Le secteur de la culture profondément touché par pandémie, des professionnels témoignent

06-05-2020

 «  Les séquelles du Covid-19 se sont répercutées sur le secteur culturel, dont les activités sont en arrêt depuis l’annonce du confinement.  Environ 30 000 professionnels, freelancers, indépendants et contractuels, travaillant dans le théâtre, cinéma, production audiovisuelle, et musées ont été touchés économiquement… Cette pandémie a engendré l’annulation de 700 manifestations culturelles, événements et activités dans tout le pays ».

C’est ce qu’a fait savoir Ahmed Amine Azzouzi, chargé de l’économie créative au ministère des affaires culturelles, lors d’un webinar sur la thématique « les professionnels de la culture contre le Covid-19. 

Les éditeurs par exemple, gagnent 20% de leurs revenus annuels de la foire du livre qui s’organise en mois d’avril de chaque année, désormais  reporté au mois de novembre 2020, a-t-il ajouté.

Le report des grands évènements culturels ne touche pas seulement les participants, mais aussi toutes les organisations qui ont contribué à créer ces manifestations, comme les agences de communication, de digital, et les techniciens…, explique-t-il.

 » C’est compliqué d’évaluer les pertes dans tous les secteurs culturels, mais une chose est sûre, plusieurs professionnels comptaient beaucoup sur ces deux mois (mars et avril) pour se ressourcer économiquement ».

Cyrine Gannoune, directrice du théâtre « El Hamra », a par ailleurs souligné que le report du festival Ezzedine Gannoun pour le théâtre qui allait démarrer le 22 mars 2020, va changer la donne.

« Ce changement subit m’a donné l’opportunité de repenser plusieurs volets…Ce festival qui tient sa valeur des échanges internationaux avec les institutions culturelles étrangères, va subir un grand changement dans l’avenir. Fermeture des cieux, restriction dans les déplacements et interdiction de regroupement, tous ces facteurs vont apporter de nouvelles approches et réflexions… ».

« Néanmoins, le théâtre tout comme le cinéma, seront parmi les derniers secteurs à reprendre leurs activités car la diffusion des œuvres exige la présence d’un public en salle ».

« Quant aux ressources des propriétaires d’espaces culturels, elles proviennent des locations de salles, des formations, en arrêt actuellement. C’est un trou économique imminent pour nous tous, professionnels de la culture ! ».

La directrice de l’espace Nejma Ezzahra dédié aux spectacles musicaux, a évoqué, elle, la problématique du statut de l’artiste. La majorité des musiciens travaillent dans l’informel, sans contrat. « Ils n’ont pas de couverture sociale, ni de statut », a-t-elle souligné.

« A part les pertes engendrées par la fermeture des espaces musicaux , il faut penser aux artistes étant en arrêt depuis le confinement, et qui se demandent comment ils vont faire valoir leurs droits…Toutefois, c’est une chance pour revoir la formalisation du secteur, et mettre en place le statut d’artiste intermittent, afin de garantir un minimum de stabilité pour les 30 000 musiciens, travaillant dans l’ombre… ».

« Mon feuilleton est sauvé » (Abelhamid Bouchnak)

Le cinéaste, producteur et réalisateur de la série « Nouba », Abdelhamid Bouchnak, a parlé de l’impact du confinement à court terme sur ses activités professionnelles. « Cette année j’ai payé 3 fois plus cher les acteurs, alors que j’avais 3 fois moins de sponsors. »dit-il.

Il a révélé qu’à cause du confinement, son feuilleton allait manquer les 5 derniers épisodes, pourtant il est supposé être entièrement prêt pour diffusion durant ce mois de ramadan 2020.

Ce feuilleton est si important pour le réalisateur, car selon lui, c’était son ultime source de revenu qui va lui permettre de payer les acteurs grâce aux sponsors et de financer ses projets futurs durant l’année.

Bouchnak était contraint de terminer le tournage avec des mesures de distanciation strictes. « Pourtant, il s’agissait de scènes clé, dont une grande partie exige une certaine proximité pour qu’elles soient plus expressives et cohérentes », explique-t-il.

« Le découpage technique a changé, j’ai annulé les scènes où il y a des petites distances entre les acteurs,  et ça a même touché le côté esthétique de ma série… », a-t-il indiqué.

A ce sujet, le réalisateur  a tenu à saluer « la décision courageuse » du ministère des affaires culturelles qui consiste à céder la reprise des tournages des séries ramadanesques pour que les réalisateurs puissent achever leurs œuvres.

« Cette décision a sauvé mon feuilleton et toute l’équipe qui y a contribué. Malheureusement, une solidarité s’est créée contre cette annonce. J’aurai aimé qu’elle fût dans le sens contraire…Le ramadan est cruciale pour tous les réalisateurs ayant des feuilletons à présenter. Il faut savoir que, cette période garantit les ressources de la majorité des techniciens et des acteurs également», a conclu le réalisateur de « Nouba ».

Emna Bhira

 

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