Des experts appellent à des réformes pour atteindre la souveraineté alimentaire

22-04-2020

« Une pénurie de semoule s’est posée avec acuité pendant cette période de confinement. Cette matière est utilisée généralement dans les milieux ruraux qui ne disposent pas de boulangeries. Un manque de farine et de denrée alimentaire à base de céréales a été également  relevée. Les aliments pour bétail sont aussi quasi inexistants. Pourtant tous ces produits sont subventionnés par l’Etat ».

C’est ce qu’a confirmé Leila Riahi , membre du Groupe de travail pour la Souveraineté alimentaire lors d’une vidéo-conférence tenue  mardi sur « la pandémie et la lutte pour la souveraineté des richesses alimentaires des populations ».

L’Etat fait la spéculation de ces matières pour contrôler leurs prix, et les vendre ensuite à travers l’office des céréales, qui les redistribue à son tour aux agriculteurs et aux minoteries, a-t-elle souligné.

« Il s’agit d’un monopole contrôlé par l’Etat et quelques sociétés spécialisées », dénonce-t-elle.

L’activiste a évoqué d’autres problèmes engendrés par la pandémie. « L’augmentation des prix des viandes, des légumes et des fruits, ainsi que l’arrêt  non organisé de l’activité économique et le chômage qui a frappé les travailleurs journaliers vivant dans les quartiers populaires. Ces personnes se ressourcent des aides et de la solidarité sociale ».

Dans le milieu rural, cette crise a coïncidé avec le début du printemps, période durant laquelle les agriculteurs exportent les primeurs. Les premiers fruits et légumes récoltés dans leur saison, ou obtenus avant l’époque normale de leur maturité.

« Ces mêmes produits alimentaires sont récoltés en Europe tardivement », explique-t-elle.

D’autre part, le membre du groupe de travail pour la Souveraineté alimentaire a révélé que durant le confinement, l’interdiction de la circulation et la restriction des déplacements ont empêché les petits agriculteurs et les éleveurs d’alimenter sur place leurs animaux, ce qui a mis en péril la santé de ces derniers.

« En cas d’obtention d’une autorisation de circulation, le cout des déplacements s’est élevé également puisqu’il n’y a plus de transport commun. Les licences sont devenues un moyen de chantage, certaines parties profitent de la vulnérabilité de ces agriculteurs pour vendre des autorisations ».

 Selon elle,  des personnes confirment avoir payé entre 100 et 300 dinars pour pouvoir se déplacer durant trois jours.

 Le calvaire des agriculteurs

L’intervenante s’est arrêtée au marché de gros, signalant que la décision prise le gouvernement d’en limiter l’ouverture à trois jours, même si elle n’a pas duré, a porté préjudice aux  « agriculteurs ». « Ces derniers ont dû souvent rentrer les mains vides, en laissant la marchandise périr…. »  .

Il s’en ajoute aussi, la fermeture des marchés des animaux. « Pourtant les éleveurs ont besoin de vendre le bétail dans ce temps de crise. Avec la spéculation de la nourriture des animaux, la fermeture des marchés de bétail, et l’impossibilité du pâturage, ces agriculteurs sont confrontés à de réelles difficultés économiques.

« Finalement, les mesures prises par l’Etat pour faire face à la pandémie a des séquelles sur la production agricole, la distribution et la commercialisation des produits alimentaires », déplore-t-elle.

La conférencière a déploré que la crise alimentaire ne figure pas parmi les priorités de l’Etat, « c’est la société civile qui s’en charge, pourtant l’alimentation est le droit de tous les citoyens, et la souveraineté alimentaire du pays est une question centrale ».

Selon les données de l’Etat,  l’agriculture contribue à raison de 10% au PIB intérieur, alors que réellement elle n’y participe qu’à 5%, d’où la nécessaire réforme de la politique agricole.

Le problème c’est que les crédits qui vont au soutien du secteur du tourisme,  représentent le double des subventions qui lui sont alloués.

C’est ce qu’a expliqué Mohamed Guendouzi, membre du Groupe de travail pour la Souveraineté alimentaire.

Il a appelé le gouvernement à supprimer les crédits des petits agriculteurs envers les marchés centraux. Il a recommandé également de réorganiser les politiques agricoles dans les localités pour préserver la production dans les secteurs vitaux, de céréales et les légumes pour maintenir la souveraineté alimentaire.

« Ceci évitera à la Tunisie d’importer des aliments achetés en devise, alors que la production de céréales dans le pays s’élève à 200 000 tonnes par an », conclu-t-il.

Emna Bhira

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