Tunisie : Les pharmaciens en première ligne, face à cette deuxième vague du Coronavirus

30-09-2020

La Tunisie semble bel et bien face à une seconde vague épidémique. Chaque jour, les analyses effectuées dans les laboratoires dénombrent de plus en plus de cas positifs au Coronavirus, ainsi que plus de cas graves. Le dernier en date, indique la contamination de 1291 personnes, et 32 nouveaux décès en seulement deux jours. De quoi affoler les Tunisiens et attiser la psychose.

Ainsi, afin de prévenir la maladies, ils sont bon nombre à se rendre dans les pharmacies dans l’espoir de trouver conseils, médicaments ou autres compléments alimentaires. L’objectif étant d’améliorer leur immunité. Quelle est l’ambiance dans les officines ? Y a t’il des pénuries ? Certains médicaments sont-ils plus vendus que d’autres ? Pour répondre à ces questions, nous nous sommes rendus dans des pharmacies du Grand-Tunis.

Avec la poussée épidémique que vit la Tunisie depuis quelques semaines, les pharmacies ont renforcé leurs précautions. A part les Plexiglas qui couvrent toute la partie vente et les présentoirs, la distance entre les pharmaciens et les clients est désormais de 2 mètres environ. La désinfection continue des endroits les plus touchés par les gens est devenue également systématique.

Nous entamons notre discussion avec la pharmacienne sur le sujet « sensible » des masques. En effet, qu’ils soient lavables ou à usage unique, la polémique autour des prix de vente pratiqués dans les officines ne cesse d’enfler. Notre interlocutrice a voulu rétablir la vérité. « Nous ne sommes pas là pour nous faire de l’argent sur le dos de la santé des gens ! », lance-t-elle. « Il faut que tous les Tunisiens sachent que nous sommes obligés de vendre les masques réutilisables à un prix maximum de 1d850. C’est le prix qui a été fixé par l’Etat et nous ne pouvons pas aller au delà ».

En ce qui concerne les masque dits chirurgicaux où jetables, le pharmaciens fixent leur prix en fonction du prix d’achat chez les fournisseurs. De nombreuses personnes pensent encore qu’ils se vendent au prix de 500 millièmes l’unité comme c’était le cas au mois de mars à la sortie du confinement.

Pour rappel, ce prix a été établi par l’Etat car subventionné. Ils étaient alors distribués par la pharmacie centrale en quantité limitée pour chaque pharmacie. Trois semaines plus tard, ce stock étant écoulé, les pharmaciens ont du se rediriger vers les fournisseurs. « Chaque fournisseur vend au prix qu’il désire…donc nous sommes tributaires de leurs prix. Pour ma part je ne veux pas acheter à prix fort, car je ne veux pas que le client soit lésé. J’essaye de ne pas dépasser 1d200 pour un masque chirurgical », nous explique la prioritaire de la pharmacie.

Elle ajoute qu’il y a un manque de communication de la part des autorités au sujet du prix des masques. « Il faut absolument que l’Etat fasse de la sensibilisation auprès des Tunisiens en ce qui concerne le prix des masques et leur qualité. Je rappelle que les masques réutilisables doivent être homologués. Pour le savoir, il suffit de regarder l’étiquette afin de savoir s’il est homologué par le CETTEX ou non », ajoute-t-elle. Elle explique également qu’elle préfère acheter directement chez les fournisseurs et non les intermédiaires pour éviter un prix trop élevé. « C’est plus une action citoyenne que commerciale ».

Pour la question du gel hydroalcoolique, il n’y a pas de pénurie. Si pendant le confinement, il y a eu quelques problèmes d’apprivoisement et de prix surtout, aujourd’hui il semble que ce problème soit réglé. Ainsi, le millilitre de gel hydroalcoolique est fixé à 33 millimes. Même prix dans les supermarchés.

En interpellant une autre pharmacienne sur les réactions des citoyens face à cette prolifération de la contamination, elle a remarqué qu’ils étaient plus stressés par l’apparition de la pandémie en Tunisie durant la première vague du covid-19 comparé à maintenant.

« Actuellement, malgré le pic épidémique, la plupart de nos clients semblent indifférents, voire insouciants. Ils banalisent ce fléau, et comptent beaucoup sur les médicaments de prévention, comme les compléments alimentaires qui boostent l’immunité tel que le zinc (Immuno-Z) ou encore la vitamine C. Ils cherchent également à se procurer de la vitamine D, qui doit être prescrite impérativement sous ordonnance et donc par un médecin ». Dans certains établissements ils sont même en pénurie.

A ce sujet, la pharmacienne a rappelé que les compléments alimentaires ne sont efficaces que pour les personnes ayant déjà une forte immunité et qui sont en bonne santé. « Dans le cas des personnes immunodépressives, ça ne sert à rien de prendre des médicaments préventifs », précise-t-elle.

Elle a aussi évoqué la forte demande en alcool à 90°. « Cela sert à confectionner des solutions de désinfection faits-maison pour les surfaces ».

La gérante de l’officine nous a dévoilés également que certains clients arrivent avec tous les symptômes du covid-19. « Plusieurs clients nous décrivent des signes suspects dont ils souffrent, comme la toux sèche, maux de tête, infections gastriques…Mais préfèrent rester dans le déni, et demandent des médicaments pour soigner une simple grippe, sans penser à se faire tester ».

Elle a jouté que ce genre d’incident, expose les pharmaciens et les préparateurs au danger de contracter le virus. Nous sommes en première ligne dans cette guerre contre le coronavirus. Pourtant, dans ce genre de situations on y peut rien, à part la désinfection du local pour reprendre le travail.

Des personnes diagnostiquées positives au coronavirus se sont même rendues à notre officine, faute de ne pas avoir quelqu’un pour les aider à faire leurs courses. Ils viennent avec une ordonnance à la main, où est prescrit par le médecin, le traitement typique du Covid-19. Ça devient dangereux pour les clients et les pharmaciens également, mais c’est notre devoir de leur délivrer les médicaments… ».

Parmi les médicaments prescrits en cas d’infection au Covid-19, il y a par exemple le Zithromax. Un antibiotique utilisé en cas d’infection respiratoire. « Le Zithromax et tous les médicaments de la même famille, je ne les met plus en vitrine. Je préfère les garder pour les personnes qui sont vraiment malades et qui disposent d’une ordonnance d’un médecin », souligne la pharmacienne.

Reportage réalisé par Emna Bhira et Wissal Ayadi

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