Entreprises tunisiennes : résilience éprouvée mais réserves à bout de souffle, selon l’Organisation nationale des entrepreneurs
L’entreprise tunisienne a démontré une grande capacité de résilience face aux crises économiques successives, a affirmé Yassine Gouiaa, président de l’Organisation nationale des entrepreneurs, ce mercredi sur les ondes de la radio Express FM. Il a toutefois rappelé que les entreprises n’ont pas été créées pour survivre, mais pour investir, se développer et créer de la richesse.
Il a relevé quelques signaux positifs — une croissance de 2,3% au deuxième trimestre 2026 et une hausse de 1,5% de la production industrielle — tout en précisant qu’ils ne traduisent pas encore un véritable décollage économique. À l’inverse, l’inflation, montée à 5,4% en août, et un déficit commercial marqué (40,6 milliards de dinars d’exportations contre 55,6 milliards d’importations sur les six premiers mois de l’année) continuent d’inquiéter les chefs d’entreprise.
Des réserves quasiment épuisées
Selon Yassine Gouiaa, de nombreuses entreprises abordent la nouvelle saison économique avec des moyens financiers limités et des réserves quasiment épuisées. Plus préoccupant encore : une partie des chefs d’entreprise, autrefois tournés vers l’investissement et l’export, se concentrent désormais sur la simple survie de leur activité au jour le jour. Les petites et très petites entreprises sont les plus exposées — certaines pourraient ne pas résister à de nouveaux chocs — mais les grandes structures ne sont pas non plus à l’abri.
Le président de l’Organisation a mis en garde contre une véritable « crise de continuité de la production », l’enjeu n’étant plus de surmonter une crise ponctuelle, mais de maintenir un rythme d’activité stable. Il pointe notamment les crises récurrentes de l’eau et de l’électricité, qui ont directement affecté plusieurs secteurs et découragé certaines PME d’investir davantage.
Un appel à l’État et une organisation en « force de proposition »
Yassine Gouiaa a appelé les décideurs à traiter ces crises devenues structurelles, plutôt que conjoncturelles, rappelant que les PME assurent environ 2,5 millions d’emplois directs et indirects. Il a annoncé le lancement, fin septembre, d’un sondage destiné à évaluer l’impact de plusieurs législations (loi sur les chèques, Code des changes, investissement) sur les entreprises, dont les conclusions seront transmises à l’exécutif.
Il a par ailleurs évoqué deux programmes d’accompagnement portés par l’organisation : l’un destiné aux jeunes diplômés (50 bénéficiaires en 2025, objectif de 100 cette année), l’autre à l’entrepreneuriat féminin, mené avec l’ESCWA et le ministère de la Famille, incluant la création d’une plateforme de e-commerce et la formation de 100 femmes par an.
Il a conclu en soulignant que le rétablissement de la confiance entre entrepreneurs et décideurs demeure essentiel pour permettre aux entreprises d’investir dans un environnement stable, l’Organisation entendant renforcer son rôle d’intermédiaire entre porteurs de projets et pouvoirs publics.