îles Comores à la date du 24 Mars 2019, dans un climat de clame et d’intégrité, et ont appuyé les efforts de ce pays à s’arrimer à la locomotive des pays émergents à l’horizon de 2030.

Les pays arabes se sont félicités des résultats positifs réalisés dans les forums de coopération arabe avec les rassemblements et les espaces régionaux, saluant la tenue du premier sommet arabo-européen à Charm-Cheikh (Eghypte) les 24 et 25 février, et envisagent la tenue du 5ème sommet arabo-africain en Arabie Saoudite en 2019, et aussi la tenue du 5ème sommet arabe avec les pays de l’Amérique latine et du Sud, dans les délais les plus proches.

Investir dans l’homme arabe
Ils ont mis l’accent sur l’importance cardinale du développement global dans la région, et ont appelé à développer davantage les stratégies nationales de développement global et durable, en investissant dans les capacités de l’homme arabe, et en l’habilitant sur les plans des sciences, de la connaissance et des valeurs. Ils ont appelé à améliorer les indicateurs du développement humain dans la région arabe et à élargir le champ de contribution des jeunes à la chose publique et à la prise de décision.

Ils ont réaffirmé l’importance de la dimension économique dans l’action arabe commune, appelant à promouvoir la coopération économique dans la région, à travers l’investissement, la complémentarité, et les ressources naturelles, financières et les compétences humaines des pays arabes. Ils ont appelé à développer les échanges commerciaux et à lancer des projets d’investissements, ce qui permet de construire un groupement économique arabe, à même de s’inscrire dans le dispositif économique mondial, et de relancer les dispositifs de développement dans les pays arabes.

Ils ont réitéré leur appui à la ligue arabe, étant le cadre de l’action arabe commune, et ont dit la nécessité d’accélérer la cadence de son processus de développement en vue de conférer plus d’efficience à l’action de ses appareils, ce qui permet de réactiver le rôle arabe, de reprendre en main le règlement des affaires arabes, et de parvenir aux règlements appropriés aux différents conflits et crises.

Les pays arabes ont considéré le sommet de Tunis, placé sous le signe de la « détermination et de la solidarité », comme une importante étape de l’action arabe commune, et de la consécration de la volonté conjointe en vue de renforcer la solidarité interarabe, de resserrer les rangs pour faire face aux défis, promouvoir la situation de la région et raffermir les attributs de la sécurité nationale arabe.

Synthèse et traduction de la Rédaction

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