La psychose engendrée par le Coronavirus chez les Tunisiens, expliquée par Dr. Chemingui

18-03-2020

«  Il est tout à fait normal et compréhensible d’avoir peur du coronavirus. Ce qui se passe actuellement est incomparable aux épidémies de H1N1 ou de SRAS. Là on est face à une pandémie avec un risque vital. Ce qui a amené d’ailleurs au verrouillage  des frontières terrestres et aériennes dans certains pays, et à des mesures de confinement fermes, sans précédent, avec des privations de liberté et une réduction de vie sociale… »

 C’est ce qu’a expliqué Dr. Hajer Chemingui, psychiatre psychothérapeute de libre pratique, et ancienne assistance hospitalo-universitaire, en répondant à nos questions sur la « psychose » qu’a engendrée la pandémie du COVID-19 chez les Tunisiens, ainsi que chez les populations du monde entier.

Opter pour le stress positif au lieu de la « psychose » paralysante ou encore le déni
« En effet, ces changements rapides et en urgence de toutes nos habitudes sont dignes d’un film de science fiction et peuvent mettre à mal nos capacités d’adaptation », a souligné docteur Chemingui. «  C’est pour ça,  d’ailleurs qu’on parle de psychose dans le sens d’une réalité qu’on ne reconnait plus. Ou encore on parle de déni, dans le sens du refus de croire à la réalité de cette pandémie, à ses risques qui n’ont rien à voir avec une propagation d’une simple « grippette ».

« Le déni est aussi ce qui peut amener à la nonchalance ou l’inconscience totale », a précisé le psychiatre, en rappelant « qu’il y a eu ces derniers temps, avant les décisions de fermeture et d’interdiction annoncées par le gouvernement, un non-respect du principe de l’isolement sanitaire, des cafés bondés, la chicha encore utilisées par les fumeurs, ou encore les offres alléchantes qui attirent les foules (bien que ce soit entre l’inconscience et la conscience du profit ».

 Par ailleurs, «  la peur face à tout ça, ce stress qu’on souhaite positif est naturel et c’est ce qui va justement nous permettre de mobiliser nos ressources internes, notre instinct de survie. L’humain a, au fond de lui, une force qu’il ne soupçonne pas et qu’il utilise si nécessaire et c’est cette même force de lutte et de résistance qu’on admire chez les personnes qui souffrent de maladies graves ».

« La seule méthode à adopter pour se rassurer et atténuer la peur, c’est d’appliquer fermement les consignes sanitaires (se laver les mains fréquemment, se frotter les doigts par un désinfectant, nettoyage du sol et des poignets, éviter les endroits où il y a de fortes concentrations… ».

«  Faire pression pour des mesures encore plus drastiques, c’est vital », a insisté Dr. Chemingui.

Choisir des sources d’information sures pour ne pas sombrer dans la négativité
Au sujet du flux intarissable d’informations, que reçoit quotidiennement les internautes, Dr. Chemingui a recommandé « de se limiter à des sources repères qui véhiculent des messages, sures et vérifiés, comme les articles scientifiques, les communiqués de l’OMS, ou encore les informations communiquées par les autorités concernées».

Elle a indiqué également que «  les personnes qui sombrent dans une anxiété paralysante sont celles qui sélectionnent des informations ou  des messages négatifs sans parvenir à se rassurer par des informations sures et positives. C’est vrai que c’est plus facile à dire qu’à appliquer, cela va dépendre du type de personnalité sous-jacente mais c’est toujours intéressant d’avoir des repères.Heureusement d’ailleurs, que ce flux d’actualité est entrecoupé d’humour à la tunisienne, que j’admire et que je trouve très inspirant », a salué le psychiatre.  

« Il y aura certainement plus tard des études à grande échelle sur le retentissement psychologique du COVID 19. En attendant le passage de la vague, soyons à la hauteur des précautions à prendre, soyons créatifs soyons artistes!», a conclu Dr. Chemingui.

Emna Bhira