La hausse des réserves en devise n’est pas réelle, et est alimentée par les emprunts

22-07-2019

TAP – L’augmentation des avoirs nets en devises auprès de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) en un laps de temps court, au cours de la dernière période, « n’est pas réelle », alors que le gouvernement et les autorités monétaires qualifient cette évolution « d’indicateur positif de la reprise de l’économie nationale », ont convenu les experts et les analystes économistes.

Ils expliquent leur position par le fait que les chiffres ne reflètent pas la réalité des réserves en devises qui permettront au pays de tenir ses engagements, la Tunisie alimentant ces réserves par des crédits d’un coût élevé pour financer les importations et rembourser les crédits précédents ainsi que le service de la dette.

Jusqu’au 15 juillet 2019, les réserves en devises de la Tunisie s’élèvaient à 16,3 milliards de dinars, permettant de couvrir 91 jours d’importations, sachant que cette augmentation a eu lieu rapidement. En effet, ces réserves valaient 80 jours seulement samedi 13 juillet 2019 et dépassaient les 140 jours en 2010.

Lors d’une conférence de presse conjointe avec le Chef de la mission et Représentant Résident en Tunisie du FMI, Björn Rother, tenue le 17 juillet 2019, à Tunis, le gouverneur de la BCT, Marouane Abbassi a imputé l’amélioration des réserves en devises de la Tunisie à l’augmentation des recettes touristiques (plus de 20% des devises à fin juin 2019) et la hausse des transferts des Tunisiens à l’étranger ainsi qu’à la maitrise de la balance commerciale. (…).

L’expert en économie Moez Joudi a estimé que la cinquième source de réserves en devises, demeure les crédits étrangers, sachant que la Tunisie obtient des crédits en devises et les remboursera à un moment où le dinar est en baisse à un cout élevé.

Joudi appelle au décompte des avoirs, sans le décompte des crédits, étant donné qu’ils représentent des ressources non permanentes qui seront remboursées à un coût élevé, faisant observer que la BCT utilise des mécanismes techniques incluant les crédits du dénombrement des devises.

D’après lui, la Tunisie alimente ses réserves en devises à travers les crédits qu’elle obtient à un coût élevé pour financer les importations et rembourser les anciens crédits ainsi que les intérêts y afférent.

Il a insisté sur la nécessité de préserver les réserves en devises à un seuil de plus des 100 jours d’importations, lequel est descendu au cours de ces dernières années sous la barre de 65 jours, un chiffre effrayant, après s’être établi à plus de 140 jours en 2010 (…)

Pour la membre du Conseil des analyses économiques (instance consultative relevant de la présidence du gouvernement), Sonia Nakach, l’évolution des réserves en devises de la BCT s’est faîte progressivement de 77 jours le 3 juillet à 80 jours le 12 juillet, puis 87 jours et 91 jours respectivement les 15 et 17 juillet 2019.

Elle impute cette hausse à des facteurs structurels qui peuvent être démontrés à travers une comparaison entre les avoirs actuels en devises avec ceux de la même période de 21018 qui ne représentaient qu’entre 74 et 77 jours d’importation en juillet 2018.

Ces facteurs structurels consistent également en l’accroissement des entrées du secteur du tourisme cette année et l’amélioration relative de l’exportation des produits miniers et pétroliers, selon Nakach.

Les facteurs conjoncturels sont constitués, quant à eux, de rentrées additionnelles de devises comprenant la sixième tranche au titre du Mécanisme élargi de crédit (Medc) conclu avec le FMI (près de 730 millions de dinars à la fin de juin 2019), le crédit de la Banque Mondiale au profit de la STEG (environ 422 millions de dinars) et l’emprunt obligataire obtenu par la Tunisie sur le marché financier international (près de 2,3 milliard de dinars).

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