Des journalistes tunisiens signent une pétition pour la libération des journalistes emprisonnés
Un collectif de journalistes tunisiens a publié une pétition exprimant sa solidarité pleine et entière avec le journaliste et rédacteur en chef du site Al-Katiba, Mohamed Youssfi, ainsi qu’avec l’ensemble des journalistes emprisonnés et des défenseurs de la liberté d’expression et prisonniers d’opinion faisant l’objet de poursuites judiciaires ou de privation de liberté en raison de leurs opinions, écrits ou de l’exercice de leurs droits et libertés fondamentaux.
Les signataires affirment que la liberté de la presse n’est pas un privilège accordé aux journalistes, mais un droit fondamental de la société, une garantie du droit du citoyen à l’information et l’un des piliers de la démocratie. Sa défense, soulignent-ils, ne peut être sélective ni liée à des noms précis, mais constitue un engagement collectif envers tous ceux qui paient le prix de l’exercice de leur métier ou de l’expression de leurs opinions.
Le texte rappelle que Mohamed Youssfi a été interpellé le 4 septembre 2026, avant qu’un mandat de dépôt ne soit émis à son encontre le 8 septembre, dans une affaire que les signataires qualifient de « fabriquée » et liée à son activité journalistique. Cette arrestation intervient, selon eux, dans un contexte de restrictions croissantes visant les journalistes et de multiplication des poursuites judiciaires liées à l’exercice de la liberté de la presse, d’opinion et d’expression.
« L’emprisonnement d’un journaliste envoie un message d’intimidation »
Les signataires refusent que l’arrestation et l’emprisonnement de journalistes en raison de leur travail ou de l’exercice de leur droit à l’expression ne deviennent la norme. Ils estiment que l’emprisonnement d’un journaliste ne se limite pas à la privation de sa liberté individuelle, mais envoie un message d’intimidation, restreint l’espace du travail journalistique et menace le droit de la société à accéder à l’information. Transformer le travail journalistique en source de peur et de poursuites, ajoutent-ils, vide la liberté de la presse de son sens et compromet son rôle dans la reddition de comptes du pouvoir, la révélation des faits et la défense de l’intérêt général.
Le texte dénonce fermement la dégradation de la situation de la liberté de la presse et d’expression, tenant les autorités responsables de cette évolution et de ses conséquences, ainsi que de la garantie de la sécurité de Mohamed Youssfi — en particulier au regard de son état de santé, qui nécessite un suivi et des soins médicaux appropriés. Les signataires réclament le respect de son droit aux soins et à la prise en charge sanitaire, rappelant que le droit à la santé constitue un droit fondamental auquel il ne saurait être porté atteinte, et que l’état de santé d’une personne détenue ne peut faire l’objet d’aucune négligence.
Les revendications de la pétition
Les signataires formulent une série de revendications :
- la libération immédiate des journalistes emprisonnés Mohamed Youssfi, Mourad Zeghidi, Borhène Bsaïes et Zied El Heni, et l’arrêt des poursuites engagées contre eux en raison de l’exercice de leur métier et de leur droit à la liberté de la presse et d’expression, avec la garantie d’un procès équitable et le respect de la présomption d’innocence ;
- la garantie du droit de Mohamed Youssfi aux soins et au suivi médical nécessaires, les autorités responsables devant assumer l’entière responsabilité de la préservation de son intégrité physique, psychique et de sa dignité humaine ;
- la libération de l’ensemble des journalistes et prisonniers d’opinion privés de liberté en raison de leurs opinions, écrits ou de l’exercice de leur droit à l’expression, et la fin des poursuites judiciaires les visant à ce titre ;
- l’arrêt des poursuites judiciaires visant les journalistes en raison de leur travail, et la levée des restrictions imposées à la presse et aux journalistes, afin de garantir l’exercice de la profession en toute liberté et indépendance, sans crainte d’emprisonnement ou de poursuites ;
- le respect et la protection de la liberté de la presse, d’opinion et d’expression, en tant que droits fondamentaux et garanties d’une société démocratique ;
- la garantie que l’emprisonnement et les poursuites judiciaires ne soient jamais utilisés comme moyen d’intimidation des journalistes ou de restriction de leur travail.
Les signataires affirment enfin que restreindre la liberté d’un seul journaliste revient à restreindre celle de toute la profession, et que l’emprisonnement d’un journaliste en raison de son travail porte atteinte non seulement à sa liberté, mais également au droit du citoyen à l’information et au droit de la société à une presse libre et indépendante, capable de demander des comptes au pouvoir et de révéler les faits. Ils soulignent que le silence des journalistes face à l’emprisonnement de leurs confrères ne saurait être une option, la solidarité professionnelle constituant une responsabilité collective imposée par la nature et les valeurs de la profession.
Le texte se conclut par l’engagement des signataires à participer à toutes les mobilisations appelées par le Syndicat national des journalistes tunisiens pour la défense de la liberté de la presse et le rejet de toutes les formes de restriction et de menace visant les journalistes.