Les diabétiques peuvent-ils jeûner : L’avis d’un endocrinologue et d’une nutritionniste

09-05-2020

Le chef de service d’endocrinologie à l’hôpital Farhat Hached Sousse, Dr. Kosai El Euch a souligné que « cette année est particulière pour les diabétiques durant le ramadan à cause du confinement sanitaire général.

Lors de son intervention dans une vidéo-conférence intitulée « Le diabète et le ramadan en dix question » organisé par le laboratoire pharmaceutique Saiph, il a précisé que les risques de décompensation sont plus importants avec la difficulté d’aller aux urgences. Les médecins, notamment les endocrinologues sont appelés à agir par télémédecine, contacter les patients pour diminuer les risques ».

 « Quant aux diabétiques, ils doivent faire plus attention à leur métabolisme, il est obligatoire de prendre l’avis de son médecin pour réussir son jeûne ou encore pour savoir s’ils ont le droit de jeûner de point de vue médical », ajoute-t-il.

« En effet, le diabétique est un cas rare et très particulier. Le diabète de type 1 qui a un manque insuline et le diabète type 2 sont des malade souvent poly-médiqués, représentant plusieurs risques,  cardiovasculaires importants. Il faudrait donc ne pas oublier de faire un suivi sur les autres facteurs, pression artérielle, glycémie, les plaquettes, avant le ramadan… »

Le risque dépend aussi du caractère sacré du ramadan. Le patient diabétique tente toujours de jeûner. En effet, la majorité de type 2 jeunes, et la moitié de type 1 tiennent  à jeûner. Même si le médecin leur prescrit de ne pas faire le ramadan, la plupart des gens insistent et mettent en danger leur santé ».

En effet, en arrêtant de s’alimenter, le diabétique est exposé à une thrombose, qui se traduit par une déshydratation. Cette année le risque est heureusement plus faible car le climat est encore frais. 

Le diabétique peut subir une hyperglycémie, due à des apports glucidiques exagérés durant la rupture du jeûne ou encore il est exposé à une hypoglycémie à cause de la prise successive des médicaments en un court laps de temps entre le coucher de soleil et l’aube.  L’arrêt de l’alimentation, figure parmi les autres facteurs de risque ».

L’importance de la mastication

Selon la nutritionniste Héla Hafissa, le sujet diabétique en général, est appelé à manger de 4 à 5 repas par jour au quotidien. Il doit manger une collation entre le petit déjeuner, le déjeuner et le diner. Il est à rappeler aussi, que la personne diabétique doit manger notamment avant de dormir, pour éviter le déclenchement d’une hypoglycémie pendant le sommeil.

« Durant le mois saint, du coucher de soleil à l’aube, le diabétique doit maintenir le même rythme d’alimentation habituelle », ajoute-t-elle.

Il doit aussi éviter de manger les pâtes dans le plat de résistance durant la rupture du jeûne. Sinon, il est recommandé d’en manger de petites  portions, car elles contiennent quand même des sucres lents. La viande ou le poulet seront donc les ingrédients consistants du diner, accompagnés de légumes riches en fibre ou alors des soupes légères.

D’autre part,  pour ne pas se priver des « péchés mignons » de la majorité des tunisiens comme par exemple le pain, il est préférable de le remplacer avec du pain complet. Quant aux desserts, le sujet diabétique doit bannir tout type de sucrerie. Cette étape est obligatoire pour ne pas perturber le taux de glycémie dans le corps que ce soit pour le diabète de type 1 ou 2.

La diététicienne a insisté sur l’importance de la mastication, en mangeant tous ces plats et entremets.

« Le fait de bien mâcher la nourriture procure le sensation d’assainissement. Cette sensation atténue l’envie de consommer plus, sans pour autant avoir faim. Cela aide surtout à ne pas se suralimenter durant la rupture du jeune ».

« Les tentations vont multiplier dans le mois saint, avec les desserts sucrés, les crèmes tunisiennes traditionnelles qu’on sert en fin de soirée…Pour ne pas se priver de ces douceurs, le patient peut remplacer les par des aliments plus sains et moins dangereux pour leur santé. Les fruits et le yaourt naturel comptent parmi les meilleures alternatives. A ne pas dépasser les 3 fruits par jour, car certains de ces aliments contiennent naturellement du sucre.  Il est recommandé de favoriser plutôt des fruits à tendance acide comme la fraise, les kiwis, et les oranges…

Les dattes et les bananes sont à consommer avec modération, surtout pour le diabète de type 2.

Pour les personnes qui viennent de bannir le sucre blanc de leur alimentation, ils peuvent opter pour un édulcorant, Stevia, Candice afin de ne pas subir les effets psychologiques du sevrage. 

En ce qui concerne l’activité physique, la nutritionniste a précisé qu’elle est plutôt conseillée pour le type 2 souffrant d’une hyperglycémie, et déconseillée au diabète de type 1, (insulinodépendant) ».

Emna Bhira