La sédentarité, un danger de santé publique en Tunisie

18-04-2024

La sédentarité, ce mode de vie où l’activité physique est limitée, voire absente, est en train de devenir une réalité alarmante en Tunisie. Les conséquences de cette tendance sont loin d’être anodines : l’obésité, les maladies cardiovasculaires et d’autres troubles de la santé se propagent à un rythme inquiétant, mettant en péril le bien-être de la population.

La prévalence de la sédentarité

Une étude menée par l’Observatoire national du sport en 2021, a mis en lumière la prévalence alarmante de la sédentarité en Tunisie, indiquant qu’elle atteint près de 83%. En comparaison, ce chiffre ne dépasse pas 13% dans les pays scandinaves. Un chiffre inquiétant sachant que la sédentarité représente la quatrième cause de décès dans le monde.

Selon la même étude, seulement 12% des 6-12 ans et 18% des 12-17 ans pratiquent une activité sportive.

Toutefois, on note une hausse des pratiquants parmi les personnes âgées de 50 ans et plus, en particulier de la marche, devenue le deuxième sport le plus populaire après le football en Tunisie.

« Cependant, cette pratique est souvent motivée par des raisons de santé plutôt que par une conviction de l’importance de l’activité physique pour le bien-être général », relève l’étude.

Enfin, l’Observatoire du sport souligne que 25% des personnes âgées de 15 ans et plus souffrent d’obésité, 15% de diabète et un quart d’hypertension artérielle. Ces données mettent en évidence les risques graves associés à la sédentarité et soulignent l’urgence de trouver des solutions pour promouvoir l’exercice et l’activité physique dans la population tunisienne.

Témoignages

Une des raisons majeures qui pousse à la sédentarité est le travail. Une situation exacerbée depuis la pandémie de Covid-19 et le développement du télétravail.

Eya, une résidente de Tunis, partage son expérience : « Avec les exigences croissantes de mon emploi de bureau, j’ai trouvé de moins en moins de temps pour l’exercice. J’essaie de marcher un peu chaque jour pendant la pause du midi, mais ce n’est pas suffisant. Je me sens souvent fatiguée et j’ai pris du poids au fil des ans », nous dit-elle.

Hamza, étudiant à Sousse, témoigne également : « Entre les cours et les révisions, je passe la plupart de mon temps assis. J’ai voulu m’inscrire dans une une salle de sport pour essayer de rester en forme, mais les prix sont trop importants et comme je suis encore étudiant je ne peux pas me le permettre », déplore-t-il.

En effet, bien que de plus en plus de Tunisiens reconnaissent l’importance de l’activité physique, l’accès aux installations sportives reste un défi pour beaucoup. Les salles de sport, souvent concentrées dans les grandes villes, sont perçues comme inaccessibles ou trop coûteuses pour de nombreux citoyens. De plus, certains ressentent une certaine appréhension à l’idée de s’inscrire dans un environnement souvent associé à des normes de beauté ou de performance physique inatteignables.

Selon Seïf, coach sportif dans une salle de sport de la banlieue Nord du Tunis, l’éducation et la sensibilisation sont essentielles : « Nous devons enseigner aux Tunisiens que l’exercice ne se limite pas aux salles de sport. La marche, le vélo et même le jardinage peuvent être des formes d’activité physique bénéfiques pour la santé. »

Les risques de maladies associés à la sédentarité

La sédentarité est bien plus qu’une simple habitude de vie confortable ; elle représente un danger sérieux pour la santé publique en Tunisie. Les recherches médicales ont établi un lien direct entre le manque d’activité physique et un large éventail de problèmes de santé chroniques. L’obésité, par exemple, est l’une des conséquences les plus courantes de la sédentarité, exacerbant le risque de développer des maladies telles que le diabète de type 2, l’hypertension artérielle et les maladies cardiovasculaires.

Dans un récent article de GnetNews dédié au diabète, le Professeur Koussay Ach, endocrinologue et président de la Société Tunisienne d’Endocrinologie Diabète et Maladies Métaboliques nous avait confié que la prévalence du diabète en Tunisie a augmenté au fil des ans, en partie en raison des changements de mode de vie, de l’urbanisation, de l’adoption de régimes alimentaires moins sains et de la sédentarité. Selon lui, plus de 20% de la population adulte (+ 30 ans) tunisienne serait atteinte de diabète de type 2.

Le Dr Ach explique également que le diabète de type 2 est plus fréquent que le diabète de type 1 en Tunisie, ce qui est cohérent avec les tendances mondiales. Le diabète de type 2 est souvent associé à des facteurs de risque tels que l’obésité, le manque d’activité physique et les antécédents familiaux de diabète.

Les maladies cardiovasculaires, en particulier, sont une préoccupation majeure dans un contexte de sédentarité généralisée. L’absence d’exercice régulier affaiblit le cœur et les vaisseaux sanguins, augmentant ainsi le risque de crises cardiaques, d’accidents vasculaires cérébraux et d’autres complications graves. De plus, la sédentarité est associée à une diminution de la densité osseuse, augmentant ainsi le risque de fractures et de maladies osseuses telles que l’ostéoporose, en particulier chez les personnes âgées.

Les troubles métaboliques, tels que le syndrome métabolique, sont également étroitement liés à la sédentarité. Ce syndrome regroupe un ensemble de facteurs de risque, notamment l’obésité abdominale, l’hyperglycémie, la dyslipidémie et l’hypertension artérielle, augmentant considérablement le risque de développer des maladies cardiovasculaires et le diabète de type 2.

En outre, la sédentarité peut avoir un impact négatif sur la santé mentale. Des études ont montré un lien entre le manque d’activité physique et un risque accru de dépression, d’anxiété et de stress chronique.

Pour inverser la tendance à la sédentarité, un changement de mentalité est nécessaire. Il est crucial d’encourager les Tunisiens à intégrer l’activité physique dans leur routine quotidienne, que ce soit par le biais de loisirs actifs, de modes de transport alternatifs ou d’activités familiales en plein air. De plus, des politiques publiques visant à rendre l’exercice plus accessible et abordable pour tous sont indispensables.

Wissal Ayadi