Tunisie/ Législatives : Un parlement effrité, annonciateur d’enlisement et d’instabilité !

07-10-2019

Sans surprise, les législatives du dimanche 06 octobre ont donné lieu à un paysage parlementaire effrité, annonciateur d’instabilité. Aucune majorité, ne serait-ce que relative, ne s’est dégagée des urnes, selon les premières estimations, ayant dessiné la tendance générale du scrutin, en attendant leur confirmation par l’instance électorale. Lesquelles ont, aussi, montré un fort taux d’abstention, près de 60 % des électeurs ont préféré rester chez, signe de la rupture entre le peuple et sa classe politique.

A l’annonce des premiers résultats, des partis ont fanfaronné, criant victoire. A l’exemple d’Ennahdha et de Qalb Tounes dont chacun a revendiqué, d’emblée, la première place, avant que les résultats des sondages sortie des urnes, placent le mouvement islamiste en tête, avec à peu près sept sièges d’écart.

Le mouvement de Rached Ghannouchi, qui fera lui-même son entrée au parlement, (sa liste dans la circonscription de Tunis 1 aurait gagné trois sièges), a fêté un résultat que, même s’il le place en tête, le montre en perte de vitesse. Ennahdha qui avait dominé l’Assemblée nationale constituante en 2011 avec plus de 80 députés, et était la deuxième force du parlement sortant, avec 68 députés, n’aura qu’une quarantaine de députés dans le futur parlement ; une courbe descendante révélatrice de l’érosion continue de son électorat. Malgré le recul, ce score semble avoir contenté le mouvement, manifestement, soulagé, d’avoir pu éviter un résultat bien pire.

D’autres partis ou coalitions n’ont pas caché leur joie dimanche à l’annonce des résultats, en obtenant de précieux sièges à l’Assemblée, alors qu’ils étaient peu représentés au parlement sortant, à l’instar du mouvement du peuple (15 sièges), et du courant démocrate (14 sièges), et de ceux qui étaient en dehors du paysage parlementaire et du dispositif politique en place depuis 2011, comme le parti destourien libre (14 sièges), et la coalition de la dignité, el-Karama, (18 sièges).

Parallèlement, des partis qui étaient fortement représentés au sein de l’assemblée sortante ont essuyé une défaite cuisante, et ont même totalement disparu. Le résultat le plus significatif est celui réalisé par Nidaa Tounes. Le parti fondé par le défunt président Béji Caïd Essebsi, vainqueur des législatives de 2014, n’a obtenu qu’un seul siège dans le nouveau parlement, contre 86 en 2014. Les premières estimations n’accordent aucun siège au Front populaire qui en avait 15 dans le parlement sortant, ni à Afek qui est entré en 2014 au palais du Bardo avec huit députés, même s’il les a perdus en cours de route.

Le parti Tahya Tounes de Youssef Chahed a, peu ou prou, réussi à sauver la face avec 16 sièges.

Le résultat de Aïch Tounes qui annonçait une entrée en force au parlement est pour le moins modeste. Cinq sièges seulement, un nombre totalement disproportionné avec les fonds engagés par cette entité, qui n’a eu de cesse de pavoiser d’avoir rallié les Tunisiens à sa cause, en avançant un million de signatures récoltées pour son manifeste des Tunisiens.

Ni légiférer, ni donner lieu à un gouvernement
Un parlement morcelé, désuni, qui, dans sa configuration actuelle, ne sera capable ni de légiférer, ni de donner lieu à un gouvernement stable et doté d’un cordon politique.

La personnalité censée occuper le fauteuil de la Kasbah pendant le prochain quinquennat, devra émaner de la majorité parlementaire, laquelle est inexistante dans le nouveau parlement.

Et comme il est d’usage, y compris dans les démocraties les plus anciennes, de pareils résultats ouvrent la voie aux alliances, en vue d’une coalition parlementaire disposant d’une majorité absolue (50+1), et au mieux des deux tiers, et en mesure de voter des lois et de donner lieu à un gouvernement stable.

Là aussi, le rapprochement entre les futurs blocs parlementaires relèverait de la gageure, tellement ils sont aux antipodes de point de vue politique, idéologique et programmatique.

A fortiori, que l’alliance escomptée devra concerner quatre à cinq blocs parlementaires, ce qui est quasiment impossible, dans le cas d’espèce. Le consensus qui était plus ou moins aisé au lendemain des législatives de 2014, parce qu’il s’est fait entre deux groupes majoritaires, dont l’un avait 86 députés et l’autre 69, ne le sera pas point face à un tel morcellement.

La seule solution pour sortir de ce goulot d’étranglement post-électoral est que toutes les parties mettent leurs divergences de côté pour le bien du pays, et s’entendent sur un gouvernement d’union nationale, d’intérêt national, ou d’union nationale, peu importe les appellations, qui sera formé sur la base d’un programme, loin des considérations partisanes.

Une urgence s’il en est, dans cette conjoncture critique où le pays est face à des échéances cruciales notamment celle du vote du budget et de la loi de finances. A défaut, la Tunisie serait ingouvernable, et  s’enliserait dans l’instabilité ; le président de la république qui sera élu dimanche prochain, serait acculé, au printemps, à dissoudre l’Assemblée et à appeler à des élections législatives anticipées…

H.J.

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