Industrie du textile : Le drame des femmes laissées sur le carreau

31-07-2019

Depuis la révolution de 2011, des centaines d’usines de textile ont fermé leurs portes. Ce sont des milliers de familles qui se sont retrouvées, du jour au lendemain, sans emploi, sans ressources mais surtout sans aucune couverture santé. Premières concernées, les femmes. C’était le thème d’une conférence organisée par le Forum Tunisien des Droits Economiques et Sociaux à Tunis hier, mardi.

« Un matin, je suis arrivée à l’usine comme d’habitude…mais j’ai trouvé les portes closes…et depuis je n’ai plus rien », nous confie Leïla, ancienne employée d’une usine de la région de Sousse, aujourd’hui au chômage. C’est le sort qui a été réservé à des milliers de femmes travaillant dans les usines de textile. Ces entreprises étrangères qui ont décidé de partir sans préavis, laissant sur le carreau et dans l’incompréhension ces femmes.

Les ouvrières de l’industrie du textile travaillent dans des conditions précaires et difficiles. Beaucoup d’entre elles ont été victimes de maladies chroniques, telles que des troubles musculaires et squelettiques, des problèmes de vision ou encore de diabète causé par le stress.

Conformément au décret n°2002-886 datant du 22 avril 2002, les femmes licenciées de leur travail perdent automatiquement leur couverture auprès de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie (CNAM) après un an de chômage. Le seul moyen de renouveler leur carnet de soins maladie est de retrouver du travail. Elles sont alors contraintes de prendre en charge tous les frais liés aux traitements, à l’achat des médicaments et aux analyses… des frais qu’elles sont bien sur incapables d’honorer étant sans emploi.

Une situation qui mène inexorablement vers l’exclusion sociale… « Je ne vais plus nulle part, je ne veux plus voir personne… J’ai dû sortir mon fils de l’école. Je ramasse les fruits et légumes dans les poubelles pour me nourrir. Mon mari ne travaille pas. Quand je travaillais j’avais ma dignité…aujourd’hui je n’en ai plus aucune ! », nous raconte Leïla en larmes.

A plus de 50 ans, elles avouent avoir voulu retrouver du travail, mais sans succès. « Les entreprises nous disent que nous sommes bien trop âgées », ajoute l’ancienne couturière.

Présent lors de cette conférence, Chokri Wali, représentant du ministère des Affaires Sociales. Lui-même l’avoue. Il se retrouve démuni face à cette situation. « Nous ne pouvons aller au-delà de la loi qui prévoit une couverture maladie d’un an après le licenciement. Même si les commissions attribuent des allocations, elles ne sont pas versées car les caisses sont vides».

Autrefois prospère, l’industrie textile peine aujourd’hui à retrouver son éclat. En cinq ans, le secteur a subi la suppression de 40.000 emplois sur 172.000 postes. Il reste tout de même un pilier de l’économie du pays puisqu’il représente le deuxième secteur exportateur.

La révolution, les attentats de 2015, les protestations sociales et le climat d’insécurité ont contraint les industriels étrangers à partir… Pour exemple, l’entreprise Levi Strauss qui a préféré l’Egypte pour la confection du jean le plus célèbre du monde. D’autres ont réduit leur production et ont privilégié nos voisins marocains, ou encore la Turquie et bien sur l’Asie.

Pourtant, ce n’est un secret pour personne, la Tunisie a toujours eu une place privilégiée pour les grandes marques grâce à sa main d’œuvre de qualité et son savoir-faire confirmé.

Wissal Ayadi

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