Avec le triptyque MBH, la Tunisie emboîterait le pas à Singapour

02-07-2019

Lors d’une conférence tenue le jeudi 27 juin, sous le thème « comment créer de la valeur par la valeur », l’ancien ministre des Finances, Fadhel Abdelkefi, a appelé à « l’adoption d’un nouveau modèle économique, qui pourrait réconcilier cette démocratie naissante et fragile, et la situation sociale précaire,
que vit la Tunisie ».

« On ne peut pas gérer un état à la manière d’une entreprise, le business est tellement différent », a-t-il dit.
Le président du conseil d’administration de la bourse de Tunis a recommandé d’opter pour une méthode MPH : Méritocratie, Pragmatisme et Honnêteté. « C’est la formule magique qui a transformé économiquement la république de Singapour ».

En se penchant sur l’histoire économique de la Tunisie, Fadhel Abdel Kefi a expliqué « qu’après l’indépendance, l’Etat avait déjà adopté un modèle économique efficient ».

Le régime socialisant qu’a instauré le gouvernement de Hédi Nouira a permis la mise en œuvre de réformes majeures et positives. En revanche, « son seul défaut était la réforme agraire, qui devrait être remplacée par une coopérative de services, au lieu de réunir les terres. ».

«Le modèle économique n’est qu’une adéquation aux ressources de l’emploi », a-t-il dit, appelant à faire montre de discernement, c’est-à-dire « savoir hiérarchiser les priorités et les urgences économiques ».
« On ne peut pas penser à la reconstruction du pont de Bizerte qui va couter à l’Etat 800 millions de dinars, alors que 15% de la population vit avec moins de deux dinars par jour », a-t-il déploré.

«Il faut dire la vérité aux citoyens, et leur expliquer la situation économique telle qu’elle est, malgré le mécontentement des syndicats, sans oublier que l’Etat doit obligatoirement cogérer avec l’UGTT, et travailler la main dans la main ».

Quel rôle pour l’état, le secteur privé et la société civile ?
« En Tunisie, l’Etat est en train de suivre une économie politique, et non pas une politique économique, ce qui explique toute cette confusion existant entre le modèle de développement et le modèle de croissance », a expliqué l’ancien ministre de l’équipement et du développement durable, Hédi Larbi.

« Il faut retenir que la croissance est restrictive, elle vise surtout à augmenter le PIB, et à prospecter les ressources de la croissance. Alors que le développement a pour but de chercher les moyens d’amélioration des conditions de vie de la population, en cumulant une croissance tangible et intangible ».

L’ancien directeur régional de la Banque Mondiale pour la région Moyen Orient, a expliqué aussi que, « le modèle de développement doit mettre en place les règles d’allocation des ressources, afin de produire le maximum de bien être pour la population ».

Larbi a recommandé de renouveler le concept de l’Etat6nation, par lequel le citoyen pense que l’Etat est dans l’obligation de lui fournir tous les services gratuitement, et cela depuis l’indépendance. « Alors qu’il y a d’autres acteurs comme le secteur privé, la société civile, et la population, qui doivent contribuer autant à la création des valeurs. »

« Il est fondamental de définir les secteurs productifs, qui obéissent à des lois économiques complètement différentes à celles des secteurs qui ne sont pas productifs ».

« Une fois qu’on aura créé une richesse, il faut repenser par la suite le rôle des acteurs sociaux, car ils contribuent à la production, la distribution, et les décisions politiques, afin d’éviter la confusion, en traçant les limites entre les différentes positions de chacun ».

Selon Hédi Larbi, « il faut penser à la croissance inclusive surtout, car la croissance économique seule ne permet pas de réduire la pauvreté, et d’améliorer l’égalité sociale et la création d’emploi ».
« Il s’agit de la contribution de toutes les catégories de la population à la création des opportunités, et cela, tout en partageant les bénéfices de développement, et en participant à la prise de décisions… », conclut-il.

Emna Bhira

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