Dernières arrestations : les Tunisiens sceptiques et réclament plus en matière de lutte contre la corruption

22-12-2020

Après plusieurs semaines d’enquête, l’affaire des déchets italiens a finalement suscité un grand coup de tonnerre à la fois sur la scène politique et judiciaire. Le dimanche 20 décembre, plusieurs hauts responsables du ministère de l’environnement ont été arrêtés, dont le ministre, Mustapha Aroui lui même, qui avait quelques heures auparavant été démis de ses fonctions par le chef du gouvernement Hichem Mechichi.

Dix ans après une révolution qui était censée mettre un terme à des décennies de corruption, la mise en place de multiples instances de lutte contre la corruption et un arsenal législatif des plus sévères, voilà finalement qu’un ministre se retrouve impliqué au cœur d’un scandale politico-judiciaire sans précédent en Tunisie.

Tous les gouvernements qui se sont succédés depuis dix ans ont fait de la corruption un cheval de bataille sans pour autant avoir réussi à l’éradiquer. L’arrestation du ministre serait-elle le premier pas de Mechichi dans la lutte contre la corruption et l’impunité ? Sera-t-il en mesure de mettre un terme à ce fléau qui a gangréné la société tunisienne ? Nous sommes allés à la rencontre de Tunisiens sur l’Avenue Habib Bourguiba afin de recueillir leur avis sur la question.

Concernant la corruption en Tunisie, les avis sont unanimes parmi les personnes que nous avons interrogé: « C’est de l’ordre de l’impossible car les corrompus sont déjà placés dans les institutions de l’Etat».

Un constat affligeant et pourtant réel. Pour ce passant déçu de la situation, « la corruption est déjà installée au sein même du parlement. Parmi les députés, on trouve des contrebandiers et des politiques qui ont acheté les voix des électeurs avec de l’argent ».

A la question de savoir si Hichem Mechichi pourra faire face seul à la lutte contre la corruption, là aussi les Tunisiens estiment qu’il faudra que tout le monde s’y mette.

A cet égard, certains dénoncent en effet, la mainmise des lobbys sur les acteurs de la scène politique et affirment « qu’ils sont plus puissants que l’Etat lui-même ».

De son côté, Kaïs Saïed qui a fait lui aussi de la lutte contre la corruption un de ses slogans de campagne, n’a cessé de marteler qu’il ne fera pas de concessions sur ce fléau. Dernièrement, il a exprimé son hostilité au dialogue national proposé par l’UGTT « tant que des corrompus en feront partie », faisant référence à certains partis politiques présents au sein de l’ARP.

La plupart de nos interlocuteurs pensent que Kaïs Saïed a pris la mauvaise décision. « Le fait qu’il n’ait pas opté pour un dialogue avec les soi-disant corrompus, pour les confronter et éviter les accusations sans preuves, montre qu’il n’a pas le courage de dévoiler les dessous de son discours accusateur », nous explique un fonctionnaire à la retraite.

La récente arrestation du ministre peut sonner comme un espoir pour la lutte contre la corruption dans le pays. Elle résonne également comme une réponse à la position de Kaïs Saïed.

Retrouvez dans la vidéo ci-dessus notre microtrottoir concernant la corruption en Tunisie.

Reportage réalisé par Emna Bhira et Wissal Ayadi

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