Tunisie : Décryptage de la nouvelle coalition gouvernementale, ses forces et faiblesses

20-02-2020

Le chef du gouvernement désigné, Elyes Fakhfakh, a annoncé dans la soirée du mercredi 19 février, la nouvelle coalition gouvernementale composée de 32 membres, dont 30 ministres et 2 secrétaires d’Etat.

Par rapport à sa composition initiale annoncée samedi 15 février, le gouvernement Fakhfakh compte un portefeuille ministériel supplémentaire, celui du ministre auprès du chef du gouvernement chargé des grands projets attribué à Lobna Jribi, après que sa nomination à la tête du ministère des Technologies de la Communication et de la transition numérique, a été contestée par Ennahdha. Cette nouvelle fonction ministérielle s’apparente à celle des réformes majeures occupée par Taoufik Raji à la Kasbah, dans le gouvernement sortant de Youssef Chahed.

Elyes Fakhfakh n’a pas opéré de grands changements  sur son équipe, et n’a pas beaucoup modifié le quota des différents partis, excepté celui d’Ennahdha qui a augmenté, avec notamment l’entrée de Lotfi Zitoun, qui hérite du ministère des Affaires locales.

Le chef du gouvernement désigné n’a pas, par ailleurs, touché aux noms annoncés initialement à la tête des ministères de souveraineté, y compris, celui de l’Intérieur. Hichem Mechichi, ancien chef de cabinet aux ministères de la Santé et des Affaires sociales, et nommé début février, en tant que conseiller à la présidence chargé des affaires juridiques, a été maintenu à la tête du département de l’avenue de Habib Bourguiba.

Le nouveau gouvernement compte deux ministres d’Etat, en l’occurrence Mohamed Abbou (Attayar) chargé de la réforme administrative, et Anouar Maârouf (Ennahdha) du Transport, et six femmes dont une nommée à la tête d’un ministère régalien, en l’occurrence Thouraya Jribi Khemiri à la justice.

La coalition gouvernementale d’Elyes Fakhfakh est éminemment politique ; elle rassemble six partis dont Ennahdha, le Courant démocrate, le mouvement du peuple, Tahya Tounes, El-Badil Ettounsi et Nidaa Tounes, mais compte un effectif considérable d’indépendants, à peu près une quinzaine.

Le gouvernement Fakhfakh résultat d’un accouchement au forceps, suite à un processus de négociations rude émaillé de rebondissements, et de virevoltes, passera comme une lettre à la poste lors de la plénière de vote de confiance au parlement prévue, selon toute vraisemblance, mercredi 26 février. La coalition qui le constitue est dotée d’une large ceinture politique et parlementaire, et totalise à, elle seule, une majorité de 124 députés, nettement supérieure à la majorité absolue (109 députés) exigée, ce qui l’entoure d’un minimum requis pour sa durabilité, et la stabilité dans le pays.

Le scénario des élections anticipées écarté
L’avènement de ce gouvernement évitera, de surcroît, à la Tunisie le scénario redoutable de législatives anticipées. L’annonce du président de son intention de dissoudre l’Assemblée et de convoquer des élections avant terme, si un compromis n’est pas trouvé et si le gouvernement est rejeté,  aura provoqué un froid dans le dos à plus d’un, d’antant que les résultats d’un tel scrutin ne sont garantis pour personne. Elle aura été, ainsi, pour beaucoup dans l’accélération du processus.

Elyes Fakhfakh a souligné la veille, dans son allocution, que son gouvernement est formé « de hauts dirigeants des partis, et d’indépendants répondant aux critères d’intégrité, de crédibilité et de compétence ».

Il a ajouté que sa coalition représentait « le spectre politique dans sa diversité, et que son gouvernement est celui de tous les Tunisiens et est de nature à faire renaître l’espoir ». « C’est un gouvernement qui unit et non qui divise, et qui sera au service du peuple et des objectifs suprêmes de la patrie ».

La Tunisie tout entière a poussé hier, un ouf de soulagement, de voir ce gouvernement enfin annoncé, et largement soutenu pour mettre un terme à cette période transitoire qui n’a fait que trop durer, et a mis les affaires quasiment à l’arrêt. Un gouvernement qui est attendu sur de nombreux dossiers épineux, qui est censé mener des réformes douloureuses, et qui aura à négocier avec les partenaires de la Tunisie et autres bailleurs de fonds, le FMI en tête, qui revendiquent depuis bien longtemps un interlocuteur légitime avec qui ils pourraient discuter.

Le caractère patchwork du gouvernement, et le faible degré de confiance entre ses alliés, qui n’ont eu de cesse de s’étriper tout au long des derniers mois, le rend quelque peu vulnérable aux soubresauts. Tout le monde attend de le voir à l’œuvre, pour faire dissiper la crainte que les rapports entre ses membres ne se crispent et ne virent au combat de coqs, d’autant que la nouvelle coalition rassemble des dirigeants de premier plan des partis politiques.

Cette étape critique requiert, en effet, un gouvernement solidaire, soudé et travaillant en bonne symbiose.

La Rédaction