Corruption à la STEG : Les clients auront désormais la possibilité de la dénoncer

21-06-2019

Qui n’a jamais rencontré de problèmes avec la STEG ? C’est bien connu, faire installer un compteur électrique est presque un parcours du combattant… A moins de monnayer l’intervention « par-dessous la table ». Les actes de corruption existent chez notre pourvoyeur d’électricité et de gaz. Pour preuve, paru hier, le dernier rapport annuel du Haut Comité de Contrôle Administratif et Financier pointe du doigt l’entreprise…voitures de fonction, abus concernant le carburant mais aussi des zones d’ombre qui planent sur les marchés publics. Des soupçons de corruption qui ne concernent pas seulement la STEG, mais également de nombreuses autres entreprises publiques.

La STEG semble avoir pris conscience du problème. L’entreprise a organisé ce vendredi 21 juin à Tunis, la « 1ère journée d’étude sur la bonne gouvernance et l’accès à l’information ». Il était question de la signature de deux conventions, l’une avec l’Instance Nationale de Lutte Contre la Corruption (INLUCC) et l’autre avec l’Instance Nationale d’Accès à l’Information (INAI).

Dans son discours d’ouverture le PDG de la STEG, Moncef Harrabi ne renie pas les actes de corruption mais il affirme « qu’ils sont de plus en plus rares ». Il a par ailleurs ajouté que la STEG a été « l’une des premières entreprises publiques à s’être dotée d’un audit et d’un contrôle de gestion interne. Nous avons aussi un système de management qui nous permet d’intégrer facilement les nouvelles règles en termes de lutte contre la corruption ». Depuis 2015, la STEG a adhéré à un certain nombre de certifications ISO dans le domaine du management, l’ISO 37001 (système de management anti-corruption) est l’un d’entre eux. Celui-ci, permet de couvrir les risques de corruption par et à l’encontre d’un organisme ou de son personnel et les pots de vin offerts ou acceptés.

Parmi les invités à cette journée d’étude, Kamel Ayadi, il est le président du Haut Comité de Contrôle Administratif et Financier (HCCAF). Son rôle est de mettre en lumière les dérives commises par les entreprises publiques du pays. Il répond aux questions de Gnetnews. « La STEG peut être considérée comme un exemple de bonne gouvernance. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de corruption à la STEG…mais il y a une volonté d’intégrer les nouvelles exigences de transparence et d’intégrité dans le management de l’entreprise ». « Aujourd’hui les sujets de lutte contre la corruption sont traités su point de vue managérial… ce n’est plus une question de règlementation, de législation ou de politiques publiques », ajoute-t-il.
Si les actes de corruption sont clairement connus et reconnus à la STEG, pour le principal syndicat de l’entreprise, ce n’est pas vrai. Dans son intervention, Abdelkader Jelassi, chef de file de l’UGTT à la STEG, insiste : « notre entreprise est propre. Depuis sa création en 1967, personne n’a jamais entendu parlé d’une grosse affaire de corruption à la STEG. Tous nos agents sont intègres ».

Le leader syndical a vite été repris par Chawki Tabib, président de l’Instance de lutte contre la corruption. « La STEG a un chiffre d’affaire de 1700 milliards de dinars. Où il y a de l’argent, il y a de la corruption ! », a-t-il lancé. Avant d’ajouter que « n’importe qui peut être corrompu ».

Dans une déclaration, Chawki Tabib a fait savoir que « les soupçons de corruption qui parviendraient à l’INLUCC via des citoyens abusés seront systématiquement signalés à l’administration de la STEG ».

Ainsi, dans sa stratégie de bonne gouvernance, la STEG a prévu un système de partenariat avec les consommateurs afin de dénoncer sans risques les éventuels actes de corruption intentés par des agents.
En ce qui concerne l’accès à l’information, là aussi de nombreux efforts restent à faire. C’est Imed Hazgui, président de l’Instance nationale pour l’accès à l’information qui s’est exprimé sur ce sujet. «Il faut tout d’abord savoir que la STEG a été la première entreprise publique à prendre contact avec l’INAI lors de sa création. Malgré cela, de nombreuses zones d’ombre continuent de planer sur la transparence des marchés publics. Or d’après la loi, elle se doit de les rendre accessible au grand public. Autre manquement celui de l’accès aux chiffres concernant les volumes de production de la STEG ».

Dans son plan stratégique de lutte contre la corruption, présenté lors de cette journée, un certain nombre de mesures sont prévues, comme notamment la création d’ilots d’intégrité, la mise en place d’un système de dénonciation des actes de corruption, l’institution d’un barème de sanctions (administratif et judiciaire). Il a été également spécifié que tout dossier de corruption serait envoyé systématiquement au parquet.

Wissal Ayadi

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