Face à la paralysie : La Tunisie respire, bon gré, mal gré, le syndicalisme !

23-01-2019

La grève générale n’a pu être évitée, face à la divergence persistante des positions entre le gouvernement et l’organisation syndicale, qui se jettent la responsabilité de l’échec des négociations et de l’absence d’un accord qui aurait pu éviter au pays, et à l’économie nationale une perte directe et indirecte aussi colossale.

 La Tunisie connait en ce jeudi 17 janvier 2019 une paralysie totale : transport aérien, ferroviaire, terrestre, maritime, ports, aéroports, ministères, administrations, hôpitaux, écoles, collèges, lycées, universités, banques publiques…la machine économique fonctionne partiellement, à la faveur du secteur privé qui en subit les contrecoups, étant l’une des victimes collatérales de l'interruption de l'activité.

Le gouvernement qui se confond en regrets que la grève ait lieu, tente d’assurer un service minimum, et de parer au plus pressé. Il a fait paraître la veille, au Journal Officiel, un décret de réquisition pour garantir la continuité du travail dans certains ministères et secteurs névralgiques, une disposition rejetée par la centrale syndicale, la considérant comme contraire au principe de grève, un droit constitutionnel, ne cesse-t-on de marteler. 

Espoirs déçus
Ce faisant, tout le monde avait espoir qu’une solution de dernière minute soit trouvée, que la grève générale soit annulée, et que l’esprit de responsabilité et de compromis finisse par prévaloir au début d’une année aussi cruciale, où la Tunisie se débat dans les difficultés économiques, où elle est plus que jamais tenue par une obligation de résultats et où elle s’achemine vers des échéances électorales décisives en vue d'asseoir son édifice démocratique.

Les espoirs ont été, hélas, déçus, et nous voilà devant une journée creuse, où l’on respire, bon gré, mal gré, le syndicalisme. L’actualité de ce jeudi est exclusivement, voire fondamentalement consacrée aux péripéties de la grève générale, tout est mis entre parenthèses et on aura droit qu’aux discours, contestations et vociférations, censés marquer les rassemblements syndicaux prévus à Tunis et dans les régions. Pourvu que tout se passe dans la sérénité et que les dérapages soient évités.

Les chefs syndicalistes vont haranguer la foule sur la thématique du pouvoir d’achat. Les fonctionnaires qui, à l’instar de l'ensemble des Tunisiens, sentent réellement la cherté de la vie, l’explosion des prix, et la hausse de l’inflation...dans leur porte-monnaie seront acquis peut-être acquis à la bonne cause.

Mais, à quoi aurait servi cette grève, et qui en sortira gagnant ? Des questions qui laissent perplexes.

L’organisation syndicale aura certes marqué des points, pris le dessus, et défié l’Etat en se déclarant le temps d’une journée la seule maîtresse à bord. Hormis cela, rien de concret n’est attendu.

Voulant l'aisance, on est face à la paupérisation
Dans la logique syndicale, cette action sociale d’ampleur nationale vise à défendre les fonctionnaires, qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts, et à boucler les fins du mois. Cela sous-tend que son objectif ultime est de donner du pouvoir d’achat, à travers une majoration salariale conséquente. Sauf, et ce n’est pas uniquement le gouvernement qui le dit, les successives augmentations salariales accordées après la révolution, n’ont pas permis aux Tunisiens de vivre mieux ; au lieu de l’aisance, c’est la paupérisation qui en a découlé. Tant qu’on est pris dans cette spirale d’endettement, majoration salariale, inflation, dépréciation du dinar, cela ne fera qu’aggraver la situation économique du pays, et rendre encore plus difficiles les conditions socioéconomiques des Tunisiens.

La grève est un moyen de militantisme connu et reconnu - même si on a rarement vu dans d’autres pays des grèves générales, mais plutôt des grèves sectorielles- c’est une manière de faire pression et d’obtenir des acquis pour les travailleurs, en vue de leur assurer une vie digne et décente.

On craint que ce ne soit pas le cas, dans les circonstances actuelles, et que la grève générale du secteur public et de la fonction publique ne contribue à compliquer une situation déjà inextricable, dans la mesure où outre les millions de dinars en termes de manque à gagner pour les entreprises et l’économie nationale, la grève est préjudiciable pour l’image d’un pays qui cherche à attirer les investissements, à améliorer sa note souveraine, et à regagner la confiance de ses partenaires étrangers, un pays qui tent aussi désespérément d'amorcer sa transition économique, de mettre en œuvre des réformes, de rétablir sa monnaie nationale, et de promouvoir sa paix civile.

Ce sont là les conditions de sortie de crise, qui ne pourront guère être réunies en cessant de travailler, sous quelque mobile que ce soit, mais par le travail, la production et la productivité…les sujets dont on a le moins parlé cette dernière huitaine, sans lesquels ni l’économie ne se relèvera, ni le pouvoir d’achat ne s’améliorera.

H.J.

 

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