Accord in extremis entre Londres et l’UE régissant leurs relations à partir du 1er janvier 2021, après le Brexit,

25-12-2020

AFP – Les Européens et le Royaume-Uni ont conclu jeudi, après des négociations éreintantes et à la veille de Noël, un accord historique sur leurs futures relations commerciales, qui leur permettra d’éviter le choc dévastateur d’un « no deal » pour leurs économies en fin d’année.

L’accord a été salué par les chefs de l’UE et le Premier ministre britannique Boris Johnson, mais suscite des craintes chez les pêcheurs européens qui estiment être « les grands perdants » du compromis, atteint une semaine seulement avant le divorce définitif du 1er janvier.

Il s’agit d’un « bon accord, équilibré » et « juste » pour chaque partie, a déclaré la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. « Nous pouvons enfin laisser le Brexit derrière nous et nous tourner vers l’avenir », a-t-elle ajouté.

Boris Johnson a promis que son pays resterait « culturellement, émotionnellement, historiquement, stratégiquement et géopolitiquement attaché à l’Europe ».

« Ce soir, pour le réveillon, j’ai un petit cadeau pour ceux qui chercheraient quelque chose à lire dans la torpeur de l’après-déjeuner de Noël », a par la suite déclaré le chef du gouvernement conservateur dans un message vidéo publié sur Twitter. « Le voici: des nouvelles réjouissantes, voici un accord, un accord pour apporter certitude aux entreprises et aux voyageurs et à tous les investisseurs dans notre pays à partir du 1er janvier, un accord avec nos amis et partenaires de l’Union européenne. »

« Je crois qu’il sera la base d’un partenariat heureux, couronné de succès et stable avec nos amis de l’UE dans les années à venir », s’est-il félicité.

La chancelière allemande Angela Merkel s’est dite « confiante » dans le fait qu’il s’agissait d' »un bon » accord, quand le président français Emmanuel Macron a estimé que « l’unité et la fermeté européennes » avaient « payé » dans les pourparlers.

Ce divorce à l’amiable, obtenu à l’arraché après 24 dernières heures sous haute tension, scelle près d’un demi-siècle de mariage houleux entre les deux partenaires, quatre ans et demi après le référendum de juin 2016 sur le Brexit.

La conclusion d’un texte de 2.000 pages en à peine dix mois constitue aussi une prouesse pour un accord de cette envergure dont la conclusion prend en général des années.

Deux ans et demi avaient été nécessaires pour négocier le traité de retrait scellant le départ britannique, conclu fin 2019, qui apportait une sécurité juridique aux expatriés des deux côtés de la Manche et des garanties pour le maintien de la paix sur l’île d’Irlande.

Le Premier ministre irlandais Micheal Martin, dont le pays aurait été en première ligne en cas d’échec, a salué l’accord de jeudi : « Il protège l’économie de l’île entière, avec aucune frontière dure » la coupant en deux, a-t-il fait valoir.

Le texte devra encore être validé par les Etats membres, un processus qui devrait prendre plusieurs jours.

Mais il reste en théorie suffisamment de temps pour qu’il entre en application provisoire le 1er janvier, quand le Royaume-Uni, qui a officiellement quitté l’UE le 31 janvier dernier, aura définitivement abandonné le marché unique. Il sera alors validé a posteriori par le Parlement européen début 2021. De leur côté, les députés britanniques sont convoqués pour le 30 décembre en vue d’en débattre.

Des Britanniques affichaient un soulagement volontiers teinté d’amertume, à l’image d’Harry Vincent, un étudiant interrogé par l’AFP à Londres : « Les compromis que nous avons faits me font me demander si ça valait la peine » de quitter l’UE, se désole-t-il.

Avec ce traité commercial, l’UE offre à son ancien Etat membre un accès inédit sans droits de douane ni quotas à son immense marché de 450 millions de consommateurs.

Mais cette ouverture sera assortie de strictes conditions : les entreprises d’outre-Manche devront respecter un certain nombre de règles évolutives en matière d’environnement, de droit du travail et de fiscalité pour éviter tout dumping. Des garanties existent aussi en matière d’aides d’Etat.

Un mécanisme permettra aux deux parties d’activer rapidement des contre-mesures, comme des droits de douane, en cas de divergences sur ces normes.

Malgré sa faible incidence économique, l’accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques a constitué l’ultime point d’achoppement des discussions, en raison de l’importance politique et sociale du secteur dans plusieurs Etats membres, dont la France, les Pays-Bas, le Danemark et l’Irlande.

Mais les Britanniques, qui reprennent le contrôle de leurs eaux, en avaient fait le symbole de leur souveraineté retrouvée.

L’accord prévoit une période de transition de cinq ans et demi jusqu’en juin 2026, à l’issue de laquelle les pêcheurs européens auront progressivement renoncé à 25% de leurs prises, qui s’élèvent chaque année à 650 millions d’euros.

Aucun calendrier n’a été fixé pour cette période d’adaptation. L’accès aux eaux britanniques sera ensuite renégocié annuellement, les privant de visibilité.

Le négociateur européen Michel Barnier a promis que l’UE serait « aux côtés des pêcheurs européens pour les accompagner ».

Il a souligné qu’il y aurait, malgré cet accord, « de vrais changements » au 1er janvier « pour beaucoup de citoyens et d’entreprises ».

L’UE a provisionné cinq milliards d’euros dans son budget pour soutenir les secteurs les plus touchés.

Mais sans accord, les échanges entre l’UE et Londres auraient été régis par les seules règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), synonymes de droits de douane, quotas et formalités administratives : un scénario noir pour un Royaume-Uni déjà malmené par la crise sanitaire et dont 47% des exportations sont destinées au marché européen.

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