Kairouan : L’élevage, une activité pénible de plus en plus désertée

10-06-2019

L’agriculture occupe une place importante dans l’économie tunisienne. Ce secteur contribue à raison de 11% au PIB national, dont la plus grande part revient à l’élevage, soit 38% en 2014, selon une étude publiée par le ministère de l’agriculture.

Ce secteur s’est heurté à plusieurs difficultés ces dernières années, et plusieurs secteurs en ont pâti, dont celui de l’élevage, causant une flambée des prix des viandes rouges.

La hausse des charges de l’élevage
« Cela revient en premier lieu, au coût élevé des aliments pour bétail, soit 9 dinars le kilo, pour alimenter une vache qui mange deux fois par jour », nous a révélé un éleveur à la délégation de Nasrallah, Kairouan.

« Cette hausse des charges se répercute sur le prix du kilo de la viande rouge, vendue entre 27 dinars et 30 dinars, pour la viande tunisienne, contre 22 dinars le kilo, le prix de la viande bovine importée de l’Europe ou des Etats Unis », a-t-il ajouté.

Le renchérissement de la viande est dû aussi à l’abandon de cette activité par plusieurs éleveurs, étant dans l’incapacité de faire face aux charges, notamment le coût des aliments pour bétail, selon un boucher de la délégation de Nasrallah Kairouan également.

Autre problème, la baisse des superficies de fourrage, du fait de la sécheresse, du manque de la pluviométrie, et des changements climatiques.

Bien que riche en ressources naturelles (sol, eau, et couvert végétal), Kairouan présente des signes de dégradation très avancés ayant entrainé une modification de l’ensemble de l’écosystème.

« Autrefois, les bovins trouvaient leur nourriture dans la nature, et passaient des mois à s’alimenter des végétaux sauvages. Maintenant, les éleveurs sont contraints d’acheter eux même, une alimentation équilibrée pour leur bétail, contenant les apports quotidiens et les compléments alimentaires, avec des proportions différentes, en fonction des critères spécifiques, comme la race, l’âge et le poids…Ce qui semble un investissement couteux, surtout avec l’apparition des réseaux spécialisés dans le vol des bovins… »

Vide sécuritaire dans les petites délégations
Sachant que 40% de la population active à Kairouan, travaille dans le secteur agricole, « les vols répétitifs des bovins, et l’apparition des réseaux spécialisés dans le vol de bétail, ont découragé les professionnels de continuer d’investir dans un secteur risque, notamment face au vide sécuritaire », nous a confié un autre éleveur de Nasrallah.

« Cette année, moi et trois autres éleveurs, nous avons subi des vols consécutifs de nos chèvres, veaux, et moutons, durant la même année, sachant qu’on habite dans le même quartier ».

« Nous avons pu identifier les malfaiteurs », ajouta-t-il, « mais nous ne les avons pas dénoncés de peur des représailles…surtout que, l’effectif de la garde nationale, dans ces petites délégations est très faible. D’ailleurs, nous avons changé d’activité depuis cette perte. »

Il appelle à renforcer le contrôle marchés des bestiaux, dans toutes les régions de la Tunisie. On doit y enregistrer chaque vente et chaque achat de bétail, pour contourner la contre bande. Le recours aux boucles de marquage pourrait être efficace pour identifier les animaux volés, ou provenant du commerce parallèle. »

« Avant la révolution, les éleveurs se déplaçaient aux marchés des bestiaux installés dans des régions proches, comme Sidi Amor Bou Hajla, ou Ain Bou Morra. Ils y trouvaient au moins, une centaine de veaux à la vente, dans chaque délégation ».

« Maintenant ce chiffre a baissé pour atteindre, les dizaines de veaux, dont l’achat est subventionné par l’Etat, soit une aide de 4000 dinars, pour une vache qui coute environ 9000 dinars ».

« Depuis 2011 et 2012, on se déplace à Gafsa, et Sidi Bouzid pour trouver du bétail. Actuellement, on s’est dirigé vers le Krib, (Seliana), ou les régions du nord-ouest pour les approvisionnements. Dans ces régions, les animaux s’alimentent encore de la nature, les achats coutent, par conséquent, moins chers, et les animaux sont encore disponibles… ».

Emna Bhira

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